Par Edouard Pontoizeau

L’année 2018 arrive à son terme, et ce fut une année ô combien décisive pour la République d’Azerbaïdjan.

Nous allons revenir sur les quelques événements qui ont marqué cette année l’actualité azerbaïdjanaise nationale et internationale.

  • Caviargate

Le premier événement international à avoir fait l’actualité fut cette série de soupçons et d’enquêtes sur les possibilités de corruption entre des élus ou d’anciens élus de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) et Bakou, à l’avantage de ce dernier. Une commission d’enquête avait en effet établi « un fort soupçon » de corruption à l’égard de plusieurs parlementaires, au moment où l’Azerbaïdjan tente de concilier des soutiens internationaux à sa cause (le Haut-Karabakh) et à ses intérêts (exportation de gaz et pétrole et investissement direct de l’étranger en Azerbaïdjan).

Pour le moment, aucune autre enquête ne semble avoir été engagée, et les accords commerciaux avec l’Union européenne n’ont été en aucun cas compromis. Au contraire, de véritables perspectives de partenariats semblent se profiler pour ces prochaines années. L’Azerbaïdjan n’en demeure pas moi l’un des pays ayant le taux de perception de corruption le plus élevé au monde selon Transparency International (122 / 180).

Le risque de diffusion/prolifération du modèle de corruption sur d’autres sphères et impliquant des élites ou décideurs d’autres pays peuvent nous interpeler, surtout pour ce qui a trait à des choix politiques stratégiques.

  • L’inauguration officielle du Corridor gazier Sud et la mise en service du gazoduc transanatolien (TANAP)

Le deuxième événement ayant marqué l’année 2018 en Azerbaïdjan fut l’inauguration officielle du Corridor gazier Sud et la mise en service du gazoduc TANAP. Les deux cérémonies d’inauguration se sont tenues l’une le 29 mai (Corridor Gazier Sud), et l’autre le 12 juin, c’est-à-dire un mois avant l’Accord de la Mer Caspienne

Il s’agit du circuit de gazoducs le plus important en construction dans le monde entier. Le Corridor gazier Sud, long d’environ 3500 km, se compose du gazoduc du Caucase du Sud (SCP, en vert sur la carte), du gazoduc TANAP (en rouge sur la carte) et de celui Transadriatique (TAP, en bleu sur la carte) qui achemineront le gaz extrait du gisement de Chahdeniz-2 se situant au large de la côte azerbaïdjanaise vers la Turquie, puis vers l’Europe. 6 milliards de m3 de gaz azerbaïdjanais seraient acheminés vers la Turquie et 10 milliards de m3 vers l’Europe.

La capacité initiale du TANAP serait donc de 16 milliards de mètres cubes de gaz par an. Il s’agirait néanmoins de la capacité d’ici 2020-2021, lors de la mise en service du TAP début 2020.

Le coût total du projet est estimé à 8 milliards de dollars. Jusqu’à présent, 5,7 milliards de dollars ont été dépensés pour TANAP. Avec l’accord, le SOCAR obtiendrait 58% des parts du TANAP, la participation de BOTAŞ serait quant à elle de 30%, et BP d’environ 12%, ce-dernier étant toujours le premier partenaire étranger de l’Azerbaïdjan dans l’extraction et la commercialisation du pétrole et du gaz.

Crédit : RED’ACTION

  • Accord de la Mer Caspienne

L’Accord de la Mer Caspienne arrive à point nommé, quelques semaines après l’édification du Corridor Gazier Sud.

Depuis 1991, la mer Caspienne était le théâtre de quiproquos diplomatiques entre les cinq États riverains qui ont trouvé un accord historique le 12 août 2018. Organisé au Kazakhstan dans le port d’Aktaou (au bord de la mer Caspienne), ce sommet réunissait l’Azerbaïdjan, l’Iran, le Kazakhstan, la Russie et le Turkménistan pour entériner des accords visant à mettre fin à vingt-sept ans de querelles diplomatiques sur la problématique de la mer Caspienne.

