Par Nikita Taranko Acosta – Genève

La question linguistique, notamment le statut de la langue russe, est un sujet qui reste au cœur du débat politique en Ukraine. En effet, il est difficile de trouver un aspect plus scandaleux, douloureux et à la fois plus juteux que la célèbre question linguistique, d’autant plus que l’on a choisi précisément cet outil pour l’édification nationale ukrainienne. Malheureusement, on observe que la langue est souvent utilisée comme un instrument de pression politique plutôt qu’un moyen de communication per se. Dans le cas de l’Ukraine— pays multiethnique et sans doute multilingue— on ne peut comprendre cet enjeu qu’en remontant dans l’histoire et analysant les processus qui ont définit la situation linguistique présente. Il est impératif donc d’attacher une attention spéciale à la politique de russification qui a eu lieu auparavant en Ukraine et son tournant dès la chute de l’URSS et l’indépendance de l’Ukraine. On ne peut également écarter les considérations géopolitiques, nationalistes ainsi que des arguments territoriaux et ethnolinguistiques afin de traiter la question linguistique dans son ensemble, notamment lorsque l’on parle de la langue russe en Ukraine. Cette étude diachronique abordera le statu quo en se servant de statistiques, exemples et comparaisons pour mieux visualiser les facteurs déterminants. Ensuite, une fois abordé l’objet d’étude, on essayera de prouver l’hypothèse suivante: la communauté russophone d’Ukraine, dite minorité ethnique, est de facto une majorité fonctionnelle en Ukraine, ce qui ne veut pas dire que l’ukrainien n’est guère parlé puisqu’il reste toujours la langue nationale et la seule officielle de l’État ukrainien. Enfin, l’on synthétisera les points traités lors de cette analyse et l’on essayera de proposer, suite à une brève comparaison avec d’autres États multilingues, une solution adéquate pour ce sujet aussi délicat en Ukraine.

Notions historiques

Commençons par faire remarquer que la communauté russophone n’est pas du tout un phénomène allogène en Ukraine. L’argument qui la présente de cette manière est fallacieux et peut facilement porter à confusion. Si la Rous kiévienne est considérée aujourd’hui comme le berceau commun des cultures russe, ukrainienne et biélorusse, le slavon oriental est à l’origine du russe, ukrainien et biélorusse. D’ailleurs, en ce qui concerne la distribution territoriale, on sait que l’ukrainien s’était développé majoritairement dans ce qui constitue l’actuelle Ukraine et le russe dans la partie européenne de la Russie d’aujourd’hui. Pourtant, le territoire appartenant à l’Ukraine à ce jour fut agrandi pour le moins avec la colonisation russe au Sud (Nouvelle Russie) qui n’avait jamais connu l’ukrainien comme langue autochtone, le russe évidemment non plus. Or, on doit souligner qu’après la chute de l’URSS et l’indépendance de l’Ukraine, celle-ci a retenu quelques territoires qui ne lui correspondaient pas historiquement. Dans beaucoup de ces domaines, résidait une considérable communauté ethniquement Russe qui était avant tout russophone ; la Crimée en constitue l’exemple le plus parlant d’autant plus qu’elle n’avait jamais fait partie de l’Ukraine avant son rattachement à la République socialiste soviétique d’Ukraine sous Khrouchtchev (Kappeler 1997 : 177). Par ailleurs, la rive gauche de Dniepr fut soumise à la tutelle de la Moscovie depuis presque quatre siècles et il faudrait ajouter qu’à l’époque la dissociation linguistique n’était pas encore achevée et on ne peut encore parler du russe ou de l’ukrainien dans le sens moderne d’aujourd’hui. À ce titre, il serait un peu tiré par les cheveux de reconnaître qu’on avait introduit le russe aux dépens de l’ukrainien en établissant ainsi une communauté dissemblable, étrangère et, par extension, ennemie. De plus, ceux qui ont habité dans la région après, surtout avec le développement de l’industrialisation et l’urbanisation furent principalement les Russes (Ibid., 124). En somme, la langue russe a été présente dans une large partie du sol ukrainien depuis une période suffisamment longue pour être traitée de manière historiquement juste, surtout si on considère qu’elle avait cohabitée avec la langue ukrainienne pendant une durée beaucoup plus large que toutes les années de la souveraineté de l’Ukraine même. Il n’en demeure pas moins que les mauvais souvenirs associés à la langue russe ainsi que l’aspect dit tragique de la domination russe au cours des siècles précédents sont entrés dans la conscience collective et pourraient sans doute faire l’objet d’une autre étude sur le plan moral.

