Par Jasmin Gut

« Prenez autant de souveraineté que vous voulez avaler »

Moins d’un mois après cette fameuse phrase prononcée par Eltsine lors de sa visite à Kazan en août 1990, le Tatarstan déclare sa souveraineté.[1] En 1986, Gorbatchev avait pourtant affirmé que le « problème des nationalités » avait été résolu.[2] C’est seulement en 1990 que le dernier président de l’URSS a fait face à la réalité et avoue que le problème de la question nationale reste pendante.[3] La politique de la glasnost et la perestroïka n’arrivaient pas à tenir l’Union soviétique ensemble qui commençait à se dissoudre. L’ancien principe soviétique de la korenizacija avait clairement échoué.

La formation d’un mouvement nationaliste

C’est vers la fin des années quatre-vingt, alors que dans de nombreuses républiques socialistes soviétiques (Советские социалистические республики) les demandes d’indépendance s’intensifient, qu’il se forme également un mouvement nationaliste au Tatarstan. En tant que république autonome socialiste (Татарская Автономная Советская Социалистическая Республика), les demandes concernent tout d’abord un changement de statut politique : le Tatarstan veux passer d’une république autonome vers une république socialiste. Ces dernières pouvaient profiter de plus de privilèges au sein de l’Union soviétique. Ainsi, les républiques socialistes avaient par exemple leur propre constitution et la politique du centre s’orientait généralement plus vers les intérêts de la population titulaire locale et à leurs demandes.[4] A plusieurs reprises, le Tatarstan avait donc essayé d’acquérir le statut de république socialiste, mais en tant qu’enclave celui-ci lui a toujours été refusé.[5]

Vers le début des années quatre-vingt-dix, alors que quelques républiques socialistes avaient déjà profité de l’article 72 de la constitution de l’URSS qui leur confie le droit à l’autonomie, les demandes nationalistes au Tatarstan se durcissent aussi. En même temps que l’Union soviétique montre des faiblesses, il y a aussi des voix au Tatarstan qui s’élèvent et qui demandent non seulement plus de souveraineté, mais l’indépendance  totale.

L’exemple tatar

Contrairement au cas de la Tchétchénie, ces aspirations à plus de souveraineté restent majoritairement pacifiques et aujourd’hui, le Tatarstan sert même de bon exemple au gouvernement russe d’une société multiethnique et multiculturelle au sein de la fédération. Lors du millénaire de la ville Kazan en 2005, Poutine estime par exemple que le Tatarstan pouvait être vu comme une Russie en miniature : « multiséculaire, multinational et multiconfessionnel ».[6] Le fait que Poutine adresse ses mots en tatar au public souligne encore plus la grande importance d’une coexistence paisible entre les Russes et les Tatars. Comment se manifestent alors les aspirations nationalistes tatares aujourd’hui ? Et comment expliquer la solution pacifique au Tatarstan comparée à la Tchétchénie, alors que les deux républiques ont beaucoup de points communs ?[7]

L’oscillation dans le processus de « nation-building »

Une caractéristique importante du mouvement nationaliste au Tatarstan, qui est souvent mentionnée par les chercheurs pour souligner la différence entre le mouvement nationaliste tatare et tchétchène, est son balancement continuel entre rupture et coopération avec le centre russe et son effort d’entrer en dialogue avec lui. Dans ce travail, nous analyserons cette oscillation plus en détail se concentrant sur trois niveaux caractéristiques du processus de nation-building d’un nouvel état: le niveau international, le niveau national et le niveau interne.[8] En ce qui concerne le niveau international, nous nous intéresserons aux relations internationales du Tatarstan et à la manière dont la république se représente à l’étranger. Il est également important de voir comment la politique étrangère tatare[9] correspond (ou bien ne correspond pas) à celle du centre russe. Il s’agit-là d’une question qui mène directement au niveau national, c’est-à-dire à la relation entre la Fédération russe et le Tatarstan.  Le troisième niveau se concentrera sur le cadre interne et la manière dont le mouvement nationaliste essaie de construire une certaine uniformité au sein de la population du Tatarstan qui peut donner naissance à un sentiment d’union nationale. Dans le cadre domestique, on analysera quelques caractéristiques du système d’éducation et des symboles nationaux au Tatarstan. Les trois niveaux – international, national et interne – s’entremêlent souvent: une mesure dans le cadre domestique peut influencer le niveau national et réciproquement. Les trois niveaux ne peuvent donc pas être séparés d’une manière rigide l’un de l’autre.

Afin de bien comprendre la relation qu’entretient le Tatarstan avec la Russie respectivement l’étranger aujourd’hui, il faut d’abord éclaircir le début du mouvement nationaliste dans cette république, ainsi que quelques spécificités ethnographiques du Tatarstan.

Le Tatarstan

Le Tatarstan est une république située sur le bassin de la Volga dans la partie européenne de la Russie. La superficie totale fait avec 68 000 km2 à peu près une fois et demie la taille de la Suisse. Sa capitale – Kazan – se trouve à 800 km, soit à douze heures de train, de Moscou. C’est Ivan le Terrible qui annexe le khanat de Kazan en 1552 et qui ouvre ainsi la « fenêtre de la Moscovie vers l’est ». Avec son annexion, de plus en plus de Russes s’installent dans la région – la cohabitation russo-tatare restera une caractéristique importante de l’histoire du Tatarstan. Ainsi, pendant toute la période soviétique, les deux ethnies forment à peu près des proportions égales.[10] Selon la statistique officielle de 2010, ces chiffres n’ont pas beaucoup changé et aujourd’hui vivent 53,2% de Tatars, 39,7% de Russes et 3,1% de Tchouvaches au Tatarstan.[11] Les Tatars sont donc à peine majoritaire dans leur « propre » république – bien qu’ils soient, avec 3,9% de toute la population, la minorité la plus grande dans la fédération russe.[12] Cela montre tout d’abord que les Tatars sont un peuple dispersé qui ne se concentre pas seulement sur une région spécifique. Il s’agit ici entre autres d’une conséquence du tracé arbitraire des frontières lors de la création du Tatarstan en 1920. Encore en 2010, un nombre important de Tatars vit dans des républiques voisines comme par exemple en Bachkirie (25,4% de Tatars). En ce qui concerne le mouvement nationaliste, cela évoque deux questions principales. Premièrement, quel rôle joue l’importante population non-tatare (surtout russe) dans les demandes nationalistes ? Et deuxièmement, est-ce que le mouvement nationaliste ne concerne-t-il que les Tatars du Tatarstan ou bien, revendique-t-il aussi une certaine responsabilité pour les Tatars vivant à l’extérieur de la république ?

