« Petite Histoire de l’Ukraine » de Andreas Kappeler 

Ce livre au format scientifique extrêmement classique, est paru quelques années après l’indépendance de l’Ukraine et présente l’histoire de l’Ukraine de ses origines médiévales à nos jours. Il sort du cliché ukrainien qui se veut, sur le modèle de la France, une nation une et indivisible, et met en avant les mécanismes de construction nationale du pays. Cette vision est bien plus conforme à la réalité ukrainienne, et c’est ce que l’auteur, Andreas Kappeler, professeur émérite à l’Université de Vienne, membre de l’Académie des sciences d’Ukraine depuis 1996, ainsi que de l’Académie autrichienne des sciences depuis 19991, tente de nous démontrer dans ce travail, analysant l’histoire de l’Ukraine sur le long terme, soulignant à la fois ses origines multiethniques et son positionnement aux marches des empires. Spécialiste du monde slave oriental et des questions de l’islam dans ces sociétés, Kappeler nous permet de découvrir ces questions souvent peu connues en Occident à travers les différents chapitres qui constituent son ouvrage.

Andreas Kappeler met l’accent « sur l’histoire récente et sur l’évolution interne2 » du pays. Pour ce faire, il traite les événements de manière chronologique et se permet deux pauses dans le récit pour présenter la situation générale en 1700, puis à l’aube de la Première Guerre mondiale. Il assume prendre le contre-pied de la vision russocentrée traditionnellement enseignée en Europe, mais n’hésite pas à écorner les mythes ukrainiens. De par son approche historique qui se fait dans le cadre d’États supranationaux et multiethniques, et de par sa nationalité allemande qui garantit une neutralité plus grande que celle d’un Slave, ce livre prend la forme d’un manuel général objectif sur l’histoire des territoires qui constituent aujourd’hui l’Ukraine, et des peuples qui y vivaient. A l’aide de cartes, d’index, d’un glossaire et d’un plan précis, Kappeler offre au lecteur avide de savoir une présentation globale de l’Ukraine, riche en détails et finement analysée.

Nikolaï Kostomarov

Dans son aperçu, Andreas Kappeler rappelle que l’Ukraine est en terme de taille le second pays d’Europe après la Russie ; pour autant, elle est largement considérée comme une nouvelle nation, car elle fut soumise toute au long de son histoire par des puissances étrangères. Il n’y a en effet pas de continuité étatique, encore moins territoriale. Quant à la question ethnique, elle reste encore aujourd’hui source de tensions.

Les premiers historiens évoquant une histoire ukrainienne sont Nikolaï Kostomarov, Volodymyr Antonovytch et son disciple Myhaïlo Hrouchevsky, qui s’appuient sur une dimension populiste : l’Ukraine existe de par son peuple. Ce n’est pas la thèse de Viatcheslav Lypynsky, qui estime que le pays fut créé par impulsion des élites. Encore aujourd’hui, les historiographies contraires existent, et une abondante littérature fleurit sur le domaine en Amérique du Nord. Même en Ukraine, la perception nationale fluctue, selon les époques.

Dans le premier chapitre, Kappeler dresse l’état des lieux. L’Ukraine est une zone frontière où se sont opérés pendant des siècles les échanges entre les mondes nomade et sédentaire, slavo-chrétien et turko-tatar musulman. Le pays étant plat, il n’y a pas de véritables frontières naturelles, si ce n’est les fleuves, dont l’importance pour le commerce et la politique se vérifient à toutes les époques. Les plaines et le climat se révèlent parfaits pour la culture du blé, mais le sol s’avère aussi riche en minerais.

Ruthènes de Bukovine en 1907

Les populations locales reçurent différents noms au fil des siècles : Rousyn, Ruthènes, Petits-Russes, Ukrainiens. Pourtant, la population n’est pas homogène, de par sa position de carrefour. Le pays en construction est multiethnique, surtout dans les cités. De ce fait, la langue ukrainienne est difficilement imposée et subit la concurrence du russe, du polonais ou de l’allemand. La religion orthodoxe, quant à elle, est une revendication pour imposer l’identité culturelle face à la Pologne catholique, mais ne fonctionne pas avec les Russes, eux aussi orthodoxes. La construction nationale se révèle ancienne, mais souvent interrompue au gré des occupations. Cet état de fait provoque encore aujourd’hui des réactions de nationalisme exacerbé chez les Ukrainiens.