Russification

Ce ne serait pas correct de passer directement à la doctrine idéologique « homogénéiste » actuelle de l’État ukrainien sans mettre en relief les causes qui ont déclenché le discours du mouvement national (Rukh) à la fin des années 80 établissant l’ukrainien comme « la langue de l’ethnos » (Stoumen 2014 :2). Il faut donc comprendre que cette politique linguistique d’ukrainisation s’oppose tout d’abord à celle de russification et envisage de « ‘réparer’ cette injustice historique, ce qui justifie des mesures correctives de nature à rendre la communauté ukrainienne sa ‘pureté originelle’ » (Pavlenko 2011 : 51-52).

D’ailleurs, quelle période doit-on évoquer comme responsable du début de la russification forcée? Il semble prudent de suggérer la révolte des Polonais en 1831-1832, car c’est à ce moment-là que l’Empire russe abandonne la politique de coopération avec les nouveaux territoires acquis et introduit ainsi le russe comme la langue officielle dans toute l’Ukraine qui est sous sa domination (Kappeler 1997 :92). Cette politique est en fait compréhensible du point de vue de la Russie car elle vient de subir l’insurrection décembriste de 1825 et d’autres mouvements qui ont affaibli l’image de l’Empire qui cherchait à réaffirmer sa puissance lorsque les premiers indices de l’essor national commençaient à paraître en Ukraine. Évidemment, l’ukrainien n’était pas la seule langue visée; le polonais le fut beaucoup plus, par exemple. Ensuite, la russification s’est accentuée après le nouveau soulèvement polonais en 1863, cette fois l’impression d’écrits en ukrainien fut interdite (sauf les œuvres littéraires) par la circulaire de Valouev, ministre russe de l’Intérieur. C’est à lui que l’on doit cette formule : « il n’y a jamais eu de langue ukrainienne, il n’y en a jamais eu et il n’y en aura jamais » (Kappeler 1997 : 107). Ces dispositions furent encore renforcées par l’oukase d’Ems de 1867 qui interdisait les représentations théâtrales en ukrainien, l’importation de livres en ukrainien dans l’Empire russe ainsi que l’impression des textes originaux ou des traductions en ukrainien, sauf pour les documents historiques (sans adopter l’orthographe ukrainienne moderne) et certains romans (sous réserve d’adopter l’orthographe russe).1 D’autres interdictions mineures s’ajoutent à la fin du XIXème siècle ; il s’agit notamment du nom de baptême pour le nouveau-né qui devait être russe (Piotr en lieu de Petro, par exemple) ainsi que le nom Ukraine qui devait être abandonné en faveur de la Petite-Russie (Malorossiia en russe) en faisant ainsi l’opposition avec la Grande Russie.2