Un autre facteur important, qu’il convient de mentionner quand on parle du Tatarstan, est son aisance financière. Grâce à sa position favorable à la confluence des rivières Volga et Kama, le Tatarstan a toujours été un centre de commerce important. En 1990, 35 tonnes de pétrole et 1,3 tonnes de gaz naturel ont été extraites dans la région de la Volga.[13] Le Tatarstan était ainsi une des républiques les plus aisée en URSS.[14] Cette aisance a pu être maintenue et le Tatarstan est encore aujourd’hui un centre important d’extraction de pétrole (32,4 tonnes en 2009)[15], de charbon et de gypse. Selon une statistique effectuée par les Nations Unies en 2004, le Tatarstan figure à la quatrième place de l’indice de développement humain (IDH) en Russie juste après Moscou, la région de Tioumen et Saint-Pétersbourg.[16]

La grande importance du Tatarstan pour le centre russe se manifeste également dans des faits très visibles comme par exemple le développement des lignes de train – le moyen de transport le plus important à l’intérieur de la Russie. Une bonne connexion témoigne toujours d’une relation importante de Moscou avec la région connectée. Depuis l’été 2015, il y a le tout premier train à deux étages qui circule entre Moscou et Kazan et une connexion à grande vitesse est planifiée pour l’année 2020.[17]

Également dans le mouvement nationaliste tatar, l’aspect économique joue un rôle primordial. L’aisance du Tatarstan pouvait donner de la confiance aux partisans du mouvement nationaliste car ils savaient bien que le Tatarstan était une république d’une importance financière capitale pour toute la Russie. La Russie ne pouvait juste pas se permettre l’autonomie tatare ce qui donnait une base favorable aux Tatars à des négociations. En même temps, l’aspect économique peut aussi être vu comme une des faiblesses du Tatarstan. Son économie est, pour une grande partie, dépendante du marché russe et par exemple la fermeture des pipelines russes aurait des conséquences graves pour le Tatarstan.

Un autre facteur est la distribution des différentes ethnies à l’intérieur de la république. Jusqu’à la fin du 19ème siècle, les Tatars et les Russes vivaient plus ou moins isolés l’un de l’autre. Cela commence peu à peu à changer au 20ème siècle : Alors qu’en 1970 seulement 38.6% des Tatars, mais 70.3% des Russes, vivaient en ville ; en 1989, l’urbanisation des Tatars avait déjà augmenté à 63.4%.[18] Cette urbanisation progressive des Tatars avait entre autre la conséquence que les Tatars devaient s’intégrer dans un monde qui était majoritairement dominé par des Russes. Des différences concernant le niveau d’éducation devenaient visible. Une différence se sentait également en ce qui concernait le genre de travail entre les deux ethnies : vers la fin des années quatre-vingt, 70,3% des Tatars travaillaient en tant que col bleu. En matière de comparaison : 36,3% des Russes étaient des cols blancs et 63,7% des cols bleus. Cette différence menait à un sentiment de discrimination auprès de la population tatare qui avait été utilisé par les nationaliste à ses propres fins, comme le souligne par exemple Elise Giuliano : « The nationalists could then identify solutions to rectify the injustice facing their group. Their massage drew a boundary between Tatars and Russians in order to establish a sense of Tatar nationhood ».[19] Le mouvement nationaliste était donc largement soutenu par un groupe de Tatars qui se sentaient discriminés par rapport aux Russes. Les chefs des groupes nationalistes étaient normalement également des Tatars urbanisés de la deuxième ou troisième génération qui parlaient généralement bien le russe et qui faisaient partie d’une intelligentsia tatare.[20]  L’urbanisation peut donc être vue comme un facteur primordial pour la formation d’un mouvement nationaliste au Tatarstan.

Le mouvement nationaliste à la fin des années 1980 et au début des années 1990, et ses vestiges dans la politique tatare d’aujourd’hui

Dans la littérature scientifique, on distingue généralement trois phases dans le mouvement nationaliste du 20ème siècle au Tatarstan.[21] La première phase se situe entre 1988 et 1990. Elle se distingue par une montée rapide des mouvements nationalistes. La deuxième phase – de 1991 à 1992 – se caractérise déjà par sa décadence et finalement, de 1993 à 1996, le mouvement nationaliste s’arrête quasi complètement. Cette brève représentation montre d’une part que le mouvement se concentre sur une période assez restreinte peu avant la dislocation de l’URSS et encore quelques années après. D’autre part, il faut avoir à l’esprit que cette abstraction se réfère tout d’abord au mouvement nationaliste du centre civique tatar (татарский общественный центр) et non pas au mouvement nationaliste tatar en général. Le centre social tatar, fondé le 27 juin 1988 lors d’une conférence de l’université d’État de Kazan, était certes le moteur du mouvement nationaliste, mais déjà avant sa fondation, il y avait des signes d’une aspiration tatare à plus de souveraineté. Dans Russie – Empire multiethnique, Andreas Kappeler constate par exemple déjà vers la fin du 19ème siècle la formation d’une intelligentsia tatare dont l’identification ne se basait plus seulement sur la religion, mais aussi sur une culture et une histoire commune.[22] Pendant les années trente, cette élite tatare a été largement effacée par la terreur stalinienne, et c’est seulement dans les années quatre-vingt que le mouvement revêt de nouveau une importance notable dû à la politique de glasnost et la liberté d’expression qui y est liée.

Vers la fin de 1990, 21% de la population du Tatarstan soutenait des organisations nationalistes[23] – le nombre des partisans d’un mouvement nationaliste tatar semble encore plus élevé si on considère que seulement la moitié de la population du Tatarstan était des Tatars. Entre 1991 et 1992, des milliers de manifestants se réunissaient régulièrement sur la Place de la liberté à Kazan pour demander plus de souveraineté. Leurs demandes concernaient en premier lieu des aspects financiers (le CST voulait par exemple que toutes les ressources naturelles qui se situent au Tatarstan appartiennent au gouvernement local et non pas à Moscou)[24] ou bien des inégalités dans la politique (par exemple qu’il n’avait pas assez de politiciens tatars au gouvernement central comparé à leur nombre d’habitant en Russie). Les demandes ne touchaient donc pour la plupart ni à des questions religieuses, ni à des questions ethniques qui jouaient sur les différences entre Russes et Tatars. Seulement une petite couche nationaliste extrémiste demandait l’interdiction des mariages mixtes et essayait de trouver des partisans avec des slogans tel que « Татарстан для татар ! »[25]. Ces groupes nationalistes extrêmes n’avaient qu’un support de moins de 1% dans toute la population du Tatarstan.[26] Encore aujourd’hui, le groupe politique extrême nationaliste Milli Medlis (tatare pour « Assemblé nationale »), fondé en 1992, demande un Tatarstan seulement pour des Tatars, mais ces demandes sont jugées par une très grande majorité de la population comme utopiques et irréalistes. On peut donc constater que les demandes des nationalistes concernaient surtout l’inégalité entre les Russes et les Tatars, mais non pas le fait que les Russes vivaient aussi au Tatarstan. La majorité des participants aux mouvement nationaliste tatar préférait une solution comme par exemple en Lituanie, où les Russes pouvaient choisir entre rester dans le nouvel état où bien le quitter.[27] Cela montre que, contrairement au cas de la Tchétchénie, on n’avait pas de conflit ethnique renforcé au Tatarstan.

