Par Nikita Taranko Acosta

Le 25 mars passé, à l’occasion du centenaire de la proclamation de la République populaire biélorusse en 1918, une commémoration fut officiellement autorisée pour la première fois par les autorités. Il s’agit du Jour de la Liberté [et de la volonté car le mot воля a ce double sens en russe] ; une journée symbolique pour le fragile État biélorusse dont l’existence est souvent remise en cause par ses influents voisins (notamment la Russie et la Pologne) mais aussi par les Biélorusses eux-mêmes. Alors, de quoi le régime de Loukachenko a-t-il peur car jusqu’à maintenant la célébration n’a pas d’autre but que l’affirmation nationale ?

 

La principale crainte est le mouvement d’opposition qui est fortement associé à cette journée, opposition qui prône depuis 1991 un État démocratique et libre de tout joug extérieur. « On n’arrêtera jamais la lutte contre la permanente menace de notre président schizophrénique », a déclaré le principal opposant du pays, Vladimir Nekliaev, lors de son arrestation le 25 mars 2018.  Le régime autoritaire a peur de perdre le contrôle et recourt ainsi aux violences en masse et répressions systématiques tout en manipulant les médias avec une propagande populiste anti-occidentale, alors qu’elle devient de moins en moins efficace compte tenu des « médias alternatifs » qui ont explosé depuis la fraude électorale de 2010, juge Valérie Gauriat, envoyée spéciale d’Euronews à Minsk.

Pourtant, la célébration fut permise au dernier moment pour augmenter la transparence et montrer le parcours « démocratique » qu’a entrepris le pays. Vladimir Makeï, ministre des Affaires étrangères du Bélarus, souligne que « l’on ne peut pas aller se coucher un soir dans l’URSS et se réveiller le lendemain matin dans un État européen totalement démocratique ». En revanche, le président biélorusse reste ferme et affirme qu’il ne faut pas confondre le Bélarus avec l’Ukraine :

« Le Maïdan n’aura jamais lieu ici ! ». Il a répondu ensuite aux accusations de Bruxelles et de l’ONU, qui ont suivi les brutalités commises par le KGB et la police tout au long de la journée, que « l’on fait ce que l’on doit faire pour garantir la sécurité et la stabilité dans notre pays même si cela nous oblige parfois à se détourner des idéaux étiques et moraux dont vous [l’Occident] faites l’éloge en excès ».

Il semble ainsi que le régime de Loukachenko continue à jongler astucieusement entre une plus grande tolérance politique lorsqu’il cherche un rapprochement avec l’UE si cela peut lui être bénéfique à un moment donné (crédits, projets financés par l’UE, etc.) et davantage d’autoritarisme lorsqu’il se voit en péril.