Le second chapitre met l’accent sur l’empire kiévien, dénomination volontaire non usuelle. Les termes de « Russie kiévienne » ou de Rous induisent les néophytes à l’erreur de croire que la Russie est l’unique héritière de cet empire. Ce puissant État au carrefour des civilisations grecque et scandinave, occidentale et orientale, chrétienne et musulmane. Kiev en est le centre, même si l’empire s’étend jusqu’en Carélie, sous la domination de Novgorod. Les Rurikides règnent malgré les luttes fratricides, et la droujina, noblesse attachée au prince, acquièrent ses richesses grâce au commerce et aux guerres. La terre appartient encore aux paysans. La société suit le modèle byzantin et cette époque correspond à un âge d’or culturel et commercial. Toutefois arrive bientôt la désunion, puis la destruction de Kiev par le prince de Vladimir-Souzdal Andreï Bogolioubski. Les Mongols profiteront de la situation pour imposer leur domination. Dès lors, le centre étatique et les élites migrent au nord. Cette période est source de tensions entre l’historiographie ukrainienne et russe. Les premiers considèrent que seules les élites ont bougé, et que les peuples sont différents. Les Soviétiques, dans un but d’union, estiment que les peuples russe et ukrainien ont une origine commune, mais que par la suite, les influences furent différentes : baltes en Biélorussie, finno-ougriennes en Russie, irano-turkes en Ukraine. Kappeler, quant à lui, estime que les Russes ne peuvent être les héritiers de la Rous kiévienne, car les monuments et les lieux sont en Ukraine. De même, l’Ukraine ne peut revendiquer seule un héritage national, car il s’agissait alors d’un empire multiethnique. Raison pour laquelle il préconise de faire usage du terme de Rous et d’une ethnonymie large, celle de « slave oriental1 ».

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Ville de Lviv

Dans le troisième chapitre, on découvre le noyau où naquirent les particularités ukrainiennes : les régions de Galicie-Volhynie. De par sa proximité avec l’Europe et la pax mongolica, c’est dans ces régions que renaît le commerce est-ouest. Surgissent de nouvelles villes, notamment Cholm et Lviv, peuplées d’Allemands, de Juifs, d’Arméniens et de Slaves orientaux.

Ces villes sont tournées vers la Pologne-Lituanie et les terres ukrainiennes sont progressivement intégrées à cet Etat. Le catholicisme s’impose de plus en plus à la noblesse, alors que les paysans demeurent orthodoxes. La région étant déjà riche en blé, l’économie se développe autour de la terre, en conséquence de quoi les paysans se retrouvent toujours plus asservis à celle-ci. Commencent les fuites paysannes vers le centre et l’est de l’Ukraine. Parallèlement à cette distinction paysans/nobles, le sentiment identitaire se développe déjà, puisque « foi orthodoxe et langue slave orientale devinrent presque aussi congruentes que catholicité et polonité2 ». La Contre-Réforme favorisera ce mouvement avec la création de l’Eglise uniate, soutien d’un développement culturel ukrainien proto-national, notamment à Lviv.

Peinture de femme cosaque par G. Gagarine

Les cosaques (libres guerriers) sont le thème du quatrième chapitre. Originellement Tatars, ils remplissent des missions diplomatiques et militaires dans la steppe, même si leur milieu naturel est originellement la rivière. Cette communauté se slavise au contact des hors-la-loi russes qui les rejoignent. Leur importance miliaire croit progressivement, s’alliant avec l’élite de Kiev pour lutter contre la Pologne-Lituanie et défendre, sous l’hetmanat de Petro Konachevytch-Sahaïdatchny, l’orthodoxie. Toutefois, lorsque la mainmise des Polonais s’étend sur l’Ukraine, les cosaques se soulèvent.

Il s’agit alors de la plus grosse révolte d’Europe de l’époque. Des accords sont signés entre Polonais et cosaques, leur donnant une importance sociale et une liberté plus étendues, mais cela ne dure guère. Les cosaques se tournent alors vers Moscou pour établir une alliance. C’est cette alliance qui constitue le nœud du problème entre l’Ukraine et la Russie encore aujourd’hui, puisque par ce texte, le tsar considère que l’Ukraine se soumet à son pouvoir et rejoint sa votchina.

