Par Valérie Geneux

Albanie. Le weekend de Pâques (30 mars – 1 avril 2018) a été l’occasion de violentes manifestations en Albanie. En cause, l’instauration de péages payants, allant de 2.50 euros à 22 euros, sur l’ « autoroute de la nation » qui traverse le pays jusqu’au Kosovo. Pour rappel, la construction de l’autoroute, débutée en 2009, a coûté au contribuable près de deux milliards d’euros. A Kükes, petite ville au nord du pays, les manifestations ont dégénérées menant à la destruction des péages, à plusieurs dizaines de blessés dont des policiers ainsi qu’à l’arrestation de vingt trois personnes. Dimanche 1er avril 2018, une centaine de manifestants sont descendus dans les rues de la capitale Tirana afin de demander la libération des personnes arrêtées la veille. La police a alors bloqué l’accès au tribunal où elles étaient jugées mercredi 4 avril 2018.

En introduisant un péage payant sur l’autoroute, le premier ministre albanais, E. Rama, prévoit de « céder [l’autoroute] en concession pour trente ans dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP) » plutôt obscur dans un contexte où la corruption fait partie de toutes les couches de la société. Les citoyens albanais s’indignent donc contre ce qu’ils qualifient de vol. L’opposition a alors appelé tous les citoyens à la « désobéissance civile » afin de lutter contre les élites oligarchiques en place au pouvoir. Par la suite, par solidarité envers les personnes arrêtées et pour protester, les partisans de l’opposition ont bloqués plusieurs routes dans tout le pays. Ce qui devait être un simple mécontentement de la population en vue de l’instauration de nouvelles taxes se meut en revendication politique et citoyenne contre un problème bien plus profond. Pour F. Lubonja, publiciste albanais, « la violence des citoyens de Kükes est la réponse à la violence du gouvernement et de ses collaborateurs oligarchiques ». La violence semble alors être le seul moyen de communication entre le gouvernement albanais et ses citoyens étant donné que la confiance de ces derniers envers les institutions étatiques s’avère complétement mis à mal.