On attribue généralement au premier président du Tatarstan, Mintimer Chaïmev, un rôle important dans le chemin pacifique du Tatarstan.[28] Encore aujourd’hui, il est appelé par la population tatar бабай (grand-père), ce qui souligne sa grande importance comme quasi fondateur de la société tatare. Après la déclaration d’indépendance, signée par le parlement tatar le 30 août 1990, Chaïmiev avait convoqué un referendum le 21 mars 1992 qui permettait au peuple de voter sur le sujet de la souveraineté du Tatarstan. Le texte était formulé de la manière suivante, ici en traduction anglaise : « Do you agree that the Republic of Tatarstan is a sovereign state and a subject of international law building its relations with Russia and other republics and states on the basis of equal treaties ? ».[29] Dans cette formulation, il n’est pas tout à fait clair ce qu’on entend par « sovereign state » – s’il s’agit d’un état indépendant ou bien d’un sub-état à l’intérieur de la Russie. Peu après la sortie du référendum, le « livre blanc du Tatarstan » (Белая книга Татарстана) a été publié afin d’éclaircir le terme sovereign state. Il y est expliqué, de la part du gouvernement, que le référendum ne décidait pas de la sortie ou du maintien du Tatarstan dans la fédération russe : « Вопрос, вынесенный на референдум 21 марта 1992 года, не предусматривает выход или невыход Республики Татарстан из состава Российской Федерации и государственное обособление Татарстана от России».[30] Le référendum peut donc être vu comme un moyen utilisé par le gouvernement tatar pour apaiser la société et satisfaire ses demandes nationalistes sans rompre tout à fait avec le gouvernement russe. Grâce à l’ambiguïté de la compréhension du terme sovereign state, on tentait de calmer à la fois les manifestants au Tatarstan et le gouvernement russe. Le référendum a finalement été accepté par 63% de la population[31] et le 30 novembre 1992 – après avoir refusé de signer la Constitution de la fédération russe – le Tatarstan publie sa propre constitution. Il est important de souligner que dans cette nouvelle constitution (qui a d’ailleurs été partiellement invalidée par la Cour constitutionnelle), les Russes et les Tatars sont pris en compte comme partenaires égaux. Ainsi, les deux langues – le russe et le tatar – sont déclarées comme langues officielles du nouvel État et l’article 3 de la constitution dit : « Татарская ССР гарантирует всем проживающим на ее территории гражданам независимо от их национальности, социального происхождения, вероисповедания, политических убеждений, других различий равные права и свободы человека ».[32] Comme déjà dans le mouvement nationaliste, la déclaration d’indépendance ne veut pas une séparation des Russes et des Tatars, mais les droits des deux groupes ethniques comme la liberté de culte et de langue y sont garantis. Au centre de la nouvelle constitution se trouvent plutôt des aspects économiques. Cela se voit par exemple dans l’article 2 de la constitution qui déclare que toutes les ressources naturelles appartiennent désormais au Tatarstan.

Un autre exemple qui illustre bien la politique d’ « oscillation » entre rupture et dialogue avec le centre russe de Chaïmev se trouve dans l’élection du président de la fédération en décembre 1992. Le gouvernement tatar décide officiellement que le Tatarstan va la boycotter. Par contre, la pratique réelle diverge considérablement de ce qui a été proclamé. Ainsi, les jours de l’élection du président russe, personne n’empêche la population tatare d’y participer et on fournit même les installations nécessaires pour que les gens qui le désirent puissent voter.[33] Le boycott peut donc être vu comme une tentative de satisfaire à la fois les demandes nationalistes et de montrer sa puissance et autonomie à Moscou ; mais en même temps, la façon dont le boycott a été finalement mis en œuvre montre que Chaïmev ne voulait pas non plus rompre avec Moscou, ni avec la population du Tatarstan qui veut participer à l’élection. Monica Duffy Toft affirme dans ce contexte que le président Chaïmev « never intended to seek full independence but was willing to use whatever rhetoric and other devices were necessary to maneuver himself into a position that in the end would garner as much autonomy as possible ».[34]

Le 15 février 1994, le Tatarstan signe avec le gouvernement russe le contrat « О разграничении предметов ведения и взаимном делегировании полномочий между органами государственной власти Российской Федерации и органами государственной власти Республики Татарстан » où le terme de souveraineté n’est plus utilisé du tout. Ce contrat marque ainsi pour le Tatarstan un rapprochement au centre russe et un éloignement aux aspirations nationalistes. Cela se montre aussi en ce qui concerne des sujets économiques mentionné dans ce contrat : toutes les questions importantes, comme l’extraction durable des ressources naturelles au Tatarstan, doivent désormais d’abord être négociées avec le centre russe avant d’être mises à exécution. Le Tatarstan a donc abandonné une partie de son autonomie en faveur d’une coopération avec la Russie.

Ce bref aperçu avait pour but de montrer deux points centraux du mouvement nationaliste au Tatarstan. Premièrement, le mouvement ne se basait pas sur des demandes ethniques et n’essayait pas de creuser un fossé entre les Tatars et les Russes vivant au Tatarstan. Les demandes concernaient plus fréquemment des questions écologiques, économiques et financières – des demandes que Minitimer Chaïmev a essayé de satisfaire dans la déclaration d’indépendance de 1990. Deuxièmement, la politique du Tatarstan se distingue par son balancement continuel entre rupture et coopération avec le centre russe. Des demandes nationalistes ont été utilisées pour exercer une pression sur Moscou afin de disposer plus tard d’une base favorable à des négociations.

  • Des symboles nationaux

Dans le processus de nation-building, la création des symboles nationaux comme drapeau, un hymne, des jours fériés et un mythe fondateur est d’une grande importance. D’une part, ce genre de symboles nationaux témoigne d’une aspiration à l’autonomie d’un État potentiellement indépendant ; d’autre part, ils permettent également de développer un sentiment d’union à l’intérieur de la société. Dans le cas du Tatarstan, il se pose les questions suivantes : comment ces symboles sont-ils conçus ? Ne s’adressent-ils qu’à la population tatare ou les Russes vivants au Tatarstan peuvent-ils s’identifier avec eux aussi ?

C’est principalement à partir des années quatre-vingt-dix, en même temps que le mouvement nationaliste se développe, qu’on commence à créer des symboles nationaux au Tatarstan : en 1991, il y a l’adaptation d’un drapeau et d’un blason tatar et en 1993, on inaugure un nouvel hymne national.

  • Lhymne tatar

Цвети, священная земля моя,

Да будет мирным твой небосвод!

Единый дом у нас, одна семья,

Живет в согласии наш народ.

Богатый мудростью седых веков,

Надеждой, верою ты нам стал,

И пусть хранит тебя моя любовь,

Моя Республика, мой Татарстан![35]

C’est seulement en 2013, vingt ans après sa création, que l’hymne tatar a reçu un texte officiel. Les années d’avant, le poème tatar Mon pays natal de l’écrivain Ramazan Baytimerov servait comme texte informel, mais il n’a jamais été confirmé par le gouvernement tatar et le texte n’existait pas non plus en traduction russe. Lors d’événements officiels, on se contentait ainsi de juste jouer la mélodie sans paroles. Le projet de trouver un texte correspondant a été remis à plus tard.[36] C’est en 2013 qu’a été lancé un concours lors duquel l’hymne tatar a finalement reçu des paroles – tatars et russes. Les deux langues y sont donc représentées d’une manière égale. Aujourd’hui, l’hymne tatar s’entend pendant des fêtes officielles liées au Tatarstan par exemple le jour de la république ou pendant des événements sportifs nationaux. Ainsi, l’hymne tatar est joué avant des matchs de l’équipe de foot « Roubin » ou bien l’équipe de hockey « Ak Bars Kazan ». Par contre, l’hymne n’a été chanté ni à l’Universiade organisée en 2013, ni aux Championnats du monde de natation en 2015 à Kazan, quoique cela ait été en discussion. Cela montre que l’hymne tatar est permis comme signe de patriotisme et moyen de distinction à l’intérieur de la Russie, mais dès que le cadre s’élargit et devient international, le patriotisme tatar doit reculer devant la fédération.