En résumé, l’ukrainien fut officiellement interdit ou très restreint de 1831 jusqu’à la révolution russe de 1905. Ensuite, il n’a jamais été vraiment interdit à l’époque soviétique mais subordonné pendant certaines périodes à la langue russe. Or, on sait bien que les années 20 furent très positives pour le développement de la langue et la culture ukrainienne avec la politique d’indigénisation (korenizatsiïa en russe) impulsée par Lénine. Il est aussi vrai que cette politique a perdu son rythme à partir des années 30 sous Staline. Par contre, même si les Ukrainiens se souviennent aujourd’hui sans aucun doute des purges staliniennes, Goulag et Holodomor, il ne faut pas les confondre avec la situation linguistique qui laissait toujours de la place à la langue ukrainienne alors que le processus de soviétisation était effectivement en marche. Le but était donc d’assimiler tout le peuple soviétique en imposant la politique de supériorité linguistique du Centre (Moscou) sur la périphérie (Kiev) octroyant ainsi un prestige à la langue russe au-dessus de toutes les autres langues du pays (Truchlewski 2007). Cette politique d’assimilation linguistique fut poursuivie aussi par Khrouchtchev. Certes, on a eu une brève période de dégel et de déstalinisation quand les Ukrainiens ont commencé à revendiquer le retour à l’ukrainisation et exigeaient davantage de poids pour la langue ukrainienne. Pourtant, même Khrouchtchev qui était né en Ukraine et avait symboliquement rattaché la Crimée en 1954 à l’Ukraine pour commémorer ainsi le 300ème anniversaire de la « réunification », veillait toujours plus aux intérêts du Parti qu’aux intérêts régionalistes. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la réforme scolaire de 1959 qui déclencha le conflit, puisqu’elle permettait le libre choix de la langue d’instruction alors que depuis 1920 l’enseignement primaire avait été donné en langue maternelle et nationale de chaque république soviétique, ce qui obligeait les Russes tout comme les autres communautés habitant l’Ukraine d’apprendre l’ukrainien en plus de leur langue maternelle (Kappeler 1997 : 178). Dans la pratique, cette nouvelle politique « libérale » a entraîné paradoxalement l’abandon du bilinguisme général et le russe s’est renforcé ainsi comme lingua franca que tout le monde voulait maîtriser afin de mieux réussir dans la vie professionnelle laissant l’ukrainien de côté et pour les régions plutôt rurales (Truchlewski 2007). Or, dès les années 60, on constate de nouveau un retour aux tendances favorables à l’ukrainisation mais celle-ci ne va pas durer très longtemps car on reviendra à la russification et aux purges sous Brejnev, à partir des années 70, qui tolère toujours un bilinguisme modéré avec, toutefois, une « tonalité russe prédominante » (Kappeler 1997 : 181). Ainsi, la politique de russification sera enfin abandonnée au milieu des années 80 sous Gorbatchev avec le nouvel essor national et des nombreux mouvements d’opposition en Ukraine.

Ukrainisation

Ayant souligné cet intense, mais aussi ambivalent, processus de russification où un tiers des ukrainiens ont acquis au cours de XXème siècle le russe comme première langue aux dépens de la connaissance quelconque de l’ukrainien (Seals 2009), il est possible de comprendre cet effort de lancer une politique d’ukrainisation ainsi que le désir d’instaurer l’ukrainien comme la langue nationale une fois l’indépendance est acquise. Il est clair qu’il ne s’agit plus seulement d’une question linguistique stricto sensu; c’est aussi le ressentiment et la réaffirmation nationale qui jouent un rôle fondamental pour les Ukrainiens, outre les considérations géopolitiques et stratégiques. En effet, le mouvement nationaliste ukrainien n’a pas cherché qu’à ukrainiser la société ukrainienne mais aussi à renverser la politique précédente avec une nouvelle vision anti soviétique et, par extension, anti russe provoquant une nouvelle situation diglossique où l’ukrainien devrait dominer le russe, en théorie.

Les premières mesures prises en matière de la politique linguistique en Ukraine ont connu son apparition déjà en 1989 lorsque l’Ukraine, n’étant pas encore un État souverain, avait adopté une loi déclarant l’ukrainien comme langue officielle mais en même temps protégeant le russe. Ensuite, dans les années 90 où l’Ukraine devient indépendante, toute une série de nouvelles lois ayant pour but la promotion de la langue nationale sont ajoutées. Il faut toutefois remarquer que l’Ukraine a priori n’avait pas pour but ni de discriminer ni d’écarter le russe comme le pensent beaucoup de russophones aujourd’hui ; il n’y existait presque pas de russophobie (sauf en Galicie) en Ukraine en 1991 quand Leonid Kravtchouk (cité par Kappeler 1997 : 197) avait prononcé ces mots :

« Les Russes d’Ukraine ne doivent pas être comparés aux Russes des pays Baltes. Ils sont ici…installés depuis des siècles… Et nous ne permettrons pas qu’ils soient en quoi que ce soit victimes de discrimination. »

De plus, la même année, le parlement ukrainien avait adopté la « Déclaration des droits des nationalités » qui reconnaissait le droit d’utiliser la langue russe à tous les citoyens de l’Ukraine. L’année suivante, on a passé aussi une loi garantissant les droits linguistiques et culturels des minorités dont la russe était la plus large, avec 12 millions d’Ukrainiens ethniquement russes. Finalement, on arrive à la Constitution de 1996 qui établit l’ukrainien définitivement comme unique langue d’État mais assure que « le libre développement, l’emploi et la protection du russe et d’autres langues de minorités nationales sont garantis » (Bories 2014). Or, cette formule proposée qui ne présuppose aucune différence statuaire entre les différentes minorités, ne va pas plaire à la communauté russophone qui se sentira opprimée puisque l’on n’a pas pris en considération son importance démographique qui n’est pas comparable avec les autres minorités nationales et qui souhaite donc une reconnaissance majeure au russe en l’élevant au moins au statut d’une langue co-officielle ou régionale de jure, ce qui ne sera pas le cas jusqu’à Ianoukovitch et ne durera pas très longtemps.

