Par Tiruhi Galstyan

C’était au début du mois avril que l’Arménie, un petit pays au Caucase du Sud, avec une population de 3 millions d’habitants, se trouvait en crise politique. Le peuple exige la démission du Serge Sargsian. Président de l’Arménie depuis 2008, il a été élu Premier Ministre par l’Assemblée Nationale arménienne le 17 avril 2018 où les députés de son parti républicain sont majoritaires. En 2015, par son initiative, l’Arménie passe du système parlementaire à un « super » pouvoir du premier ministre. Tout ce scénario bien réfléchi en amont ne laisse qu’une solution au peuple arménien : protester et exiger sa légitimité afin de présenter leur candidat.

Révolution de velours, « révolution de marcheurs », la révolution arménienne ouvre une nouvelle page dans l’histoire des révolutions. Révolution qui montre l’existence d’exprimer la volonté du peuple d’une manière pacifique, sans un goût de sang. révolution positive, gaie avec une humeur fantastique. Révolution faite par la jeunesse libérale et courageuse. C’est la renaissance de l’Arménie afin de renaître de manière démocratique.

Nikol Pachinyan, député et leader de la fraction d’opposition  « Elk », fait ses premiers pas contre le gouvernement arménien qui avait déjà perdu sa confiance auprès presque toutes les classes de l‘Arménie. Avec sa devise « mon pas », il arrive de Gyumri, une ville située au nord-est de l’Arménie. Au fur et à la mesure, son mouvement s’élargit rapidement en incluant des grandes masses du peuple. La place de la République, un endroit où se tenaient les manifestations, n’avait pas été aussi remplie depuis l’indépendance. Fermetures des rues,  » désobéissances civiles » et grèves deviennent la principale pratique de ce mouvement. En résultat, le 23 avril 2018 Serge Sargsian démissionne en déclarant que « Nikol Pachinian avait raison. Et moi, je me suis trompé ». Les Arméniens fêtent alors leur première victoire. Cependant, la lutte n’est pas finie. Malgré sa démission, les manifestations continuent contre le parti républicain qui essayait de proposer la candidature d’un autre républicain pour garder le pouvoir dans leurs mains. C’est à ce moment que Nikol Pachinian devient le seul candidat accepté par le peuple arménien. Le 1er mai 2018, lors de la session extraordinaire, le parlement élit un Premier Ministre où le seul candidat et « candidat du peuple ». Nikol Pachinian échoue avec 45 voix pour et 55 voix contre (les députés républicains). Il annonce que « le parti républicain s’est autodétruit car il a déclaré la guerre à son propre peuple ». Il lancé un appel pour le blocage des routes, des trains, de l’aéroport et des grèves dans toute l’Arménie. Le lendemain « la désobéissance civile » recommence, la vie publique catalyse et l’Arménie se retrouve à l’état de blocage total de tous les côtés des frontières. Finalement, le parti républicain confirme son soutient lors du deuxième tour d’élection du 8 mai. Ce jour-là l’Arménie a eu son dirigeant légitime proposé et élu par le peuple. Ce jour compte parmi les victoires du mois de mai que le peuple arménien a eu durant son histoire.

Les Arméniens ont montré au monde que l’indignité, l’exploitation ne peuvent pas durer éternellement. Il n’y a rien de plus fort que l’unité nationale dans un même but.

Place de la République, Erevan Une crise politique qui était inévitable

Nikol Pachinian, un nouveau culte révolutionnaire ?

Nikol Pachinian, que beaucoup d’Arméniens qualifient de nouveau « héros » national, est né en 1975 à Ijevan (ville du nord de l’Arménie). Il a étudié le journalisme à l’Université d’État d’Erevan, mais il n’a pas reçu son diplôme à cause de ses activités politiques. Il a travaillé comme journaliste et a été le chef-éditeur du journal quotidien libéral The Armenian Times ou il a toujours critiqué les gouvernements des deux anciens présidents Robert Kocharian et Serge Sargsian. Il a participé à des protestations contre l’élection présidentielle de 2008 pour le soutien du premier président de l’Arménie Levon Ter–Petrosian. À la suite des arrestations des activistes par le gouvernement, Pachinian a été arrêté et condamné à la prison. Il a été libéré par amnistie en 2011. Cette tragédie du 1er Mars 2008 a fait dix morts.

Depuis 2012 Nikol Pachinian est député de l’ Assemblé Nationale et le leadeur du parti « Contact civil » et la fraction de l’opposition « Elk » (« Sortie »). Il commence le mouvement populaire et antigouvernemental en avril 2018 avec son slogan « Merzhir Serzhin » (rejet de Serge) et le 8er mai, il devient le Premier Ministre de l’Arménie avec le but de lutter contre la corruption, l’illégitimité et l’oligarchie criminelle.

Mais comment est-il devenu si populaire en quelques semaines ? Qu’est-ce-qui a favorisé sa popularité : sa personnalité ou la situation ? Le fait que les échecs du gouvernement lors des négociations ont tenu un rôle est incontestable. Le mépris et la mésestime de la part de Serge Sargsian et son parti ont permis l’élargissement de ce mouvement.

Son personnage simple avec ses habits de chasseur et un sac à dos, ainsi que son langage compréhensible auprès du peuple rappellent parfois le populisme. « Populiste ou populaire », le premier ministre actuel de l’Arménie a conquis l’amour et le respect de son peuple. Les Arméniens ont beaucoup d’espoir de voir l’Arménie se transformer en pays dont ils rêvent sous Nikol Pashinian. Bien évidemment, il est encore trop tôt pour parler de succès, mais son rôle demeure incontestable dans la révolution de velours, car il a changé la mentalité des gens, surtout de la jeune génération, en semant dans leur esprit l’idée que « nous sommes le maitre de notre pays».