Le texte final de 2013 et le poème tatar de Baytimerov se ressemblent beaucoup – tous deux font allusion à la belle nature tatare, et ils présentent le Tatarstan de manière parfaitement idyllique. Malgré cela, on peut constater des différences prépondérantes entre les deux versions : le poème de Baytimerov rappelle une ode sentimentale, patriotique à cause de la répétition fréquente de « mon pays natal » qui est également le titre de ce poème. Ainsi, la traduction anglaise de la première strophe du poème est la suivante:

« I walked so many roads, I’ve seen the world, / And tender winds stroked my face. / But when I come to you, my native land, I’m overjoyed deep inside »[37].

Il est légitime de constater que le terme « pays natal » s’y réfère aux Tatares et non pas au Russes vivants aux Tatarstan. Cela est aussi affirmé par l’écrivain tatar Kuganakly qui faisait partie du comité en charge de la sélection du premier hymne national. Dans une interview, il affirme que l’hymne devait être « purement tatare et que les Tatars ainsi que les Bashkirs [devaient] bien [aimer] à le chanter »[38].  La population russe qui vit au Tatarstan déjà depuis plusieurs siècles n’est pas prise en compte. Cela pousse inévitablement à la conclusion que l’hymne tatar s’adressait en premier lieu aux besoins des Tatares et des Bashkirs et non pas aux russophones. En outre, le poème de Baytimerov ne mentionne nulle part la multi-ethnicité du Tatarstan sans parler de son statut de république à l’intérieur de la Russie. Bien au contraire : tout ce qui se trouve à l’extérieur du Tatarstan est jugé dans le poème comme peu familier et étranger. On n’y fait aucune distinction entre la Russie et l’étranger en général:

« When I am away from you [native land] for just a day, / I feel as if I am an orphan. / You are the beauty of this endless world, / The graceful light that shines bright at night »[39].

Dans le texte officiel de 2013, cet éloge dédié uniquement au Tatarstan recule devant des louages de la république du Tatarstan: « Цвети, священная земля моя,
/ Да будет мирным твой небосвод!
/ Единый дом у нас, одна семья,
/ Живет в согласии наш народ.
/ Богатый мудростью седых веков,
/ Надеждой, верою ты нам стал,
/ И пусть хранит тебя моя любовь,
Моя Республика, мой Татарстан! [Mise en relief J.G.]»[40]. Le Tatarstan y est présenté comme une république unie dans la grande famille des peuples en Russie où tout le monde vit en harmonie. Le texte de 2013 représente donc, contrairement au poème de Baytimerov, un Tatarstan qui fait partie d’une union à l’intérieur de la Russie.

Une autre caractéristique importante à la fois du texte inofficiel et officiel de l’hymne est l’absence de motifs religieux – bien que l’islam soit un point qui unit les Tatars et les distingue des Russes orthodoxes. A titre de comparaison dans l’hymne tchétchène, c’est la répétition de « Il n’y a pas d’autre Dieu qu’Allah » («Нет Бога, кроме Аллаха») qui forme le refrain des dix strophes de l’hymne nationale Mort et liberté. L’absence de motifs religieux souligne que le Tatarstan se perçoit comme une république séculaire, ce qu’on trouve par exemple dans l’article 37 de la constitution selon lequel toutes les religions peuvent être pratiquées librement au Tatarstan.

Bien que la mélodie de l’hymne – sans parler du texte – ne soit pas connue par la plupart de la population tatare[41], le fait qu’on ait conçu un texte pour l’hymne en 2013 montre que ce symbole patriotique a toujours gardé une certaine importance au Tatarstan, même après l’apaisement du mouvement nationaliste.

  • Jours fériés

La grande autonomie du Tatarstan envers le centre russe se manifeste non pas seulement dans son propre hymne, mais la république possède également des jours fériés officiels qui sont seulement célébrés au Tatarstan. Les jours fériés officiels au Tatarstan sont les suivants :

  • le nouvel an (1 au 8 janvier)
  • le jour du défenseur de la patrie (23 février)
  • le jour de la femme (8 mars)
  • le jour du travail (1er mai)
  • le jour de la victoire (9 mai)
  • le jour de la Russie (12 juin)
  • le jour de la République du Tatarstan (30 août)
  • le jour de l’unité nationale (4 novembre)
  • le jour de la constitution du Tatarstan (6 novembre)[42]

Ce tableau montre qu’on célèbre au Tatarstan, outres les fêtes russes et soviétiques, des fêtes typiquement tatares comme le jour de la République du Tatarstan et le jour de la constitution. Comme dans le cas de l’hymne, on observe donc également en ce qui concerne les jours fériés le choix d’un « mi-chemin » entre patriotisme tatar et respect des intérêts fédéraux. De cette façon, non seulement le jour de la République est officiellement chômé, mais aussi le jour de la Russie le 12 juin. Malgré cette égalité des deux fêtes nationales sur le papier, il est assez parlant que le jour de la Russie n’est normalement pas trop fêté à Kazan, alors que le jour de la République se termine traditionnellement par un grand spectacle de feu d’artifice.

A côté de ces fêtes publiques nationales, il y a également des fêtes religieuses – orthodoxes et musulmanes – qui sont officiellement chômées au Tatarstan. A part Noël, les fêtes musulmanes l’Aïd el-Fitr (Ouraza-Bairam) et l’Aïd el-Adha (Kourban-Bairam) ont été déclarées jours fériés par la constitution de 1992. La religion des deux populations majoritaires au Tatarstan est ainsi respectée. L’aspiration à une république multiconfessionnelle où l’orthodoxie et l’islam coexistent paisiblement se manifeste aussi dans les discours de Roustam Minnikhanov à l’occasion des fêtes religieuses. Lors de l’Aïd el-Fitr en 2003, il dit: « I am sure that Tatarstan Muslims and representatives of other religions will contribute to consolidation of peace and concord, creation of fair and prosperous society [mise en relief J.G.]»[43]. Il fait quasiment partie de la tradition que le président tatar insiste chaque année lors du discours du nouvel an sur la pluriconfessionnalité et l’harmonie entre les différentes religions au Tatarstan. En 2014, le président du Tatarstan dit:

It is obvious that we are worried about international political conflicts, radical and neo-fascist manifestations. Our republic offers such true values, as inter-ethnic and inter-religious peace and accord, respect to history and a sense of pride in our Motherland instead of these negative phenomena.[44]

La reconnaissance officielle des fêtes musulmanes et orthodoxes contribue alors à cette image de coexistence multiethnique pacifique au sein du Tatarstan. Le discours de Minnikhanov montre que le Tatarstan se veut non seulement comme bon exemple d’une région multiethnique à l’intérieur de la Russie, mais même mondialement.

Le mouvement extrême nationaliste tatar essaie de mettre en question cette image d’une coexistence paisible entre des Russes et des Tatars en demandant depuis le début des années 1990 la reconnaissance du 15 octobre comme jour officiel de deuil. C’est ce jour-là en 1552 qu’Ivan le Terrible avait annexé le khanat de Kazan. Le parti nationaliste Milli Medlis y voit le début de la colonisation russe des Tatars. Dans leur déclaration d’indépendance (декларация о независимости Татарстана) de décembre 2008, ils disent : « Вот уже 456 лет татары находятся под гнетом самого свирепого человеческого деяния — русского колониализма“.[45] Le nationalisme extrême de Milli Medlis n’a pas trouvé beaucoup de soutient dans la société, et dans les journaux ses aspirations sont généralement déclarées comme utopie.[46] Ainsi, chaque année lors du 15 octobre, il n’y a qu’un petit groupe de nationalistes qui se réunit pour être en deuil.

