Par Serhii Reva – Kyiv

Le 31 mars prochain, les ukrainiens iront voter au premier tour des élections présidentielles de 2019. A quelques jours avant cet évènement majeur dans la vie politique de l’Ukraine, quelques conclusions peuvent déjà se dessiner sur cette campagne qui s’avère être la plus tourmentée et imprévisible de l’histoire du pays. Laissons les chiffres parler : 44 candidats officiellement enregistrés par la Commission centrale électorale (5 parmi eux ont déjà retiré leur candidature en faveur d’autres candidats) – un record. Une palette de choix pour les électeurs allant de candidats pro-européens jusqu’à des candidats ouvertement pro-russes, en passant par de nombreux visages connus mais aussi un nombre de nouvelles figures politiques, y compris des libertaires, nationalistes, socialistes, sans compter des journalistes et même un humoriste dont on reparlera.

Bien évidemment, la quantité ne fait pas la qualité, d’autant plus que la vaste majorité des candidats n’ont aucune prétention de l’emporter – ils sont soit des candidats “techniques”, dont le rôle est d’enlever des voix aux concurrents du candidat qu’ils supportent en réalité, soit font leur campagne pour se donner plus de visibilité avant les élections législatives qui auront lieu en automne 2019. Dans tous les cas , même si cela reste une banalité, le choix que feront les ukrainiens au premier tour (car il est quasi-improbable qu’un des candidats puisse obtenir plus de 50% des voix et éviter ainsi un second tour) sera décisif pour le futur de ce pays européen qui tente de sortir des tourments politiques et économiques où il s’est retrouvé ces dernières années pour enfin réaliser son potentiel.

Pour commencer, essayons de débriefer les campagnes des candidats principaux – Petro Poroshenko, Ioulia Tymochenko et Vladymyr Zelenskiy.

Petro Porochenko : un mandat mitigé

Eléments du programme :

Ukraine et Union Européenne

Déposer une demande officielle pour adhérer à l’Union européenne en 2023.

Ukraine et Russie

Assurer la responsabilité du pays agresseur et indemniser les dommages par le biais de mécanismes juridiques internationaux.

Conflit armé à l’Est de l’Ukraine

Continuer la politique de restauration de l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Récupérer par la voie politique et diplomatique les territoires occupés des régions de Donetsk et de Louhansk et de la Crimée.

Corruption

Assurer le travail efficace des organes anti-corruption nouvellement créés, les protéger des influences politiques.

Décentralisation

Poursuivre la politique de décentralisation.

Politique sociale

Augmenter l’aide à la naissance, en particulier pour les familles avec plus de trois enfants.

Le Président sortant n’a pas eu un quinquennat facile. Politiquement, il a été le gagnant principal de la Révolution de 2014 (Euromaïdan), en remportant haut la main les élections de mai 2014 au premier tour. Il promettait alors de mettre fin en l’espace de quelques semaines à l’Opération Antiterroriste (ATO) pour contrer l’agression russe dans le Donbass. Cela pouvait signifier la fin d’un conflit armé qui avait déjà emporté les vies de plusieurs citoyens ukrainiens. La réalité a été bien différente : de fait, le conflit est entré dans une phase «gelée», mais les accords de Minsk II ne semblent pas fonctionner avec des attaques de deux côtés. Porochenko n’a pas non plus réussi à accomplir son autre promesse : maintenir la monnaie nationale, la hryvnia, au même niveau par rapport au dollar. En ce qui concerne les réformes, certaines ont bien été lancées, par exemple, la réforme médicale, fiscale et de retraite, mais ont du mal à être mises en œuvre et être efficaces. Pendant les cinq années de la présidence de Porochenko, il n’y a pas eu de réforme de l’économie qui aurait permis de réaliser des investissements, d’améliorer la situation sociale et de créer des emplois.

La faiblesse du président est aussi son entourage. Plusieurs enquêtes du NABU (Bureau Anti-corruption) visent des personnes parmi les plus proches du président. La lutte du chef de l’Etat contre la corruption n’a pas eu l’effet attendu, même s’il est vrai que plusieurs organes furent créés, ainsi qu’une Cour spéciale pour traiter les affaires de corruption.