D’ailleurs, l’article 10 de la Constitution ukrainienne stipule que l’ukrainien devient la derjavna mova (langue d’État), ce qu’on appellerait Amtsprache en allemand (langue administrative) et qui ne doit pas forcément représenter la ofitziyna mova (langue officielle) ni nationale (même si c’est souvent le cas). Il s’agit d’une petite nuance qui pourrait facilement passer inaperçue si cela ne constituerait pas une impasse pour la langue russe. Bref, l’ukrainien devient ainsi obligatoire dans les communications au sein de tous les organismes publics de la société et s’impose véritablement dans l’administration à laquelle on ne peut plus accéder sans connaissances de l’ukrainien (Bonnard 2007 : 88). D’autres dispositions légales en faveur de l’usage de l’ukrainien concernent l’affichage et la toponymie (toujours en cours de subir la « décommunisation »). La télévision et la radio devaient passer aussi à l’ukrainien mais ont trouvé beaucoup de résistance de la part de russophones et d’une manière ou l’autre ceux-ci ont réussi à trouver les moyens de s’évader de la loi pour ne pas faire disparaître le russe dans ces domaines, notamment à la télévision où on a introduit un système de deux présentateurs parlant chacun l’ukrainien et le russe ou en rajoutant des sous-titres en ukrainien pour le contenu en russe ainsi qu’un rendant la publicité bilingue afin qu’elle soit acceptée dans les médias publics. Par ailleurs, quant à l’éducation, elle devait en théorie aussi passer à l’ukrainien mais dans les régions russophones on a continué souvent à dispenser l’enseignement en russe, même si après la réussite d’un examen en ukrainien était indispensable de toute façon pour accéder à l’enseignement supérieur (Lefebvre 2007).

Pourtant, bien qu’on aperçoit des tentatives variées pour promouvoir la langue ukrainienne et, par conséquent, restreindre inévitablement l’usage de la langue russe dans les premières années de l’Ukraine en tant qu’État, il ne faudra pas exagérer la portée de celles-ci. De surcroît, l’article 17, par exemple, stipule que « l’ukrainien ou une autre langue acceptée entre les parties est employée dans tous les domaines des services aux individus » alors que l’article 6 exige le suivant : « le personnel de l’État doit maîtriser les deux langues »3 En plus, les journaux restent majoritairement russophones, les discussions à la Rada se poursuivent dans les deux langues (jusqu’à récemment), voire en sourjyk— phénomène qui mérite d’être traité à part au cours de ce travail. De ce point de vue, malgré le fait que l’on a choisi l’ukrainien comme la langue nationale, officielle et celle d’État, la réalité montre que le russe est présent de facto dans tous les secteurs de la société et reste la langue de communication interethnique et quotidienne dans une très large partie du pays et pour un très grand nombre de locuteurs.

De ce fait, on confirme que l’ukrainisation impulsée par Kravtchouk et continuée après la Révolution orange par Iouchtchenko n’avait pas eu un effet si significatif comme l’attendaient les nationalistes ukrainiens et n’avait certainement pas abouti.

En fait, c’est plutôt récemment que l’on a commencé à parler d’une vraie ukrainisation forcée, cette fois-ci encouragée d’abord par Tourtchynov (président par intérim) en 2014 avec l’abrogation de la loi sur la politique linguistique de l’État de 2012 le lendemain du coup d’État de 22 février (ce qui a sans doute contribué au déclenchement du conflit en Crimée et l’ultérieure guerre dans le Donbass) et mené au point culminant par le président Porochenko avec la loi de 2017 sur l’enseignement, que l’on abordera plus tard dans ce dossier.

Dans les prochaines sections on tentera de relever plusieurs arguments solides qui vont démontrer pourquoi l’ukrainisation linguistique et la conséquente marginalisation des autres langues, notamment le russe, n’est pas seulement indésirable et peu intelligente mais risqué, voire dangereuse pour le jeune État ukrainien.