  • Iconographie

Le drapeau et le blason de Tatarstan ont été inaugurés le 29 novembre 1991. Avant l’inauguration officielle de ces symboles de pouvoir, l’utilisation du drapeau du centre civique tatar était largement répandue. Sur ce drapeau, on voit une demi-lune blanche sur fond rouge-vert. Au début des années quatre-vingt-dix, un comité spécial a été fondé, afin de trouver un drapeau officiel pour le Tatarstan. La plupart des drapeaux en discussion portaient un symbole musulman.[47] Néanmoins, le choix final tombait en faveur d’un blason rouge-vert qui montre au centre un léopard blanc ailé, la pate de devant légèrement soulevé, au fond rouge. Il est entouré d’un cercle vert avec des ornements jaunes qui sortent du folklore tatar. Au lieu de montrer des symboles musulmans, l’iconographie recours donc à une symbolique folklorique préislamique. En effet, comme les ornements traditionnels, le léopard blanc – en tatar ак барс – fait parti du folklore tatar. Ainsi, il était déjà le symbole du blason du khanat bulgare de la Volga. Comme dans l’hymne du Tatarstan, on ne trouve pas de symbole musulman sur le drapeau tatar et on observe une préférence pour des motifs qui recourent à la nature ou bien à l’origine du peuple tatar, c’est-à-dire au khanat bulgare de la Volga.

Les trois symboles nationaux analysés dans ce travail reflètent tous la perception de la République du Tatarstan comme un état séculaire où le gouvernement et la religion sont clairement séparés l’un de l’autre. Souvent, on recourt à une symbolique préislamique et non pas religieuse. D’une part, le renoncement à une symbolique religieuse peut être interprété comme signe de respect à la tradition multiethnique du Tatarstan. Aucune ethnie, pratiquant un autre culte religieux, n’est discriminée. D’autre part, l’emploi des symboles qui datent de l’époque du khanat bulgare de la Volga témoigne de la grande importance qui est attribuée à la longue histoire du peuple tatare. De cette manière, on relève le fait que les Tatars étaient les premiers habitants du Tatarstan et que les Russe n’y sont qu’arrivés plus tard. Cette mise en relief des Tatars comme premiers et seuls véritables habitants du Tatarstan se voit aussi dans le domaine de l’éducation.

Le recours à une symbolique préislamique peut également être vu dans un contexte plus large : comme ces symboles s’adressent à la population tatare en entière (et non pas seulement aux habitants tatars du Tatarstan), la république du Tatarstan se présente comme centre natal pour tous ceux qui ont des origines tatares. Ce recours à une symbolique préislamique rappelle le temps où les Tatars étaient encore une force dominante, ce qui peut contribuer à la formation d’un sentiment d’union au sein la population tatare.

Le Tatarstan et sa politique internationale

Les relations internationales sont un facteur important pour un Etat qui se trouve dans le processus de nation-building, car elles lui permettent d’être reconnu en tant qu’Etat indépendant auprès d’une communauté internationale. Ainsi, dans l’article 4 de Law of nations, les relations internationales d’un Etat figurent comme une des conditions nécessaires pour la reconnaissance officielle de celui-ci en tant que nouvel Etat :

A new state comes into existence when a community acquires not momentarily, but with a reasonable probability of permanance, the essential characteristics of a state, namely an organized government, a defined territory, and such a degree of independence from control by any other state as to be capable of conducting its own international relations. [Mise en relief : J. G.][48]

L’Etat en construction ne cherche donc pas seulement la reconnaissance auprès de la population interne, mais aussi l’acceptation sur un niveau international auprès d’une commission externe. En tant que république à l’intérieur de la Russie, la politique internationale du Tatarstan doit toujours être mise en rapport avec la politique russe. Est-ce que le Tatarstan suit ‘aveuglement’ la politique du centre ou bien, est-ce qu’il se permet une opinion différente sur certaines questions ? En tout cas, selon l’article 4 de la Constitution de la République du Tatarstan, le Tatarstan aurait le droit de représenter ses propres intérêts (économiques) à l’étranger : « Within its competence the Republic of Tatarstan shall independently participate in international and foreign economic relations ».[49] Il se pose donc la question de savoir où exactement cette « participation indépendante » à la politique internationale se manifeste.

C’est en 1992 que le Tatarstan fait ses premiers pas dans la politique internationale. Dans cette année, il signe un traité d’amitié avec le Tadjikistan, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Turkménistan.[50] Les premiers partenaires internationaux du Tatarstan sont donc des anciennes républiques soviétiques. Au fils des ans, le Tatarstan a développé ses relations internationales et aujourd’hui, la Turquie, le Kazakhstan et l’Iran ont un consulat à Kazan, tout comme la Hongrie (premier pays non-musulman à ouvrir un consulat au Tatarstan).

L’indépendance partielle du Tatarstan par rapport au centre russe se manifeste déjà dans l’appellation de Roustam Minnikhanov, le chef actuel de la république de Tatarstan. Contrairement à tous les autres chefs de républiques en Russie, il est encore appelé « président » et non pas « ministre ». Minnikhanov viole ainsi ouvertement la loi abandonnée par Poutine en 2010 selon laquelle aucun autre chef politique ne pouvait être appelé « président » en Russie à part le président de la fédération de Russie lui-même. La compréhension du Tatarstan en tant que république moderne et ouverte à l’étranger se montre surtout dans la capitale de la république. Dans le nouveau métro, inauguré en 2005, ou bien dans les bus, les annonces des arrêts routiers à Kazan se font toujours en russe, tatar et anglais. Même à Moscou, on attend en vain des annonces anglaises dans les transports publics.

Les aspirations du Tatarstan à une certaine « internationalisation » se retrouvent également dans son contact avec des Tatars partout dans le monde. Les Tatars sont un peuple dispersé sur un grand territoire qui ne se concentre pas seulement sur la région du Tatarstan. Cela a été la raison de la création du Congrès international des Tatars (всемирный конгресс Татар) en juin 1992. Le Congrès s’adresse à tous les Tatars au monde. Il peut donc être vu comme un instrument qui fait partie de la politique internationale du Tatarstan. Le Congrès essaie entre autre par une politique de migration active de soutenir et motiver les Tatars à l’étranger à immigrer au Tatarstan. Cette tentative a surtout porté ses fruits dans les années quatre-vingt-dix comme le montrent clairement les statistiques : en 1993, 50,6% des nouveaux citoyens au Tatarstan étaient des Tatars.[51] Contrairement à de nombreux autres partis politiques nationalistes, qui sont apparus vers la fin des années quatre-vingt et qui ont vite disparu peu après leur création, le Congrès international des Tatars est encore actif aujourd’hui. Son but reste la représentation des Tatars (du Tatarstan et de l’étranger) comme le souligne le discours de Roustam Minnikhanov lors du 5ème congrès mondiale des Tatars en décembre 2012. Ainsi, il dit : « Wherever Tatars live, they consider Tatarstan their historical motherland. It places great responsibility on the republican leadership and Tatarstan citizens in terms of development of our language, culture and customs ».[52] Le Tatarstan se présente donc comme le berceau de tous les Tatars au monde. Cela se montre par exemple aussi dans son rôle médiateur joué par le Tatarstan dans le conflit ukrainien. Pendant la période où la Crimée se préparait pour le référendum, Minnikhanov est allé deux fois à Simferopol, afin de convaincre les Tatars de Crimée de participer au référendum qu’ils avaient prévu, pour la plupart, de boycotter. Afin de les convaincre des avantages d’une annexion russe de la Crimée, Minnikhanov promettait des investissements d’entrepreneurs du Tatarstan sur la péninsule.[53] Même l’ancien président Chaimïev se voyait comme médiateur entre les deux parties : avant le référendum, il avait rencontré plusieurs fois le leader de l’opposition des Tatars de Crimée. Cet exemple du référendum en Crimée montre comment le Tatarstan, en tant que république musulmane, peut agir comme intermédiaire dans des conflits entre la Russie et des partenaires tatars ou musulmans.