Pour toutes ces raisons, Petro Porochenko a vu sa côte de popularité constamment tomber depuis 2015. Au début de la campagne présidentielle, officiellement lancée le 31 décembre 2018, il ne bénéficiait que de 6 à 8 % des intentions de vote. Pourtant, il peut se vanter d’avoir réussi sa campagne. En effet, il a su faire usage de son “joker” – l’obtention du Tomos, autorisant la création d’une église orthodoxe ukrainienne, indépendante du patriarcat de Moscou, au bon moment. Les autres arguments en faveur du Président sortant sont l’annulation des visas dans la zone de Schengen, dont plus d’un million d’ukrainiens ont profité en seulement quelques mois, et le renforcement de l’armée qui était au bord de la dérive à son arrivée au pouvoir.

Il faut également noter que contrairement à beaucoup d’autres candidats, Porochenko a réussi à former un noyau électoral et une infrastructure de parti développée. Il profitera sans doute aussi de l’absence de réels candidats de la part des forces nationalistes – c’est d’ailleurs pour cela qu’il a tendance à utiliser une rhétorique ultra-patriotique ces derniers mois. Son équipe pousse même cette idée jusqu’à supposer que le choix des ukrainiens va être fait entre Porochenko et Poutine, sous-entendant que seul le président actuel peut défendre les intérêts de l’Ukraine. Pourtant, le slogan «Beaucoup de candidats – un seul Président» fait penser l’électeur à Poutine et d’autres leaders autoritaires plutôt qu’à une vraie démocratie. Il est évident que Petro Porochenko joue gros lors de ces élections car une défaite signifierait non seulement une perte du pouvoir mais aussi d’éventuelles poursuites judiciaires que certains candidats dont notamment Ioulia Tymochenko ont mentionnées dans leurs discours.

Ioulia Tymochenko – une dernière chance dans une carrière politique interminable ?

Eléments du programme :

Ukraine et Union Européenne

En faveur d’une adhésion de l’Ukraine.

Ukraine et Russie

Assurer une responsabilité juridique de la Russie en tant qu’Etat agresseur.

Conflit armé à l’Est de l’Ukraine

Prendre des mesures collectives pour contraindre l’agresseur à la paix et au retour du Donbass.

Corruption

Assurer la nomination objective de tous les organes de contrôle anti-corruption.

Éliminer le statut intouchable des hauts fonctionnaires.

Décentralisation

Donner aux communautés le droit de former leurs comités exécutifs et de disposer d’un impôt garanti par leurs budgets.

Politique sociale

Atteindre en 5 ans le niveau du salaire moyen en Pologne

Jusqu’à un certain moment, la leader du parti «Batkivschyna» («Patrie») semblait être la grande favorite des élections. Or, beaucoup voyait venir le déclin politique de celle qui avait été emprisonnée lors du mandat de Viktor Ianoukovitch. Elle était, effectivement, passée à côté des élections présidentielles et législatives de 2014 avec des résultats assez bas. Mais après être sortie de la coalition pro-gouvernementale en 2016, Tymochenko a déclaré être la principale opposante à la politique du Président et a su convertir ses critiques envers Porochenko en un bon résultat potentiel aux élections de 2019. Au vu du mécontentement général suite à la hausse des tarifs, le chômage, l’inflation et la corruption, c’était en effet une stratégie gagnante. En fin 2018, tous les sondages la donnait gagnante au premier tour, mais la situation a ensuite radicalement changé.

Il faut dire que l’ex-Premier ministre mène une campagne très vague. En critiquant le président, elle reprend en fait ses thèses principales (notamment en soutenant la plupart de ses idées sur l’Europe, la religion et la langue). Ses tentatives de « redémarrage » afin de se débarrasser de la réputation douteuse de l’époque de son mandat de Premier ministre se limitaient au changement de coupe de cheveux et à une réorientation envers un électorat plus jeune. Une tentative plutôt infructueuse d’ailleurs vu que la jeunesse est devenue le noyau de l’électorat de Zelenskiy. « La nouvelle politique économique », programme économique de Tymochenko, ne présente rien de révolutionnaire, et les masses larges ne s’y sont de toute façon pas intéressé.