Argument mixte :  démographie-territoire et langue-ethnie

Lorsque l’on analyse la situation actuelle de l’Ukraine, force est de souligner l’interdépendance des éléments démographiques, ethnolinguistiques, culturels et territoriaux. Il est impossible de traiter la question linguistique ukrainienne en dégageant l’un de ces éléments car cela donnerait une vision incomplète et imprécise, voire biaisée de la situation réelle. Le premier problème que l’on retrouve lorsque l’on parle de l’Ukraine et de sa quête d’édification nationale par le biais linguistique est le fait qu’il y résident de nombreuses minorités ethniques représentant au total pas moins d’un quart de toute la population ukrainienne. De plus, dix de ces groupes comptent au moins 100 000 personnes— un nombre non négligeable. Certes, on a mentionné les lois garantissant la protection des minorités approuvées dès le début des années 90 (Stoumen 2014). Cependant, qu’est-ce qu’on entend par groupes minoritaires ? Dans le cas de la langue russe, on observe que les autorités ukrainiennes considèrent en suivant la tradition soviétique, que ce sont les locuteurs qui habitent ensemble dans des zones compactes que l’on peut dénoter comme membres d’une communauté linguistique ayant droit à la protection mais pas ceux russophones qui habitent hors ce territoire donné et pas question de faire référence aux russophones ethniquement ukrainiens. En d’autres termes, on se rend compte que le critère territorial est lié de cette façon a l’ethnicité qui en même temps est liée à la langue. En effet, cette division sera la base du début de la polarisation de la société ukrainienne entre l’ouest-centre et l’est-sud, division qui sera largement instrumentalisée et politisée comme la question linguistique elle-même. La langue russe est perçue dans ce contexte comme la langue de la minorité russe ou plutôt de ceux qui se sont déclarés ethniquement russes alors que, d’après les statistiques officielles, 15% des personnes ethniquement ukrainiennes déclarent le russe comme leur langue maternelle, mise à part celles qui sont bilingues.4 Néanmoins, l’État ukrainien ne semble pas s’intéresser aux droits de tous ces citoyens, ce qui provoque un double mécontentement de la part de russophones ethniquement russes, d’un côté, et de russophones ethniquement ukrainiens, de l’autre ; ce souci est partagé aussi par les autres communautés linguistiques, surtout par celles qui ont tendance à utiliser le russe comme lingua franca, à part leurs respectives langues maternelles, bien sûr. De ce fait, il est évident que le problème de la langue russe ne peut et ne doit pas être abordé en termes ethniques; il s’agit du statut de la langue qui concerne tous les russophones qui habitent sur le territoire ukrainien, entendus comme « communauté linguistique, non comme groupe ethnique » (Pavlenko 2011 : 49).

Pour mieux illustrer l’argument fallacieux de nationalistes Ukrainiens soutenant la thèse de « russe pour les Russes » et « ukrainien pour les Ukrainiens », quoi de mieux que de faire appel aux statistiques et aux faits ? Ainsi, on relève plusieurs aspects : le russe est sans doute majoritaire au Sud (82,3%) et à l’Est (86,8%) comme langue maternelle où effectivement habite un grand nombre de Russes. Or, en 2001 le russe était la langue maternelle de 80% des habitants de la région de Donbass alors que le pourcentage de ceux qui se définissaient comme Russes ne dépassait pas 40%. De plus, dans les autres régions du sud-est (sauf la Crimée) on observe une population de 20% qui se déclarait ethniquement russe alors que 40% préférait déclarer le russe comme leur langue maternelle (Fournier 2002 :419). Ensuite, la langue russe est aussi majoritaire comme langue de communication quotidienne dans toutes les grandes villes comme Kiev où habitent, toutefois, beaucoup moins de Russes que d’Ukrainiens, ce qui explique qu’elle soit la langue maternelle pour à peu près 25% de la population seulement, selon les statistiques officielles. Et pourtant, elle demeure la langue de communication préférée pour 70% de ces habitants.5Par contre, l’ukrainien reste majoritaire comme la langue maternelle à l’ouest, centre et nord-centre, ainsi que dans les milieux ruraux. Cela veut dire que le clivage territorial certainement existe, mais la question est beaucoup plus complexe. Il faut prendre en compte aussi l’opposition des grandes villes et des villages, les différences parmi les groupes d’âges (les clivages intergénérationnels étant évidents lorsque l’on on observe que la plupart de personnes âgées s’expriment mieux en russe, alors que ceux qui ont moins de 20 ans aujourd’hui préfèrent généralement l’ukrainien et ceux qui ont autour de 40-50 ans sont plus souvent bilingues ou au moins s’expriment sans difficultés dans les deux langues), les foyers bilingues où le russe est à égalité avec l’ukrainien et qui représentent en 2011 autour de 20% de tous les foyers ukrainiens (ce chiffre est en train de diminuer en faveur de foyers monolingues), les ukrainiens russifiés et russophiles, ainsi que les raisons socio économiques qui seront aussi traités à part. Tout cela confirme qu’il n’est pas prudent de réduire la problématique linguistique à la fragmentation territoriale ou ethnique sans avoir la vue d’ensemble.