Ce rôle d’intermédiaire se manifeste aussi dans d’autres domaines, comme le montre l’exemple de l’OIC (Organisation de la coopération islamique). Depuis 2015, la Russie fait partie de cette organisation en tant qu’observateur – une participation assez rare pour un pays où l’islam n’est pas la religion majoritaire. Sa participation peut donc être vue comme une prestation du Tatarstan. L’OIC a également servi de base à la création du « Kazansummit » en 2009, comme la plupart des membre de ce somment font aussi partie de l’OIC. Ces exemples montrent comment le Tatarstan agit comme médiateur entre le monde musulman et la Russie. Comme déjà dans l’empire tsariste, le Tatarstan sert donc de représentant d’un islam modéré qui peut entrer en contact avec d’autres pays musulmans. Ce rôle unique permet au Tatarstan d’une part de rendre un service au centre russe en renforçant des contacts internationaux importants auxquels la Russie n’aurait autrement pas accès. D’autre part, c’est justement cette position extraordinaire de médiateur qui fait que le Tatarstan peut renforcer ses propres aspirations à une reconnaissance internationale – un mouvement qui pourrait aussi déplaire à la politique du centre si le Tatarstan profite trop de ses libertés.

Son attitude envers la Seconde guerre de Tchétchénie est un exemple où la politique internationale du Tatarstan n’est pas dans le droit fil de celle de Moscou. Jusqu’en février 2000 encore, le Tatarstan avait une représentation tchéchène permanente à Kazan qui a finalement dû être fermée sous la pression du centre.[54] En outre, Chaïmiev refusait l’envoi des troupes militaires tatares en disant que celles-ci n’étaient pas assez formées pour ce genre d’intervention.[55]

Cependant, cela ne semble avoir été qu’une excuse pour ne pas devoir envoyer des soldats en Tchétchénie et éviter de cette manière un affrontement guerrier entre deux peuples musulmans.[56] En outre, en ce qui concerne la question du Kosovo, le Tatarstan suivait une politique qui allait à l’encontre de celle du centre. Ainsi, le 8 avril 1999, le Conseil d’Etat du Tatarstan était en faveur d’une résolution pacifique du conflit sans recours à la force militaire.[57] Encore une fois, Chaïmiev devait choisir entre solidarité avec une région islamique et loyauté au centre russe. Et encore une fois, il prenait la décision en faveur du groupe religieux. Ces exemples montrent, que d’une part, l’Islam peut servir au centre de facteur unificateur qui lie le Tatarstan en tant que représentant islamique dans le monde international au centre russe. D’autre part, l’Islam peut aussi mener à une scission entre la République et la Fédération russe.

Dans la politique actuelle, il s’agit de suivre la relation entre le Tatarstan et la Turquie. La religion commune et les deux langues parentes, le turc et le tatar, lient ces deux pays déjà depuis longtemps l’un à l’autre. C’est également le cas dans la politique actuelle : le Consulat turc était le premier à ouvrir au Tatarstan. Le facteur économique joue également un rôle important dans la relation turco-tatare : 12,9% de tous les investissements internationales au Tatarstan viennent de la Turquie.[58] Les sanctions russes depuis novembre 2015 pourraient donc avoir des conséquences particulièrement graves pour le Tatarstan. Il est alors peu étonnant que Minnikahrov ait affirmé en décembre 2015 que le Tatarstan allait continuer ses relations économiques avec la Turquie. Dans son discours, Minnikharov ne s’oppose pas officiellement à la politique du centre russe, il interprète juste le discours de Poutine à sa propre manière. Ainsi, Minnikahrov dit à la presse russe :

Я могу сослаться на то, что сказал наш президент: Турция – это дружественный для России народ. Для Татарстана, для татар – это братский народ. Мы одной языковой группы, одной религиозной принадлежности. То, что президент так сказал, для нас является очень серьезной поддержкой, потому что у нас большие турецкие проекты. Они поверили в нашего президента.[59]

Minnikharov souligne alors la parenté des peuples turcs et tatars et il insiste sur le fait que politique du Tatarstan, qui veut continuer les relations économiques avec la Turquie, ne s’oppose pas à celle du centre. Dans ce qui suit, Minnikharov déclare qu’il était prêt à faire du commerce avec tout le monde – peu importe sa nationalité : « Я готов дружить со всеми, кто готов инвестировать в Татарстан […] Цвет кожи, национальность, религия – не важно! Говорят, что нас не любят американцы. Вот – два завода построили у нас в особой экономической зоне «.[60] Cette attitude montre bien une caractéristique importante des relations internationales du Tatarstan : c’est l’échange avec d’autres pays musulmans et la tentative d’en tirer un profit économique. Ainsi, la plupart des contrats internationaux du Tatarstan ont été fait dans le domaine de l’exportation de pétrole avec d’autres pays musulmans : le Bangladesh, l’Irak, l’Iran, l’Arabie Saoudite et l’Egypte.[61]

Politique linguistique et système d’éducation

Dans le procès de nation-building, le système d’éducation d’un nouvel Etat joue un rôle important. L’éducation peut favoriser la formation d’un esprit national en adaptant par exemple sa propre manière de raconter l’histoire de la formation de l’Etat en question. Dans le cas du Tatarstan, c’est surtout la politique linguistique qui reflète cette aspiration à l’indépendance et sa marche sur la corde raide entre respect des règles du gouvernement russe et adaptation des mesures qui s’y opposent.

Dans le mouvement nationaliste tatar, la question linguistique était souvent mise en avant. Le succès de ces demandes a vite été visible : alors qu’au début de 1990 seulement une école tatare existait à Kazan, vers la fin des années quatre-vingt-dix, 35 écoles tatares voyaient le jour.[62] L’enseignement du tatar émergeait donc très vite en même temps que le mouvement nationaliste se réveillait. A cause de la demande croissante, on devait même recourir à des enseignants qui vivaient à la campagne, parce qu’en ville, le nombre des enseignants tatarophones n’était pas suffisant. Le recours à cette pratique montre que dans les zones urbanisées, le tatar n’était plus trop pratiqué et que cette langue avait persisté seulement à la campagne. Le mouvement nationaliste des années quatre-vingt-dix avait alors pour but de faire revivre cette langue turque, de l’instaurer de nouveau dans les villes et de l’utiliser comme instrument pour unifier les Tatars.

Lors du premier congrès du centre civique tatar en février 1989, une résolution a été adoptée selon laquelle le développement culturel optimal de la république serait un bilinguisme complet[63] – la résolution n’explique pas plus en détail si ce bilinguisme ne devait concerner que la population tatare ou toute la population du Tatarstan. Une réponse indirecte est par contre donnée par la politique qui suit la résolution quelques années après : ainsi, en 1992, le parlement tatar déclare le russe et le tatar comme langues officielles et en juin 1994, le tatar devient une matière obligatoire pour tous les élèves du Tatarstan, quelle que soit leur appartenance ethnique, avec une moyenne de 3.5 heures par semaine.[64] Cette obligation d’enseignement du tatar pour toute la population représente le premier pas vers une république bilingue à laquelle on essaie aussi d’intégrer les russophones. Le mouvement nationaliste essaie donc d’intégrer les Russes par le biais d’une politique linguistique intégrative.

