Par Ricardo Coelho Alves

Durant ces dernières années, la Géorgie est devenue l’un des pays le plus dynamiques en terme de performance économique de l’Eurasie. Le pays a su faire face aux différentes crises économiques mais également militaires traversées notamment avec son voisin, la Russie.

Le changement politique intervenu lors des élections législatives de 2012 a permis à l’opposition, menée par le « Rêve géorgien », d’atteindre la majorité absolue du parlement et d’initier une série de réformes économiques proposées lors de la publication, en 2014, du plan « Georgia 2020 »[1].

Dès lors, divers objectifs ont été fixés et nous pouvons les catégoriser sur trois axes principaux : l’amélioration de la compétitivité du secteur privé ; le développement des ressources humaines ; l’accès au financement.

De plus, l’ensemble des mesures à implémenter doivent s’inscrire dans un respect de l’utilisation des ressources naturelles, une croissance économique efficiente dans la mesure où elle développe le secteur productif du pays, permettant la création d’emplois et une participation de la population au sens large dans le but d’impliquer les minorités ethniques ou encore les migrants dans le processus de développement économique. Dans ce cadre, le pays a signé en 2014 un accord d’association[2] avec l’Union Européenne afin de permettre une meilleure intégration de la Géorgie avec les pays membres.

Les efforts déployés par les institutions géorgiennes dès 2012 ont permis au pays de résister à la crise économique régionale entre 2014 et 2016 créée par la chute des prix de pétrole provoquant une diminution de la consommation, ainsi que par les tensions géopolitiques sur fond de sanctions occidentales envers la Russie notamment. Ci-dessous nous pouvons constater l’évolution de la croissance économique de la Géorgie en comparaison avec d’autres régions :

Source : FMI

Les bons résultats ne sont pas uniquement du côté de la croissance du produit intérieur brut, mais également sur d’autres indicateurs macroéconomiques. En effet, le taux de chômage du pays est passé de 15% en 2012 à 11.8% en 2016 et cette tendance baissière devrait continuer pour les années 2017 et 2018[3]. Le salaire mensuel moyen a, quant à lui, connu une croissance de 31.9% entre 2012 et 2016 passant de 712.5 lari à 940.0 lari3 et le taux de pauvreté a considérablement baissé ces dernières années comme nous pouvons l’observer ci-dessous :

Source : Banque mondiale

De plus, le pays bénéficie d’un système politique démocratique et d’un soutien international de la part de l’UE et du FMI, facteurs clés pour permettre les efforts de réformes économiques structurelles permettant de pérenniser la croissance économique à long terme.

Enfin, la position géographique stratégique offre au pays des opportunités de développement d’affaires tant au niveau du pétrole et du gaz (point de passage dans la Mer Noire) tout comme dans les énergies renouvelables. Ces derniers points sont les piliers principaux sur lesquels les autorités géorgiennes devront s’appuyer pour continuer à faire baisser le niveau de pauvreté, le chômage et par conséquent augmenter de manière générale le niveau standard de vie de la population.

Bien que le pays bénéficie de conditions macro-économiques et politiques favorables, la mutation économique et sociale du pays a encore un long chemin étant donnée la faiblesse de l’éducation, un des facteurs déterminants de la croissance économique de long terme.

Dans le « rapport global sur la compétitivité » des pays publié par le World Economic Forum pour les années 2017 et 2018[4], les principaux facteurs les plus problématiques pour le business sont les suivants :

  1. Main d’œuvre insuffisamment qualifiée
  2. Accès au financement
  3. Inflation
  4. Capacité insuffisante à innover
  5. Offre d’infrastructures inadéquates

En conséquence, le pays affiche toujours un manque structurel d’innovation et de sophistication du tissu économique.

Étant donné l’environnement économique mondial et régional favorable, la situation est idéale pour que le gouvernement poursuive ses efforts de réformes structurelles d’une part en incitant les jeunes à poursuivre leurs études au-delà des années obligatoires. D’autre part, une meilleure collaboration entre universités et entreprises locales seraient bienvenue afin d’améliorer l’efficience des entreprises locales. En outre, des investissements en infrastructures sont également un des facteurs importants pour attirer plus d’investissements directs étrangers dans le pays. L’offre actuelle d’infrastructures (ports, autoroutes, écoles et universités, chemin de fer, entre autres) est insuffisante et défaillante pour que des entreprises étrangères décident d’investir dans le pays.

En conclusion, la Géorgie connaît un moment propice au développement économique et à l’amélioration des conditions sociales de sa population de par la stabilité politique depuis 2012, et la volonté de ses dirigeants politiques de réaliser des réformes structurelles permettant de dynamiser l’économie géorgienne. Il est évident que les efforts menés récemment ont permis de diminuer considérablement la pauvreté, le chômage et d’augmenter le salaire moyen de la population.

Cependant, une attention particulière doit être portée sur le déficit public et l’évolution largement négative de la balance commerciale du pays. La Géorgie connaît un endettement relativement faible par rapport à son PIB (55.5% en 2016[5]), mais tout de même en augmentation continue au fil du temps. Le déficit public a connu des variations comprises entre -3% et -4% du PIB ces dernières années, tout comme le solde de la balance commerciale qui a toujours été supérieur à USD –5 milliards[5]. Dès lors, le dynamisme économique doit également permettre de tenir les finances publiques contrôlables. Néanmoins, la population peut espérer un meilleur avenir et des conditions de vie meilleures à l’horizon 2020.

[1]https://www.adb.org/sites/default/files/linked-documents/cps-geo-2014-2018-sd-01.pdf

[2] http://www.europarl.europa.eu/EPRS/EPRS-AaG-542175-EU-Georgia-Association-Agreement-FR.pdf

[3] Geostat, National statistics of Georgia

[4] WEF, The Global Competitiveness Report 2017-2018

[5] Geostat, National statistics of Georgia