C’est sur cet acte de 1654 que se basent, en 1954, les organisateurs de la célébration du 300e anniversaire de la « vossoedinenie » russo-ukrainienne. Ce traité marque le début de la fin pour l’indépendance ukrainienne et cette période cristallise tous les clichés positifs ou négatifs envers les cosaques.

En 1700, l’Ukraine actuelle est partagée entre les empires russe, habsbourgeois et ottoman et la Pologne-Lituanie.

Les structures politique, sociale et économique varient en fonction des régions et des Etats en place : la noblesse étrangère ou polonisée, roumanisée, magyarisée domine à l’ouest, l’aristocratie cosaque, à l’ouest, plus respectueuse des libertés individuelles. La population urbaine est très diversifiée, composée d’étrangers, et s’opposent aux campagnes, ethniquement homogènes. La culture est variée elle-aussi, avec une orthodoxie dominante, mais des influences catholique et uniate à l’ouest, de par l’influence polonaise et habsbourgeoise. La culture juive est aussi présente, mais restreinte aux villes. Les persécutions envers les minorités ou les opprimés sociaux sont récurrentes.

La disparition des dernières zones autonome sur les terres ukrainiennes est liée à deux grands événements : le revirement politique de l’hetman Mazepa, allié de Pierre le Grand, vers Charles XII de Suède et les partages de Pologne. Les conséquences de la trahison de Mazepa sont la suppression de l’hetmanat par Catherine II. Celle-ci met également fin à la Sitch ce qui provoque l’exil des cosaques Zaparogues. Sonne alors le glas des libertés paysannes, protégées par les cosaques, et leurs droits sont toujours plus limités. Commence une longue période plus ou moins continue de russification culturelle et linguistique. Suivent dès 1772 les partages de la Pologne. Cet État nobiliaire fut très affaibli par les révoltes des haïdamaks, qui embrasa la minorité ukrainienne soumis à la Pologne. Ces insurrections sont certainement une raison pour expliquer le premier partage du royaume en 1772. Échoient à la Russie des terres qui furent pendant 200 à 400 ans sous domination polonaise, sans pour autant que les populations ne regrettent ce passé, perçu comme tyrannique.

Taras Chevtchenko

Le septième chapitre annonce l’éveil du mouvement national ukrainien au sein des empires qui se partagent la nation. La Russie permet une large autonomie aux terres polonaises, mais pas aux Ukrainiens. L’Église uniate, déjà mal en point sous Catherine II, est liquidée en 1839. Toutefois, ce manque d’autonomie est compensée par une ouverture commerciale grâce à la fondation d’Odessa. L’Ukraine devient à cet instant « le grenier de l’Europe3 ». Du côté habsbourgeois, Marie-Thérèse et Joseph II jouent les Ruthènes contre les Polonais en donnant un statut officiel à l’Église uniate. Dès lors, les Ukrainiens et le clergé demeurent de loyaux sujets qui leur valent le nom de « Tyroliens de l’Est ». C’est à cette même période que naissent les premières œuvres littéraire en ukrainien et les études sur les langue et culture ukrainiennes, ainsi que l’émergence du Taras Chevtchenko, futur héros national, serf membre de la Confrérie des saints Cyrille et Méthode, dissoute par le pouvoir.

Abolition du servage – 22 avril 1848

La révolution de 1848 enclenche un grand mouvement dans les différentes régions d’Ukraine, d’autant plus que le servage fut supprimé dans la partie autrichienne peu de temps auparavant, mais il est réprimé en moins d’une année.

