La problématique de la dénomination

Le choix de la dénomination de la région étudiée par CREER suscite de nombreuses questions. En effet, le terme d’ « Europe médiane » est récent et encore peu répandu dans le langage courant. Que veut donc désigner l’ « Europe médiane » ? Quelles en sont ses frontières géographiques mais aussi culturelles et politiques ?

CREER a choisi d’intégrer dans le concept d’ « Europe médiane » tous les États cités ci-dessus et de délaisser les autres dénominations possibles.

Leur principale caractéristique commune est qu’ils sont des États dit « post-soviétiques ». Ce terme, utilisé généralement en anglais, est néanmoins fortement connoté politiquement et il paraît aisé de comprendre que certains États, faisant notamment partie de l’Union européenne actuellement, rejettent cette appellation. En effet, aucun chercheur, historien ou encore scientifique n’a utilisé le terme de « post-habsbourgeois » ou « post-ottoman » pour désigner les États issus de la dissolution de ces empires. Pourquoi en serait-il ainsi avec l’Union soviétique ?

De plus, l’utilisation du terme post-soviétique pose un autre problème : la Yougoslavie et l’Albanie n’ont pas fait partie du bloc communiste à proprement parler ni adhérer au Pacte de Varsovie. Ils étaient neutres et la Yougoslavie a rejoint le mouvement des Non Alignés. Cependant ils ont connu un régime de type soviétique. C’est pour cela que ces deux « cas balkaniques » sont généralement considérés comme post-soviétiques et que CREER les inclut dans ses objets de recherche.

La dénomination « PECO » – Pays d’Europe centrale et orientale – ou encore celle d’ « Europe du milieu » ou d’ « Europe du centre », ont elles aussi leurs limites : elles comprennent les États se situant géographiquement entre l’Allemagne et la Russie mais n’intègre pas les pays du Caucase et d’Asie centrale. L’ « Europe centrale » n’inclut pas les États baltes, la Biélorussie, la Moldavie et l’Ukraine. Ces derniers devraient donc faire partie de l’Europe de l’Est ou de l’Europe Orientale.

Il en va de même pour le concept allemand de « Mitteleuropa » qui ne désigne pas une réalité géographique mais une identité culturelle se situant dans la partie médiane du continent européen. Ce terme « désignait pour les auteurs allemands, les espaces de la colonisation et de l’influence germaniques à l’est et au sud-est de l’Allemagne »[1].

Cependant, cette notion du centre est mieux acceptée que celle de l’ « Est ». En effet, les populations qui y vivent ne se considèrent pas du tout à l’Est de l’Europe mais bel et bien au centre. De plus, derrière le terme « Est » se trouve une connotation négative faisant référence à la Guerre froide et au monde bipolaire séparé entre l’Est et l’Ouest ou entre le régime socialiste et capitaliste. Une première évolution consistait donc dans le passage de l’usage « Pays de l’Est » à « Europe centrale et orientale ».

Ainsi, C. Milosz, poète et universitaire du XXème siècle d’origine polonaise, a introduit le terme de « pays médians » voulant signifier « entre deux » dans son ouvrage intitulé Une Autre Europe. L’appellation « Europe médiane » va alors s’élargir pour inclure tous les pays qui ont expérimenté la domination soviétique après 1945. De cette manière, les Etats baltes, d’Asie centrale, du Caucase et d’ex-Yougoslavie se retrouvent dans cette classification.

L’ « Europe médiane » apparaît alors comme un concept nouveau et neutre, basé sur des notions géographiques plutôt que politiques, initié par C. Milosz mais repris par le Groupement de recherche (GDR) Connaissance sur l’Europe médiane, lancé en septembre 2013. Pour M. Foucher, l’« Europe médiane » désigne les anciens pays de l’ « Europe de l’Est »[2], définition que CREER a élargi.

Pour finir, il est important de souligner qu’il n’existe pas de traduction d’« Europe médiane » en anglais ou en russe. En anglais, les termes utilisés consistent principalement en « post-soviet countries », « Eastern and Oriental Europe », ou tout simplement « Eastern Europe »; impliquant certains défauts d’exactitude.

Bibliographie 

Foucher, M., Fragments d’Europe, Fayard, 1993.

Milosz, C., Une Autre Europe, Gallimard, 1980.

Czech Radio, « Mais qui sont donc les « Européens médians » », consulté le 23 janvier 2018, (En ligne), http://www.radio.cz/fr/rubrique/panorama/mais-qui-sont-donc-ces-europeens-medians.

Encyclopedia Universalis, « Mitteleuropa », consulté le 23 janvier 2018, (En ligne), https://www.universalis.fr/encyclopedie/mitteleuropa/.

Wikipédia, « Europe médiane », consulté le 23 janvier 2018, (En ligne), https://fr.wikipedia.org/wiki/Europe_m%C3%A9diane.

[1] FOUCHER, 1993, p. 57.

[2] FOUCHER, 1993, p. 60.