Par Yanis Hadrami

Varsovie. Lundi 18 juin 2018, le vice-président de la commission européenne, Frans Timmerman, se rend en Pologne dans un contexte de tension entre Varsovie et l’Union Européenne à la suite de l’adoption par le parlement polonais d’une réforme controversée de la justice.

Par la voix du vice-président de la commission, l’Union Européenne exprime son insatisfaction quant aux très légères modifications apportées à la mi-avril 2018. L’opposition, elle aussi, condamne avec une grande fermeté l’inefficacité et la valeur cosmétique de ces amendements.

Ces critiques européennes et internes ne semblent pas influencer outre mesure le gouvernement polonais. Ce dernier semble bel et bien résolu à ce que cette réforme de la justice qu’il estime nécessaire devienne effective. Le 17 juin 2018, soit la veille de la visite de Mr Timmerman, Jacek Sasin, le chef du comité permanent auprès du premier ministre polonais, déclare que « le champ des concessions supplémentaires a été épuisé ».

Comme le souligne le journal Le Monde[1], il semblerait que l’Union Européenne et la Pologne se trouvent actuellement dans une impasse difficilement surmontable. L’Union Européenne éprouve les pires difficultés à convaincre les dirigeants polonais du danger que fait peser cette réforme sur la survivance de l’État de droit dans le pays. Le gouvernement polonais quant à lui refuse d’infléchir sa position en procédant à des modifications plus conséquentes ou en abrogeant cette réforme de la Justice.

Cette réforme, ne constitue pas le seul point d’achoppement entre l’Union Européenne et la Pologne. Ce jeudi 20 juin 2018, la Pologne à l’instar des 3 autres membres du groupe de Višegrad (Hongrie, Slovaquie, République Tchèque), annonce son retrait du sommet organisé par la Commission Européenne portant sur la question migratoire. Ce sujet est, en effet, hautement sensible pour la Pologne et les pays de la région où les romans nationaux font la part belle aux multiples occupations étrangères des territoires nationaux. Dans ces pays, la question migratoire est cyniquement utilisée par les pouvoirs en place à des fins politiques et nourrit la peur séculaire d’une désintégration nationale causée par la présence d’éléments exogènes.

Les pays du groupe de Višegrad dont fait partie la Pologne se montrent peu sensibles à l’orientation politique de l’Europe en matière de politique migratoire. Les pays membres s’opposent à l’idée d’accueillir un quota de migrants. Peu enclin à marcher sur les pas de l’Allemagne dans ce domaine, les pays de Višegrad refusent de participer à ce que M. Morawiecki, premier ministre polonais, estime être une tentative de « réchauffer une ancienne proposition (…) déjà refusée ».

Entre la réforme de la justice controversée et la question migratoire, le fossé se creuse de plus en plus entre Bruxelles et Varsovie. Au regard de la situation, il semblerait, comme le souligne Jakub Iwaniuk correspondant du Monde à Varsovie, que l’unique voie de l’apaisement soit la voie du compromis entre les deux partis.

[1] L’Etat de droit en Pologne, Bruxelles dans l’impasse. Le Monde, 19/06/18