Avec l’introduction des cours obligatoires d’une langue locale pour des Russes, le Tatarstan se réfère à l’article 68 de la constitution russe qui donne aux républiques le droit d’enseigner leurs propres langues locales. Avec cette application, le Tatarstan se distingue de la plupart des autres républiques russes. Parmi les vingt-deux républiques russes, seulement la Yakoutie et le Bachkortostan enseignent encore leurs langues locales à des Russes qui vivent dans la république. De plus, le Tatarstan est la seule république où les deux langues doivent être représentées d’une manière égale dans les écoles, c’est-à-dire par le même nombre des heures de cours de langue russe et tatare.

Cette politique linguistique peut être vue comme une tentative d’intégration de toute la population. Alors que normalement l’intégration au Tatarstan se passait d’une manière unilatérale – les Tatars s’adaptaient aux Russes en apprenant leur langue – la nouvelle politique linguistique du Tatarstan essaie de rendre ce processus bilatéral. Par contre, il ne faut pas oublier que pour beaucoup de Tatars aujourd’hui, le tatar est aussi une langue étrangère qu’ils doivent apprendre comme les écoliers ethniquement russes. Il n’est donc pas juste de parler d’une politique intégrative d’assimilation de la population russe à la population tatare, mais plutôt d’une « tatarification » générale de toute la population.

Dans les journaux russes, on trouve de plus en plus souvent ce terme de « tatarification » pour désigner la politique du gouvernement tatar.[65] Ce terme semble exagéré si on le met en rapport avec la longue histoire de russification des peuples minoritaires en Russie. Au Tatarstan, la population russe n’est pas touchée dans l’emploi de sa langue maternelle, le choix des journaux russes n’est pas restreint etc. Par contre, en ce qui concerne la politique, le Tatarstan est clairement dominé par des politiciens avec des racines tatares. Sur les cent députés parlementaires, 63 sont des Tatars – ce qui ne correspond pas à leur proportion au Tatarstan. Le terme de « tatarification » semble aussi justifié dans la mesure où la politique tatare ne touche pas seulement aux langues enseignées à l’école, mais aux manuels scolaires en général. Ainsi, le Tatarstan a un propre institut d’histoire ANRT (Академия наук Республики Татарстан), fondé en 1991, qui est responsable pour la création et la publication des manuels scolaires au Tatarstan. Dans la majorité de ces livres, l’histoire nationale est présentée d’une manière différente par rapport aux manuels russes. Une attention particulière y est attribuée à l’histoire du peuple tatar et à la représentation de l’islam. Voici un exemple relevé par Marat Gibatdinov qu’il tire d’un manuel tatar de 1995 :

Islam started as a state religion and became stronger still during the golden Horde and the subsequent Tatar Khanates period. Nonetheless, in all these states there was tolerance. This testifies that, for a long tome, Tatar society used to be a sufficiently democratic one.[66]

Cet exemple illustre bien que dans des manuels tatars, on essaie de propager une image positive de l’islam qui est tolérant et qui a posé les bases de la démocratie.

Un autre exemple plus actuel se trouve dans le manuel scolaire Histoire du Tatarstan de l’ancien temps à nos jours (История Татарстана с древнейших времен до наших дней), publié en 2009, qui ressort par sa vue particulièrement antirusse. Ainsi, ce livre parle de la « colonisation politique et économique du Tatarstan par des Russes »[67] et reprend de cette manière le dialogue du mouvement nationaliste qui voit dans l’annexion de Kazan à la Russie le début d’une longue histoire jusqu’à nos jours de discrimination et d’oppression de la population tatare par les colonisateurs russes.

Par cette vision d’une histoire différente de celle qui est propagé par le centre, le Tatarstan essaie de s’éloigner de Moscou. Lors de la création de l’institut d’histoire tatare en 1991, on parlait d’une « décolonisation de l’histoire tatare »[68] – le livre de Sabirova montre qu’on trouve le même vocabulaire dans des manuels scolaires encore aujourd’hui.

Conclusion

Malgré une politique de centralisation de plus en plus rigide, le Tatarstan a réussi à garder quelques privilèges au sein de la Fédération russe. Cela se montre dans le domaine d’enseignement avec par exemple la publication des propres manuels scolaires ou les cours obligatoires de tatar pour toute la population. Dans la politique extérieure, le Tatarstan sert majoritairement de « bon élève » au centre russe. Ainsi, la république représente la Russie au sein des organisations musulmanes internationales. Cette présence sur un niveau internationale peut, par contre, aussi donner de la confiance au Tatarstan qui se permet de communiquer sur certaines questions une opinion qui diffère de celle du centre. Cela était par exemple le cas concernant la guerre en Tchétchénie ou celle au Kosovo.

Le mouvement nationaliste tatar correspondait dans les premières années tout à fait à celui en Tchétchénie. Ainsi, les deux refusent de signer la Constitution de la fédération de la Russie du 31 mars 1992 et se déclarent comme Etats souverains. Alors qu’en Tchétchénie, une guerre se déclenche ; le Tatarstan choisit la voie pacifique et entre en dialogue avec le centre russe. Ce prolongement différent du mouvement nationaliste se fonde sur des facteurs différents. Premièrement, le facteur géographique : la formation d’un Etat indépendant est beaucoup plus difficile pour une région enclave comme le Tatarstan que pour une région frontalière comme la Tchétchénie. Deuxièmement, la différente mentalité du peuple tatar et du peuple tchétchène : le Tatarstan a été conquit déjà sous Ivan le Terrible et depuis, il fait partie intégrale de la Russie – en Tchétchénie par contre, la conquête commençait plus tard, elle prenait beaucoup plus de temps et elle faisait surtout face à une résistance beaucoup forte. Troisièmement, la situation politique était très différente dans les deux républiques : alors que Chaïmev cherchait le dialogue avec le centre russe, toujours avec le but d’obtenir le plus de privilèges possibles pour le Tatarstan ; Doudaïev, le président d’alors de la Tchétchénie, semait ses dialogues avec une rhétorique extrêmement antirusse. La discrimination et la violence envers population non-tchétchène étaient même prônées par le gouvernement. En comparaison, le mouvement nationaliste au Tatarstan ne demandait majoritairement pas une séparation de la population russe à la population tatare. Cela se voit aussi dans le rôle que joue la religion dans le mouvement nationaliste. Alors qu’en Tchétchénie, l’islam servait comme facteur important pour distinguer les Tchétchènes des Russes (de 1996 à 1999, la charia était utilisée comme base législative), le Tatarstan se comprenait comme un état séculaire. Cela se manifeste par exemple dans le choix du drapeau et de l’hymne de la république. Le Tatarstan profite donc jusqu’à aujourd’hui d’une certaine souveraineté qui est plus élevée comparée à celle d’autres républiques russes.

Analyse réalisée  en 2016.

Bibliographie

  • Sources

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Notes

[1] La phrase originale en russe est: Берите суверенитета столько, сколько сможете проглотить.

[2] Bliz, Marlis, Tatarstan in der Transformation : nationaler Diskurs und politische Praxis 1988-1994, Stuttgart, ibidem, 2007, p. 118.

[3] Ibid., p. 118.

[4] Ibid., p. 139.

[5] Ibid., p. 139.

[6] Путин говорит на татарском, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: https://www.youtube.com/watch?v=dHLQYbKFg3g.