La seconde moitié du XIXe siècle est une période de réformes et de modernisation industrielle. La voie ferrée construite en Ukraine, ajoutée au développement d’Odessa permet d’exporter plus aisément les produits de son agriculture, mais aussi les minerais du bassin du Donets. Mais cette modernisation freine le mouvement national, car naissent les mouvements révolutionnaires qui lui font concurrence. De plus, l’insurrection polonaise de 1863 est perçu comme une menace pour la Russie qui condamne tout régionalisme, malgré une certaine ukrainophilie au sein de la noblesse. Dès lors les nationalistes se radicalisent face aux différentes interdictions qui frappent leur langue et leur culture. Allégées en 1905 lors de la création de la Douma, les restrictions reprennent dès 1907. Ces répressions n’existent pas en Galicie, où l’Eglise uniate joue un fort rôle dans la diffusion de la conscience nationale et sa coloration politique. Si bien qu’au XXe siècle, le mouvement touche toutes les couches de la société, contrairement aux terres russes, où seule l’intelligentsia citadine défend ses idées.

A la veille de la Première Guerre mondiale, l’Ukraine est donc un territoire multiethnique, à composition sociale distincte entre campagnes traditionnelles et ukrainiennes et villes cosmopolites, où vivent de nombreux Juifs. Ceux-ci subissent toujours plus d’exactions qui débouchent sur des pogroms. Le travail se répartit selon la classe sociale et le groupe ethnique, mais l’agriculture reste dominante. L’analphabétisme y est élevé, si bien que la culture ukrainienne reste très folklorique. La grande culture n’est l’apanage que d’une élite restreinte. Mais la culture populaire est elle un mélange des différentes influences socio-ethniques de la région.

Juin 1917 – la Rada se dote d’un secrétariat général

Pendant la Guerre, l’Ukraine se retrouve le « jouet livré au hasard de la “grande politique”4 ». Les Ukrainiens de toutes confessions sont persécutés à la fois par les Russes et les Autrichiens comme traîtres présumés. Lorsqu’éclate la Révolution se forme très rapidement et surgie d’on ne sait où une Rada qui proclame l’autonomie, toute relative, jusqu’à la prise de pouvoir des bolcheviks qui refuse cet état de fait.

Éclate alors en 1919 une terrible guerre civile entre Rouges, Blancs, Polonais, membres de l’Entente, paysans ukrainiens… C’est le chaos. L’Ukraine échoue à créer son propre État-nation, faute de soutien suffisant dans la population (Galicie exceptée), et les bolcheviks sortent vainqueurs du conflit, après avoir assoupli leur politique, se présentant ainsi comme sauveurs face aux Blancs.

La NEP de Lénine est souple envers les nationalités, mais il n’est plus question d’auto-détermination. En effet, le conflit de classe prime, conformément à la théorie marxiste. Toutefois, il faut remarquer une ukrainisation importante dans les premières années, notamment au sein du PC ukrainien, mais aussi via l’enseignement. L’analphabétisme sombre et l’ukrainien s’impose. Mais l’Eglise nationale reste réprimée, d’autant plus que nait un national-communisme auquel s’oppose Staline. La révolte gronde à nouveau, surtout à la fin de la NEP, face aux violentes collectivisations forcées. La répression sera terrible, accentuée par la famine qui découla de tout ceci. Nul ne peut, selon Kappeler, affirmer qu’il s’agit bien d’un génocide. Le bilan empire avec les purges massives des années 1930. Enfin l’alignement socio-culturel sur la norme soviétique met fin à tous les efforts de construction nationale.

Même si la situation hors d’URSS n’atteint pas le niveau des horreurs staliniennes, les Ukrainiens restés en Pologne ne se voient reconnus aucun droit. Divisés, ils subissent une polonisation intensive par assimilation. Seule l’Église uniate reste tolérée. Toutefois, des partis ukrainiens existent, mais ceux-ci, influencés par la situation en Europe, s’extrémisent et acquièrent des couleurs fascistes, contrairement aux idées du mouvement national originel. La situation est similaire en Roumanie, mais pas en Tchécoslovaquie, où tout se passe bien, jusqu’aux accords de Munich.

Suite au pacte germano-soviétique, l’URSS s’étend en Europe, jusqu’à ce les Allemands la trahisse. La conquête allemande est d’abord vue avec espoir par les Ukrainiens, désireux de sortir du joug soviétique. Malgré une collaboration prouvée, l’Allemagne nie toute « Ukraine libre5 » : les Slaves colonisés doivent se soumettre et travailler pour leurs « supérieurs raciaux ». Les nazis éradiquent définitivement la minorité juive d’Ukraine. Dans leur imaginaire, les Ukrainiens ont collaboré pour arriver à ce but. Mais Kappeler refuse toute simplification. A la fin de la guerre, l’Ukraine réintègre l’URSS. Les frontières sont redessinées et pour la première fois, grâce à des migrations massives, l’Ukraine devient un État monoethnique rassemblant tous les Ukrainiens. L’URSS impose une forte rééducation antifasciste et une reprise en main soviétique pour reconstruire le pays sous la surveillance totale de Staline. Toute opposition est anéantie.

