Par Valérie Geneux

Belgrade, Pristina. Lundi 26 mars 2018, M. Duric, directeur du Bureau serbe pour le Kosovo, a été arrêté par les forces spéciales de police kosovare à Mitrovica-nord (Kosovo) pour être entré illégalement sur le territoire. Après être intervenue à coup de bombes lacrymogènes et de sprays au poivre, la police a arrêté M. Duric et l’a conduit sous lourde escorte dans la capitale Priština. Des images et vidéos tournent actuellement sur le net montrant M. Durci menotté, courbé en deux, forcé à marcher pour rejoindre un commissariat de police. Après avoir été renvoyé en Serbie le soir même, M. Duric s’est exprimé publiquement le lendemain, le mardi 27 mars 2018, en déclarant avoir été « traîné comme un chien », menacé à l’aide armes et avoir été battu.

Pour le ministre kosovar des Affaire étrangères, B. Pacolli, aucune autorisation n’a été délivrée permettant l’entrée sur le territoire kosovare par une délégation serbe. De ce fait, il considère la présence de M. Duric comme une violation de la loi kosovare ainsi que de l’accord de Bruxelles. Néanmoins, le président serbe, A. Vucic, ainsi que M. Durci affirment avoir fait une demande plus de 70 heures avant l’entrée sur le territoire de ce dernier et donc d’avoir respecté les procédures.

La question ici n’est pas de savoir qui était dans son droit ou non mais de souligner le manque de clarté des procédures de l’accord de Bruxelles de même que l’improductivité du tour de force de la police kosovare dans ce genre d’affaire.

En effet, dans un contexte où la Serbie et le Kosovo sont en pleins pourparlers dans le but de reconnaître l’indépendance de ce dernier par la Serbie, les cartes sont désormais largement redistribuées en défaveur du Kosovo. Assurément, le parti des Serbes du Kosovo, la liste Srpska, n’a pas tardé à répliquer en quittant le gouvernement kosovar le mercredi 28 mars 2018 mettant à mal le premier ministre R. Haradinaj qui perd sa majorité. Rappelons que la Constitution du Kosovo exige qu’une représentation serbe siège au gouvernement.

Après cet événement entravant le bon processus de la normalisation des relations entre les deux États, le président serbe, A. Vucic, va-t-il encore proposer un accord en juin 2018 en vue de reconnaître l’indépendance du Kosovo (moyennant un échange de territoire) ou tous les efforts effectués jusqu’à présent ont-ils été balayés par cet incident diplomatique ?