Aujourd’hui, Ioulia Tymochenko est dans une situation difficile. Malgré le fait qu’elle fasse partie de «l’establishment» politique depuis plus de vingt ans, elle a toujours su rénover son image et ses idées au bon moment pour rester un personnage incontournable de la politique. Cette fois-ci, elle aura fort à faire face à Petro Porochenko qui est sur une dynamique positive depuis début 2019 et dont elle ne peut pas critiquer les idées patriotiques et à Volodymyr Zelenskiy qui va sûrement lui prendre une bonne partie de son électorat et qui a l’avantage d’être un nouveau visage pour des ukrainiens, fatigués par un manque de renouvellement. D’autre part, ses promesses de faire baisser le prix du gaz de deux fois ou encore d’atteindre en cinq ans le niveau des salaires polonais peuvent certes intéresser certains électeurs mais  ont tendance à être trop populistes et impossible à atteindre pour pouvoir attirer un grand nombre de personnes. «Lady Iou» garde tout de même de fortes chances d’accession au second tour, où son expérience pourrait certainement jouer en sa faveur.

Volodymyr Zelenskiy – une plaisanterie devenue réalité ?

Eléments du programme :

Ukraine et Union Européenne

En faveur d’une adhésion de l’Ukraine.

Ukraine et Russie

La Fédération de Russie est un État agresseur

Indemnisation de l’Ukraine de toutes les pertes subies aux frais de l’État agresseur.

Conflit armé à l’Est de l’Ukraine

Terminer la guerre, récupérer les territoires temporairement occupés via le format de Budapest.

Corruption

Garantir la confiscation des biens et l’interdiction à vie d’occuper la fonction publique pour les personnes reconnues coupables de corruption.

Inciter matériellement les dénonciateurs de corruption tout en leur garantissant une protection.

Décentralisation

Poursuivre la décentralisation. Arrêtez la concentration du gouvernement central à Kyiv.

Politique sociale

Introduire le passeport économique d’un Ukrainien : accumulation après la naissance sur un compte personnel de la part des déductions de la réalisation par l’État de biens naturels.

Restaurer le programme de prêts au logement pour les jeunes

Offrir aux jeunes entrepreneurs un soutien financier et une année d’imposition préférentielle

 

L’apparition d’artistes, acteurs, chanteurs ou encore sportifs dans la politique est une tradition assez courante en Ukraine. Souvent, les candidats font appel à des personnalités connues pour utiliser leur popularité, c’est d’ailleurs fortement pratiqué dans le monde entier. En Ukraine, quelques-uns parmi eux devenaient même députés du Parlement mais avaient tendance à quitter le monde de la politique plus tard. L’ex-champion du monde en boxe Vitaliy Klitschko est devenu maire de Kyiv mais avait fondé son parti politique bien plus tôt, ce n’était pas une altération brutale entre le sport et la politique. Quoi qu’il en soit, jamais quiconque sans aucune expérience politique n’a su prétendre réellement pouvoir occuper le poste du chef du pays. C’est pourtant ce qui est peut-être en train de se passer dans le cas de Volodymyr Zelenskiy, la surprise de ces élections présidentielles.

Etant un des humoristes les plus connus et populaires du pays, il s’est fait connaître depuis une quinzaine d’années avec son équipe «Kvartal 95» grâce à des numéros comiques, dont une grande partie portaient sur les hommes politiques. En 2015, il coproduit la comédie “Serviteur du peuple”, dans laquelle il joue le rôle principal de Vasyl Goloborodko, professeur d’histoire devenu accidentellement président de l’Ukraine. Le film devient un succès, et un deuxième volet est sorti en 2017. Le troisième est prévu pour fin mars – début avril 2019, en plein cœur de la campagne présidentielle et juste avant le second tour des élections. Coïncidence ? Sûrement pas. Car le parti «Serviteur du Peuple» a été fondé en novembre 2018 et a d’ores et déjà de grandes chances d’accéder au Parlement en automne. Zelenskiy a quant à lui officiellement déclaré vouloir participer aux élections présidentielles dans la nuit du 31 décembre.

