Par Edouard Pontoizeau

L’Azerbaïdjan accueillait en début de semaine le chef d’État turc, Recep Erdogan, nouvellement réélu à sa propre succession le 24 juin 2018.

Il est en effet de tradition que le président de la Turquie, dans le cadre de sa première visite officielle à l’étranger, se rende à Bakou pour témoigner des liens forts existants entre ces deux pays.

Tout d’abord, Erdogan fut accueilli à l’aéroport international par de nombreuses personnalités du pouvoir azerbaïdjanais et par l’ambassadeur turc à Bakou, avant de se recueillir au mausolée du père de la nation Heydar Aliyev, entouré de gardes nationaux azerbaïdjanais.

Heydar Aliyev, figure incontestée de l’Azerbaïdjan contemporain, fut l’un des anciens membres haut placés de la nomenklatura soviétique durant plusieurs décennies, ainsi que le président de la République d’Azerbaïdjan depuis 1993. Père du Président actuel de la République d’Azerbaïdjan, il joua un rôle majeur dans l’édification de l’Azerbaïdjan actuelle, autant pour ce qui a trait à la sécurité, à l’économie, que les relations diplomatiques avec l’Occident et la Turquie.

En effet, les relations entre l’Azerbaïdjan et la Turquie sont bien particulières et indissociables de leurs histoires respectives.

La visite du cimetière en mémoire des « martyrs de Bakou » du Janvier Noir lors de l’invasion de la capitale par les forces soviétiques et des massacres commis par ces derniers en 1990, est un exemple du souvenir de ce passé liant les deux peuples.

Ensuite, Erdogan s’est dirigé vers le carré des martyrs turcs à Bakou, où le locataire du Palais Blanc d’Istanbul a déposé une gerbe de fleurs au pied du mémorial dans le cimetière où sont enterrés des Turcs qui ont contribué à la défense de l’Azerbaïdjan, il y a de cela 100 ans.

Cette visite est donc l’illustration d’un lien constamment renouvelé dans la remémoration d’événements historiques, parfois construite et effaçant d’autres événements plus sinistres. Ces rappels de l’Histoire sont néanmoins omniprésents dans ces rencontres, cette même Histoire encore vive dans l’esprit collectif soudant les Azéris et les Turcs autour d’une mémoire commune.

À la suite de ce chemin de croix, le Président Erdogan s’est entretenu avec son homologue azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, au Palais présidentiel.

Ilham Aliyev compte sur ce soutien important dans la région pour garantir la stabilité nécessaire à l’intensification des échanges économiques avec l’Union européenne. En outre, la mise en œuvre de projets, notamment d’importants gazoducs visant à augmenter les débouchés commerciaux de l’Azerbaïdjan, fut probablement l’un des sujets à l’ordre du jour entre les deux chefs d’État.

Bien que les relations diplomatiques entre la Turquie et l’Union européenne ne soient toujours pas ce qu’elles étaient avant le froid diplomatique avec Berlin, l’Azerbaïdjan tend en effet à jouer un rôle de partenaire énergétique alternatif à la Russie pour les Européens, et concurrencer ainsi Moscou.

Enfin, l’actualité ne manque pas au rendez-vous au moment où l’Azerbaïdjan connait son plus haut niveau d’investissement et d’attractivité de son industrie gazière depuis son ouverture à l’économie de marché, et un regain de violence par les franges radicales de groupuscules islamistes.