Les élections présidentielles en Russie qui se sont achevées par la réélection de Vladimir Poutine ont suscité une pléthore d’analyses politiques dans tous les médias et sur les réseaux sociaux. Le président en poste et candidat aux élections, le bilan de son dernier mandat, ses desseins furent analysés, critiqués mais c’était oublier les 78 millions d’électrices et 67 millions d’électeurs russes, composants d’une société que l’on finit presque par ne plus voir, ne plus évoquer, tant les unes de presse, période électorale ou pas, se focalisent sur un seul visage. Pourtant, au delà de la candidature de Ksenia Sobtchak comme opposante à Vladimir Poutine, l’on peut se demander quelle peut être la place des femmes dans la politique russe en 2018, ce qu’a fait Isabelle Bairamukova dans son analyse “Les femmes dans la politique en Russie”.

La société civile russe entretient des relations complexes avec l’État, que Françoise Daucé, directrice d’études à l’École des Hautes Études en Sciences sociales (EHESS), met en lumière dans deux ouvrages et apporte une nuance à l’idée répandue dans les médias occidentaux, d’une société civile soumise et passive face au pouvoir russe. L’analyse de Caroline Favre dresse le tableau des différentes évolutions et alternatives développées par les deux acteurs que sont le pouvoir et la société civile.

Le renouveau du patriotisme, sur lequel l’identité du parti Russie Unie s’est construite, devenu un “prérequis de toute discussion politique”, et appuyé par l’Église orthodoxe, trouve un écho dans une partie de la jeunesse russe, fortement attachée au passé soviétique. Entre nationalisme et patriotisme, une distinction semble nécessaire pour comprendre un phénomène non exclusivement russe. Mais contrairement aux pays occidentaux, le patriotisme russe est revendiqué par toutes les couches de la société comme nous l’explique Kevin Bonvin.

Ce patriotisme russe ne peut qu’être renforcé par le retour en force du pays sur la scène internationale durant la dernière décennie, avec les risques et les conséquences que l’on connait : la perception étrangère de la Russie comme une puissance révisionniste et imprévisible, conduisant à son isolement, a renforcé sa vision d’État citadelle, qu’il s’agirait de protéger, ainsi que son “proche étranger”, contre l’expansion d’un modèle occidental qui lui serait incompatible. Vu de l’Occident, la Russie donne des signes impérialistes aux visées expansionnistes qu’une nouvelle diplomatie étrangère pourrait contribuer à sortir le pays de l’isolement sans renier sa nature ni ses représentations comme le souligne Adrien Nonjon.

Enfin, Tiruhi Galstyan s’est rendue à la conférence donnée à Genève par le grand spécialiste de l’histoire soviétique, de la politique extérieure de l’URSS et des relations entre la Grande-Bretagne et l’URSS, le Professeur Gabriel Gorodetsky. Son dernier ouvrage The Maisky Diaries: Red Ambassador to the Court of St James’s, 1932-1943 se fonde sur le journal tenu par l’ancien ambassadeur soviétique au Royaume Uni, retrouvé dans les archives soviétiques.