Depuis, il a fait une grande remontée dans les sondages jusqu’à devenir le favori, du moins au premier tour. Cela s’explique par plusieurs facteurs. Avant tout, Zelenskiy est un personnage nouveau, le seul parmi les «grands» candidats. Il présente en lui une chance de se débarrasser des politiques de l’ancienne génération, y compris Porochenko et Tymochenko, ce qui suscite un grand intérêt. L’idée que l’équipe du comique tente de proliférer dans la société : peu importe l’expérience, un président doit avant tout être un homme honnête. Et c’est sûr que la popularité de Zelenskiy en tant qu’humoriste et acteur l’aident dans la mesure où sa réputation n’a pas pu être entâchée par des scandales de corruption ou autres fautes professionnelles. Toute son équipe est formée de gens peu connus, majoritairement issus de la jeunesse engagée, ce qui crée une bonne image pour l’électeur.

Zelenskiy mène sa campagne différemment des autres – et cela lui réussit. Son programme a été formé par des votes des internautes sur les réseaux sociaux, les noms des gens participant à son projet restent pour la plupart inconnus du grand public, lui-même ne participe à aucun débat télévisé. Evidemment, ces moyens démontrent une immaturité politique, mais cela semble être pour lui une stratégie apportant ses fruits.

Toutefois, sa candidature a plusieurs points faibles. Avant tout, son manque d’expérience se traduit en une absence de vrai programme, d’équipe, de réelle position sur un nombre de questions. Son refus de participer aux débats politiques peut s’expliquer par une incapacité à mener un dialogue professionnel sur les sujets économiques et sociaux avec des candidats plus habitués à de tels affrontements verbaux. De fait, on ne connaît pas vraiment la vision politique de Zelenskiy ni son positionnement, ses résultats encourageants dans les sondages ne sont liés qu’au mécontentement vis à vis du pouvoir en place. Deuxièmement, il n’a pas su se débarrasser de sa posture d’humoriste, et beaucoup de gens peinent à le prendre au sérieux. C’est d’ailleurs un des arguments de ses opposants : comment peut-on élire «un clown» dans une situation aussi compliquée ? Enfin, ses liens avec l’oligarque Ihor Kolomoyskiy, propriétaire de la chaîne « 1+1 » sur laquelle Zelenskiy produit ses émissions. L’humoriste nie être financièrement soutenu par l’homme d’affaires, mais l’étiquette de la marionnette d’un personnage ayant une grande influence est toujours là. Autre mécontentement de la part d’une grande partie des électeurs: le candidat donne toutes ses interviews en russe et a l’air ne pas pouvoir parler couramment ukrainien.

Volodymyr Zelenskiy sera probablement au second tour, mais saura-t-il persuader les ukrainiens de son projet une fois que les choses sérieuses commenceront ? Ce n’est pas certain. En tout cas, le deuxième candidat au second tour aura ses chances face à Zelenskiy, encore trop fragile pour de réelles confrontations politiques.

Autres candidats pro-européens. La discorde des candidats pro-russes

L’ex-ministre de la défense Anatoliy Hrytsenko a participé aux élections présidentielles en 2010 et 2014, mais n’a jamais su démontrer un résultat honorable. En 2019, il avait pourtant jusqu’à un certain moment de bonnes chances de passer au second tour. Il y a quelques mois encore, Hrytsenko qui se présente comme le leader des forces démocratiques, montrait des résultats très prometteurs dans les sondages, mais aujourd’hui on voit bien que les « indécis » préfèreront choisir parmi le trio en tête et même le ralliement du maire de Lviv, Andrii Sadoviy, qui a retiré sa candidature en faveur de Hrytsenko, ne changera pas la donne.