[7] Le Tatarstan et la Tchétchénie sont les deux des républiques musulmanes qui refusent de signer la Constitution de la fédération de la Russie du 31 mars 1992 et les deux ont des grandes ressources de matière première dans leur territoire. Alors que le Tatarstan est une enclave, la Tchétchénie a une frontière commune avec la Géorgie – une différence importante quand on compare ces deux républiques.

[8] Ces trois niveaux sont par exemple mentionnés dans : Isaacs, Ricco ; Polese, Abel (ed.), Nation-Building and Identity in Post-Soviet Space. New Tools and Approches, London, Ashgate, 2016.

[9] L’adjectif « tatar » ainsi que le sujet « Tatar » se réfère dans ce travail toujours aux Tatars vivant au Tatarstan et non pas aux minorités en dehors de la république.

[10] Giuliano, Elise, Constructing Grievance. Ethnic Nationalism in Russia’s Republics, Cornell University Press, 2011, p. 94.

[11] Official Tatarstan, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.tatarstan.ru.

[12] Институт демографии Национального исследовательского университета « Высшая школа экономики », [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.demoscope.ru.

[13] « Business Profile of the Tatarstan Republic of Russia », The Planetinform. International analytical Yearbooks 2007, 2007, p. 54.

[14] Giuliano, op. cit., p. 92.

[15] The Republic of Tatarstan. Guide of Investment, Kazan 2010, p. 22

[16] National Human Development Report. Russia’s Regions: Goals, Challenges, Achievments, 2006/2007, p. 114.

[17] Russia & China to invest $15bn in high-speed rail link from Moscow to Kazan, 01.08.2015, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.rt.com.

[18] Giuliano, op. cit., 95.

[19] Giuliano, op. cit.,  p. 102.

[20] Giuliano, op. cit., p. 97.

[21] Voir par exemple : Bliz, op. cit., p. 82. Et aussi : Giuliano, op. cit., p. 91 – 92.

[22] Kappeler, Andreas : Russland als Vielvölkerreich : Entstehung – Geschichte – Zerfall, Munich 1992.

[23] Giuliano, op. cit., p. 118.

[24] Giuliano, op. cit., p. 107

[25] Ibid., p. 110.

[26] Duffy Toft, Monica, The Geography of Ethnic Violence. Identity, Interests, and the Indivisibility of Territory, Princeton University Press, 2003, p. 52.

[27] Ibid., p. 49.

[28] Giuliano, op. cit., p. 93.

[29] Report on the Tatarstan Referendum on Soverignty, Kazan and Pestresty, prepared by the Staff of the U.S. Commission on Security and Cooperation in Europe, 21 mai 1992, p. 4. http://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=mdp.39015025291868;view=1up;seq=8

[30] « Белая книга Татарстана. Путь к суверенитету. (Сборник оффициальных документов) », Панорама-форум, vol. 8, nr. 5, 1996, p. 14.

[31] Giuliano, op. cit., p. 122.

[32] Декларация о Государственном суверенитете Татарской Советской Социалистической Республики, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.gossov.tatarstan.ru.

[33] Duffy, op. cit., p. 53.

[34] Ibid., p. 53.

[35] Texte officiel de l’hymne tatar en russe. Государственный гимн Республики Татарстан, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.gossov.tatarstan.ru.

[36] Государственный гимн Республики Татарстан, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.gossov.tatarstan.ru.

[37] After 20 years, Tatarstan Finally Gets An Anthem With Words, 05.02.2013. [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.rferl.ru.

[38] Faller, Helen M., Nation, Language, Islam. Tatarstan’s Sovereignty movement. Central European University Press, 2011.

[39] After 20 years, Tatarstan Finally Gets An Anthem With Words, 05.02.2013. [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.rferl.ru.

[40] Текст Государственного гимна Республики Татарстан, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.tatarstan.ru.

[41] L’hymne tatar est normalement joué avant chaque ouverture du session du conseil d’Etat du Tatarstan et lors des jeux de foot et hockey des groupes tatars.

[42] Праздничные и памятные дни, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.tatarstan.ru.

[43] Tatarstan President Rustam Minnikhanov congratulates compatriots on Eid al-Fitr (Uraza-Bayram) holiday, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.prav.tatarstan.ru.

[44] Chronicle of events, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.president.tatarstan.ru.

[45] Декларация о независимости Татарстана, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.censor.net.ua.

[46] Bliz, op. cit., p. 101.

[48] Clapham, Andrew, Brierly’s Law of nations: An Introduction to the Role of International Law in International Relations, Oxford 2012, p. 149.

[49] Constitution of the Republic of Tatarstan, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.tatarstan.ru.

[50] Raviot, Jean-Robert, « Territoire et ethnicité au Tatarstan : une ancienne république autonome soviétique en quête d’une identité », European journal of Sociology, vol. 34, nr. 2, 1993, p. 192.

[51] Абдрахманов, Рафик, Республика Татарстан. Модель этнологического мониторинга, Институт Истории Академии наук Республики Татарстан, 2000, p. 150.

[52] Statements, interview, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.president.tatarstan.ru.

[53] Diplomatie auf Tatarisch, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.mdz-moskau.eu.

[54] Sharafutdinova, Gulnaz, « Paradiplomacy in the Russian Regions : Tatarstan’s Search for Statehood », Europe-Asia Studies, vol. 55, nr. 4, juin 2003, p. 616.

[55] Malashenko, Aleksei, « Islam and Politics in Russia in the 1990s », Islam in Politics in Russia and Central Asia (Early Eighteenth to Late Twentieth Centuries), Routledge, 2009, p. 318.

[56] Ibid. p. 318.

[57] Sharafutdinova, op. cit., p. 621.

[58] Putin’s fury with Erdogan takes its toll on Tatarstan’s trading links, 01.02.2016, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.ft.com.

[59] Рустам Минниханов сказал свое слово по турецкому бизнесу в Татарстане, 22.12.2015, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.rt.rbc.ru.

[60] Рустам Минниханов сказал свое слово по турецкому бизнесу в Татарстане, 22.12.2015, [Consulté le 9 avril 2016] Disponible à l’adresse: www.rt.rbc.ru.

[61] Sharafutdinova, op. cit., p. 619.

[62] Cashaback, David, « Assessing Asymmetrical Federal Design in the Russian Federation : A Case Study of Language Policy in Tatarstan, Europe-Asia Study, vol. 60, nr. 2, mars 2008, p. 260.

[63] Cashaback, op. cit., p. 254.

[64] Graney, Katherine E, « Education Reform in Tatarstan and Bashkortostan : Sovereignty Projects in Post-Soviet Russia », Europe-Asia Studies, vol. 51, nr. 4, juin 1999, p. 617.

[65] Marquardt, Kyle L, « Language and sovereignty : a comparative analysis of languague policy in Tatarstan and Kazakhstan, 1991-2010 », Identity and Politics in Central Asia and the Caucasus, edited by Mohammed Ayoob et Murad Ismaylov, Routledge, 2015, p. 55.

[66] Gibatdinov, Marat, « The Image of Islam in Russian and Tatar History Textbooks », Internationale Schulbuchforschung, vol. 29, nr. 3, 2007, p. 281.

[67] Sur la table des matières figurent par exemple les chapitres suivants : Особенности русской колонизации. Политическая колонизация. Экономическая колонизация. Политика этнической ассимиляции. Cf.: Сабирова, Дания, История Татарстана с древнейших времен до наших дней, 2009.

[68] Graney, op. cit., p. 614.