Par Yanis Hadrami

Dimanche 21 octobre 2018, la Pologne a inauguré ce que les observateurs du pays qualifient de « marathon électoral ». Le pays s’apprête en effet à vivre 20 mois ponctués de scrutins électoraux. Ces élections locales sont éminemment importantes au regard des fortes prérogatives dont disposent les pouvoirs locaux notamment au niveau régional.

Pour beaucoup d’observateurs ces élections allaient donner le ton des échéances à venir. Les enjeux de ce scrutin étaient multiples. Ainsi, pouvait-on se demander si le PIS actuellement au pouvoir allait être en mesure de ravir à l’opposition les grandes villes du pays ? En outre, le PIS, allait-il être en capacité de s’installer durablement dans les campagnes  ?

Quid également de la participation ? Le pays, à l’instar de ses voisins voit son taux d’abstention s’accroître. Ce phénomène s’explique probablement par les soupçons de corruption à l’égard du gouvernement et le doute largement partagé sur la capacité des élections à apporter des changements concrets.

Force est de constater que ce scrutin est venu corroborer les analyses des plus fins observateurs sur plusieurs points. En premier lieu et comme le note Jakub Iwaniuk le clivage ville/campagne s’est confirmé. Au regard, des résultats, le PIS, a comme prévu échoué dans sa volonté d’ emporter les grandes villes (Poznan, Lodz, Lublin,Worclaw) restées aux mains de l’opposition libérale à l’exception de Cracovie et de Gdansk( bastion de la Plateforme Civique). Le second tour des élections a eu lieu ce dimanche. Sans surprise, les maires sortants de Gdansk et de Cracovie ont battu les deux candidats du PIS.

Le PIS a en revanche réussi à ravir les petites villes et les campagnes où il jouit d’un soutien non négligeable grâce à la politique sociale avantageuse menées à l’égard des ménages les plus modestes et au rôle crucial de l’Eglise catholique dans les campagnes.

Par ailleurs, le taux de participation de près de 60% a surpris les observateurs du pays. Il est intéressant de constater que près de 60% des jeunes ont porté leurs voix sur un des partis de droite, confirmant ainsi le processus de droitisation de la scène politique en cours dans bon nombre de pays de la région .L’ autre spécificité de ce scrutin repose sur le clivage de classe. Ainsi, les ménages les plus modestes se sont tournés vers le PIS tandis que les classes sociales les plus élevées ont porté  leurs voix sur les candidats libéraux.

Les deux principales forces politiques, ont toutes deux revendiqué la victoire, les deux camps faisant de ce scrutin la première victoire d’une longue série.

Peut-on cependant parler d’une réelle victoire d’un des deux camps ? Difficile de le dire. Le PIS paraît certes en posture plus favorable au regard de son score à l’échelle nationale (33%, ce qui reste toutefois en deçà des 40% attendus) et du nombre de régions dans lesquelles il dispose de la majorité absolue ou relative (9 sur 16). Saura- t-il être en mesure de conserver ce léger avantage dans la perspective des élections à venir alors qu’il parait de plus en plus isolée ? Pour J. Iwaniuk, si le PIS demeure dans son optique du « seul contre tous », rien n’est moins sûr.

 

Sources :

  • « Elections locales en Pologne : des clivages en héritage », Magdalena Viatteau, La Croix.
  • « Elections locales : Un match nul porteur d’insécurité », Jakub Iwaniuk, Le Courrier de l’Europe Centrale.
  • « Elections en Pologne : les regards se tournent vers Gdansk », Przemyslaw Kossakowski, Le Courrier de l’Europe Centrale.
  • « Gdansk sera une ville ouverte et tolérante », Le Courrier de l’Europe Centrale, Corentin Leotard.
  • « La bataille de Varsovie : enjeu-clé des élections locales en Pologne », Jakub Iwaniuk, Le Monde.