Quant au candidat du parti radical Oleh Liachko, connu pour ses sorties médiatiques populistes, il maintient fermement sa position et ses sympathies électorales. Son programme, basé sur une idée de «nationalisme économique», n’est certainement pas suffisant pour pouvoir se hisser au second tour mais il est clair que le but pour lui est de mobiliser ses militants pour pouvoir entrer au parlement en automne.

En ce qui concerne les candidats pro-russes, ceux-ci avaient une réelle chance de pouvoir prétendre envoyer un candidat au second tour. Même si le climat politique général est loin d’être favorable à une rhétorique pro-russe et même si une partie des habitants du Donbass ne pourront probablement pas voter, l’impopularité du pouvoir en place leur donnait une opportunité. Mais le parti «Bloc d’Opposition» n’a pas su s’unifier afin de sélectionner un seul candidat. De fait, à part Oleksandr Vilkoul, candidat officiel du parti, d’autres candidats pro-russes se sont présenté, notamment Ioury Boyko et Yevhen Mouraiiev. Les programmes de ces candidats ont très peu de différences ce qui crée encore plus de confusion chez les électeurs. Mouraiiev a finalement retiré sa candidature au profit de Vilkoul, mais c’est objectivement une union trop tardive. De toute façon, c’est bien Boyko qui a l’électorat le plus solide, même si ça ne suffira pas pour aller chercher une place au second tour.

Observateurs – encore un record

Si le nombre de candidats semble conséquent, cela est d’autant plus le cas chez les observateurs.

La Commission électorale centrale d’Ukraine a enregistré 139 ONG ukrainiennes et 14 missions internationales en tant qu’observateurs officiels à l’élection présidentielle du 31 mars. Ils joueront un rôle important dans le suivi de la campagne et du processus de vote afin que les citoyens ukrainiens aient la possibilité de choisir leur futur président de manière honnête et transparente.

Un tel nombre d’observateurs s’explique sans doute par l’envie de tous les candidats d’assurer la présence d’un maximum de structures loyales et pourrait même créer des conditions pour un vote démocratique. Néanmoins, certaines organisations peuvent aussi invoquer quelques inquiétudes. Ainsi, parmi les groupes enregistrés pour observer les élections on peut observer les « Natsdrujyny », un groupe paramilitaire associé aux entités ultra-nationalistes « Azov » et « Corps national », qui se positionnent comme des défenseurs de « l’ordre ukrainien » dans les rues et sont connus pour leurs violences. Leur chef a d’ores et déjà déclaré qu’il n’hésitera pas à utiliser la violence en cas d’inexécution des règles dans les bureaux de vote.

Par ailleurs, remarquons que la plupart des observateurs internationaux sont essentiellement issus du Canada et des pays membres de l’OTAN. A noter également que le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE a inclus 24 citoyens russes dans la mission d’observateurs à l’élection présidentielle en Ukraine, mais les autorités ukrainiennes ont interdit à ces citoyens russes de faire partie de ladite mission en vertu d’une loi, récemment adoptée par le parlement.

Tout le monde pourra-il voter ?

En février 2019, la Commission électorale centrale (CEC) d’Ukraine a officiellement déclaré que le nombre d’électeurs inscrits sur les listes était d’environ 30 millions. Il est probable que cette fois, le taux de participation aux élections sera assez élevé. Toutefois, un grand nombre d’ukrainiens ne sera pas en mesure de voter le 31 mars.

La CEC a décidé de ne pas organiser d’élections sur le territoire de la Fédération de Russie. Une décision supportée par le ministre des affaires étrangères Pavlo Klimkin ayant déclaré que «le motif principal de la fermeture des bureaux de vote en Russie est bien sûr la sécurité ». Il a ajouté que «c’est tout d’abord, la sécurité des citoyens ukrainiens qui voudront devenir membres des commissions électorales ou tout simplement venir voter qui est préoccupante » et qu’ « il est impossible de garantir l’absence de provocations dangereuses le jour du scrutin ». Bien sûr, les 3 millions d’ukrainiens résidant en Russie pourront venir voter en Ukraine s’ils y sont enregistrés quelque part ou bien faire le voyage jusqu’en Finlande, Géorgie ou Kazakhstan et voter dans les institutions diplomatiques ukrainiennes mais il est évident que la plupart d’entre eux ne feront pas ces démarches.