À travers cet accord multilatéral inédit, les problématiques à la fois économiques, politiques, mais aussi géographiques concernant la plus grande surface d’eau enclavée au monde y ont été traitées.

Ainsi, le statut juridique, les questions d’exploitation pétrolière et gazière, ainsi que la pêche furent les points abordés et qui ont fait l’objet d’une entente entre les cinq pays bordant la Mer Caspienne. Rares sont les accords où il n’y a aucun perdant réel, et ce fut pourtant bien le cas à Aktaou.

Crédit : Karimsuleymanov

Le port de Bakou a été construit en 1902 à l’époque du Tsar Nicolas II, et a depuis été le port le plus grand et le plus fréquenté de la mer Caspienne. Il a joué un rôle important de transit entre l’Asie et l’Europe pendant plus de cent ans et est devenu en mai 2018 le premier port maritime de commerce international de la Caspienne.

« Le port international de commerce maritime de Bakou est situé sur une superficie de 400 hectares, dont environ 100 à 115 hectares couvrent la zone de développement de la Zone logistique et commerciale internationale. Les zones septentrionales autour du port sont réservées à l’expansion future des activités logistiques, industrielles et manufacturières.

Le port devrait devenir l’un des principaux centres commerciaux et logistiques d’Eurasie. L’exécution des trois phases de construction devrait porter la capacité à 7 660 tonnes traitées par jour. »

Ce port s’inscrit donc dans une véritable stratégie de Bakou afin de devenir le hub incontournable entre une Asie centrale en plein boom économique, l’Asie de l’Est et le marché européen. Une stratégie qui, aux vues des récents accords et partenariats, pourrait s’avérer être le point d’ancrage de plusieurs décennies de prospérité. En outre, les surfaces construites dans le complexe portuaire laissent présager aussi la venue de nombreux investissements étrangers et une forte augmentation des activités commerciales n’étant pas seulement reliées au secteur pétrolier et gazier.

« En 2017, le volume du fret transitant par le port international de commerce maritime de Bakou (à l’exclusion du terminal pétrolier) a augmenté de 31% et a atteint 4,4 millions de tonnes par rapport à 2016. Environ 85,7 % du volume total représentait la part du transport de marchandises en transit. »

  • 6e Forum humanitaire international de Bakou

Le dernier événement de cette année 2018, et non le moindre événement, et le 6e Forum humanitaire international dont Bakou fut l’hôte d’honneur. Oui, vous l’avez bien entendu ! Pourquoi un forum humanitaire à Bakou ?

Peu de gens le savent, mais la population azerbaïdjanaise est composée à 10% de réfugiés internes depuis le début des années 1990. Plus d’un million de réfugiés azerbaïdjanais ont fui les zones de guerre (principalement le Haut-Karabakh) disputées entre l’Arménie voisine et l’Azerbaïdjan.

Ce forum humanitaire international avait pour vocation le développement humain, mais aussi les nouvelles technologies et l’intégration économique. Débattant notamment sur l’Union européenne, le forum releva notamment les problèmes liés à l’intégration européenne, de la montée des populismes et de certaines difficultés à constituer une véritable cohésion et identité européenne.

Enfin, la peur de voir émerger un monde dystopique causé par les nouvelles technologies fut l’une des thématiques centrales abordées lors de ce forum.

« Le développement de l’intelligence artificielle fait craindre à certains, un cauchemar high-tech. Mais la plupart des participants au Forum considèrent l’industrie numérique comme une grande opportunité pour encourager le développement humain à travers le monde. »

 

Une année marquée par de grands enjeux pour l’Azerbaïdjan, résolument tourné vers le monde et décidé à être un acteur de ces bouleversements mondiaux, autant au niveau des enjeux énergétiques que technologiques et économiques. Néanmoins, de nombreux obstacles continuent de freiner l’ascension de l’Azerbaïdjan, comme la corruption endémique, la faible diversification économique, le conflit du Haut-Karabakh, et une libéralisation politique toujours au point mort.

Que nous réserve l’année 2019 pour cet émirat pétrolier et gazier… ?