A la mort de Staline, un assouplissement se fait sentir. Les Ukrainiens sont associés aux Russes dans le commandement de l’URSS afin de les rallier, même si des purges se produisent encore. La russification est intensive, surtout en ville, d’autant que les chances sont de promotion augmentent en sachant le russe. Mais une forte division apparaît : les écoles ukrainiennes résistent en Ukraine occidentale. C’est d’ailleurs là que renaît le mouvement national d’opposition en faveur d’une culture, langue et religion ukrainiennes propres. Les purges sévissent encore, mais leur intensité est moindre. C’est grâce à ce mouvement que l’Ukraine pourra enfin en 1991 se déclarer indépendante.

Crise économique et sociale

Le dernier chapitre traite de l’autonomie effective d’un État ukrainien après des siècles de lutte. L’URSS s’est désintégrée suite, entre autres, à des conflits nationaux. De plus, la catastrophe de Tchernobyl fait prendre conscience aux Ukrainiens la dépendance qu’il avait par rapport à Moscou. L’oppression diminuant grâce au glasnost et à la perestroïka, le mouvement national se remit en marche, via les Eglises notamment. Les partis régionaux, légalisés, gagnent les élections. Et c’est lors du putsch raté de Moscou que l’Ukraine déclare son indépendance, confirmée par les urnes, même si les zones russifiées l’acceptent avec moins d’enthousiasme. La sécession de l’Ukraine, deuxième république derrière la Russie, marque la fin de l’URSS.  

L’indépendance s’est donc étonnamment faite sans effusion de sang alors que la lecture du passé laissait envisager le pire. Kappeler analyse non seulement les risques économiques du pays, dépendant de la Russie, dans sa transition vers le capitalisme et l’indépendance, mais aussi les menaces politiques. Les politiciens ukrainiens sont les mêmes qu’à l’époque soviétique et freinent toute réforme. De plus, il pointe la menace de sécession d’un pays divisé en deux, religieusement et linguistiquement ; le problème d’intégration des minorités ethniques, notamment russes ; et par conséquent des relations avec la Russie, dont certains habitants nient toute légitimité à l’Ukraine. La question de la sécurité européenne est aussi un enjeu de taille, surtout lors de périodes de transition d’une telle ampleur. L’équilibre de la région est dans l’intérêt de tous.

Ce livre est excellent, le travail de synthèse réussi, les informations nombreuses et denses ; la préface et l’introduction de MM. Beauvois et Pritsak sont d’ailleurs également élogieuses. La dernière partie soulignant les défis à venir s’avère très intéressante : les prédictions de Kappeler se sont révélées pour la plupart correctes. Les tensions actuelles et les désirs de sécession des parties orientales, notamment le Donbass, sont plus que jamais d’actualité. Le problème de la majorité russe en Crimée a mené au référendum d’indépendance puis à l’annexion simple par la Russie, alors que Kappeler pensait voir un plus gros problème en Moldavie.

Notons également (au moins) deux erreurs ; la première à la page 52 : le transfert du siège du métropolite vers 1300 ne s’est pas fait de Kiev à Moscou : il s’est d’abord installé à Vladimir, avant de déménager effectivement à Moscou en raison des conditions politiques du moment qui l’exigeaient. Quant à la seconde, il s’agit d’une coquille à la page 121 : « ukainienne » au lieu d’« ukrainienne ».

1Ibid., p. 45.

2Ibid., p. 52.

3Ibid., p. 94.

4Ibid., p. 131.

5Ibid., p. 168.

1 Wikipedia, « Andreas Kappeler », https://de.m.wikipedia.org/wiki/Andreas_Kappeler

2 Andreas Kappeler, Petite histoire de l’Ukraine, Paris, Institut d’études slaves, 1997, p. 26.