Beaucoup d’électeurs potentiels ne pourront probablement pas voter pour cause de déménagement. En Ukraine, il existe encore un système archaïque, selon lequel les listes d’électeurs sont constituées sur la base du lieu d’enregistrement et non du lieu de résidence. Par conséquent, beaucoup doivent soit retourner dans leur ville d’origine pour voter, soit suivre la procédure de réenregistrement. Cependant, il y a un manque d’information à ce sujet ce qui amène à croire que cette catégorie de personnes aura également du mal à passer toutes les procédures.

Enfin, selon le ministère de la politique sociale de l’Ukraine, il y aurait en Ukraine près de 1,5 million de personnes déplacées internes (PDI) venant des territoires temporairement occupés de Donetsk et Louhansk ainsi que de la Crimée annexée. Ils n’ont pas la possibilité d’élire les autorités locales et la moitié de la Verkhovna Rada d’Ukraine via le scrutin majoritaire. Cependant, ces personnes peuvent voter à l’élection présidentielle et élire 225 députés sur les listes des partis. Mais pour cela il est nécessaire de demander aux commissions électorales territoriales du lieu de résidence le changement temporaire de lieu de vote. Récemment, la CEC a simplifié cette procédure pour les PDI. Désormais, ils n’ont plus besoin de confirmer les raisons de leur séjour en dehors du lieu d’enregistrement mais uniquement de présenter un passeport avec enregistrement en Crimée ou dans la partie non contrôlée du Donbass. Près des deux tiers de ces personnes ne sont toutefois pas au courant de cette procédure selon des enquêtes.

Conclusion

Il est difficile de faire un pronostic même à une semaine du premier tour. D’après les sondages, Volodymyr Zelenskiy devrait le remporter, mais on a déjà vu que les chiffres pouvaient mentir ou bien changer très vite. De plus, les institutions sociologiques sont souvent biaisées au vu de leur positionnement politique. On peut dire que malgré le nombre record de candidats, il n’y a pas tellement de choix d’un point de vue purement politique. Quasiment tous les candidats en tête des sondages sont en faveur d’une adhésion de l’Ukraine à l’Union Européenne et à l’OTAN, promettent de régler le conflit armé et récupérer les territoires occupés par les moyens diplomatiques, et disent vouloir continuer la lutte contre la corruption. C’est donc une bataille interne entre forces politiques et financières qui se produit en fait en Ukraine. Souhaitons que cela n’effacera pas pour la population le véritable enjeu de ces élections : élire pour les cinq prochaines années un candidat qui pourra réellement effectuer des réformes économiques, élever un niveau de confiance au pouvoir actuellement en baisse et régler les problèmes auxquels l’Ukraine est confrontée depuis des années.

 

Annexe : sondages des différents centres sociologiques

Groupe sociologique “Rating”

3 décembre 31 janvier 4 mars 11 mars
Tymoshenko 14% 18,2% 16,2% 16,8%
Zelenskiy 8% 19% 25,1 % 24,7%
Poroshenko 8% 15,1% 16,6% 18,3%
Hrytsenko 7% 8,5% 7,7% 10,3%
Boyko 6% 10% 11,3% 9,9%
Liachko 4% 7% 5,6% 5,7%

 

Institut international de sociologie de Kyiv

11 décembre 25 février
Tymochenko 11,9% 13,8%
Zelenskiy 8,2% 26,4%
Porochenko 6,5% 18%
Boyko 6,2% 10,9%
Liachko 4,9% 6,3%
Hrytsenko 4,6% 6,4%

 

Institut ukrainien d’études sociales “Monitoring social”

27 février 4 mars 20 mars
Zelenskiy 17% 19,9% 22,6%
Porochenko 11,3% 13,8% 11,5%
Tymochenko 11% 13,4% 13,3%
Boyko 7,4% 7,3% 8%
Hrytsenko 5,4% 5,7% 8,2%
Liachko 4% 3,5% 4,5%