Par Marton B. Krasznai

Hongrie. A l’approche de la publication du budget 2021-2027 de l’Union Européenne, des sources à Bruxelles ont transmis au groupe de presse Reuters des informations selon lesquelles Jean-Claude Juncker allait proposer, lors des jours à venir, de lier les contributions européennes versées aux pays membres au respect du droit de l’Union et de l’État de droit. La proposition serait d’ores et déjà soutenue par la France et l’Allemagne.

La Hongrie, parmi les plus gros récipiendaires par habitant, pouvait jusqu’à maintenant compter sur la solidarité d’autres pays de la région, et principalement de la Pologne, pour avoir des soutiens à Bruxelles. Mais dans un contexte où la situation politique en Pologne et en Hongrie préoccupe de plus en plus l’Union, notamment à cause de lois controversées sur les tribunaux et les ONG, les États membres d’Europe Centrale commencent à ressentir que la prudence est de mise. La nomination d’un nouveau premier ministre polonais, qui a entamé un rapprochement avec l’Union, a ainsi été vu comme un signe que Varsovie est prête à collaborer. De son côté, Bruxelles a fait des pas vers l’adoption d’une politique migratoire plus restrictive, pour aller dans la direction de ses membres orientaux. Quant aux réformes de la justice en Pologne, il est raisonnable de penser que le gouvernement va finalement trouver un compromis avec l’Union Européenne.

C’est dans ce contexte, que Budapest, qui clame depuis des années qu’il faut trouver des solutions pour que les réfugiés n’atteignent pas l’Europe mais soient pris en charge avant, a mis son veto à un accord entre l’Union Européenne et des pays africains. Cet accord prévoyait que l’UE allait verser des aides aux pays africains qui collaboreraient à empêcher les réfugiés à atteindre l’Europe, et aiderait au retour de ceux qui renonceraient par eux-mêmes à essayer d’atteindre l’Europe de façon illégale. L’accord aurait également inauguré une nouvelle phase de coopération entre l’UE et les pays africains sur la question du trafic d’êtres humains.

La Hongrie objecta que le texte ne condamne pas avec assez de véhémence ce qu’elle qualifie de migration de masse, et ne fait pas la distinction entre réfugiés et migrants.

Ce veto n’a pas manqué de susciter de l’énervement même chez les alliés les plus proches de Budapest.

En réponse, et pour marquer encore plus la rupture avec l’Union, le ministre des affaires étrangères hongrois a accusé l’UE jeudi 26 avril 2018, dans une intervention devant le Parlement Européen, d’avoir essayé de manipuler les élections hongroises. Il a également affirmé que les critiques contre le pays étaient le fruit de son opposition à un soi-disant plan d’installation massive d’immigrants en Europe, et la mise en place d’un « Plan Soros ».