Par Edouard Pontoizeau

Plusieurs visages de Bakou se dessinent lorsque l’on observe attentivement cette photo ci-dessus. Entre modernité frappante, architecture néo-ottomane rayonnante et quelques vieux immeubles soviétiques, il est difficile de ne pas remarquer ce singulier mélange d’époques et de styles.

Ces trois buildings qui ont jailli de terre en 2007, immanquables par le contraste surréaliste avec le reste de la capitale azerbaïdjanaise, sont les Flame Towers. Avant d’être des tours abritant des bureaux d’affaires, il s’agit du symbole de l’essor économique ayant précipité l’Azerbaïdjan en 1ère place des pays les plus dynamiques de l’espace post-soviétique.

Mais de quel essor économique s’agit-il ?

Tout d’abord, l’économie azerbaïdjanaise ne s’est jamais distinguée par son industrie, contrairement à d’autres régions/républiques de l’Union soviétique. Elle s’est en revanche fait remarquer depuis le début du siècle dernier par ses importants gisements de pétroles et de gaz.

L’Azerbaïdjan dispose en effet de la 20ème réserve prouvée de pétrole mondiale en 2015 (selon le rapport BP 2015 relevé par la Direction du Trésor Général français) et de la 25ème réserve mondiale prouvée de gaz (selon le même rapport), avec un potentiel offshore non exploré substantiel.

L’État a, depuis son ouverture à l’économie de marché vers la fin des années 1990, décidé de mettre en avant ces atouts capables de garantir une rente pour des décennies. Pour ce faire, Heydar Aliyev constitua deux entités fondamentales à l’édification de cette nouvelle économie.

D’une part le SOCAR (State Oil Company of Azerbaijan Republic), dont l’objectif est l’extraction pétrolière, le raffinage, le transport et la redistribution de l’or noir, tend aussi à superviser les consortiums internationaux dans l’exploitation et les contrats avec l’État azerbaïdjanais. D’autre part, le SOFAZ (State Oil Fund of Azerbaijan), qui est un fond de stabilisation souverain ayant pour objectif le réinvestissement stratégique des recettes issues de la rente providentielle.

Ces deux sociétés publiques ont, non seulement largement contribué à l’accroissement exponentiel de la production pétrolière et gazière en Azerbaïdjan (voir graphique ci-dessus), ceci en offrant une forte attractivité pour les CPE (Compagnies Pétrolières Étrangères), mais ont aussi permis le maintien des fonds publics dans les caisses de l’État.

Ces recettes ont à la politique azerbaïdjanaise actuelle de s’axer sur trois points centraux:

Plusieurs questions se posent, en ne se focalisant que sur la question politique et économique, concernant la durabilité d’un système reposant en quasi-totalité sur cette manne pétrolière. Les exportations constituent 72,6% du PIB d’Azerbaïdjan, dont 95% proviendraient des hydrocarbures.

Atteignant des taux de croissance record à deux chiffres durant plus d’une décennie, l’Azerbaïdjan n’est néanmoins pas à l’abri des problèmes de gouvernance touchant les États-rentiers. Bien que l’afflux d’investissements étrangers représente une manne financière, les autres secteurs d’activités n’ont pas pu profiter cette manne financière et technologique, le secteur pétrolier et gazier ayant capté la quasi-totalité des investissements étrangers.

En conséquence de cela, l’Azerbaïdjan se retrouve très dépendant des prix du baril de pétrole et du gaz et ne parvient pas pour le moment à parer à cette lacune économique.

A quand une véritable politique de diversification économique ?