Argument linguistique

Il s’agit d’un argument qui met en relief l’entrelacement de la langue russe et de la langue ukrainienne qui entraîne logiquement d’importantes conséquences sur la langue ukrainienne, surtout étant donné que celle-ci fut russifiée à l’époque soviétique. Bien qu’il existe, d’un côté, des Ukrainiens qui considèrent l’ukrainien comme l’évolution pure de l’ancien slave oriental, affirmant que le russe est une forme vulgaire et déformée par le slavon, le biélorusse possédant trop d’influences baltes alors que le ruthène n’est même pas digne de rentrer dans la catégorie d’une langue, on a, de l’autre côté, certains Russes considérant l’ukrainien comme un dialecte « petit russien » contaminé par les Polonais (qui aussi considèrent parfois l’ukrainien comme un dialecte de polonais). Bien entendu, il s’agit toujours de raisonnements extrêmes et, d’un point de vue linguistique, ce sont toutes des langues fraternelles qui utilisent le même système d’écriture (cyrillique) et sont donc assez proches l’une de l’autre (Avioutski 2006 : 124, cité par Lefebvre). Si on rajoute l’absence de frontières claires, il n’est pas étonnant que l’ukrainien ait incorporé beaucoup d’éléments du russe, d’autant plus que l’ukrainien n’a pas été complètement normalisé et ce processus continue de nos jours. En effet, il y a aussi cette difficulté à définir une langue ukrainienne standard qui serait la langue littéraire issue de Kiev, incorporant plusieurs dialectes ukrainiens et des éléments de vocabulaire de la langue polonaise avec une orthographe et grammaire très influencé par le russe ainsi que de nombreux néologismes issus du russe (Truchlewski 2007). L’intrication de ces deux langues semble donc irréfutable et la standardisation de l’ukrainien n’étant toujours pas abouti, complique le problème de dissociation.

En raison de cette proximité linguistique avec le russe et l’absence de normes figées, les politiciens ont toujours mal à imposer l’ukrainien standard aux locuteurs, eux-mêmes étant la meilleure preuve de cela lorsqu’ils mènent leurs débats au parlement en sourjyk. En réalité, le sourjyk est le témoignage par excellence de cette dichotomie linguistique qui n’est pas exclusive à l’Ukraine, puisqu’on a le même phénomène en Biélorussie avec la trosianka. Le caractère fluctuant de la langue ukrainienne et sa forte interdépendance avec le russe est à l’origine de sourjyk, qui originalement était un terme désignant un mélange de céréales ayant une connotation péjorative (Bernsand 2001: 40) et a pris plus tard le sens métaphorique de « langue mélangée ». On parle ici d’un vrai enchevêtrement des langues russe et ukrainienne et reste à définir quelle langue exerce une influence sur l’autre : est-ce qu’il s’agit de l’ukrainien russifié ou plutôt de russe ukrainisé ? La réponse dépendra du point de vue politique que l’on adopte, mais, en restant dans l’argument linguistique, il n’est pas sans intérêt de constater que sourjyk lui-même ne constitue pas une occurrence figée. On aura presque tant de variantes différentes de « normes et lexique » comme de personnes mélangeant les deux langues car chacune aura son propre sourjyk. N’étant pas considéré comme une vraie langue, le sourjyk est en revanche, très répandu dans la société ukrainienne avec au moins 20% de la population qui l’utilise comme un moyen de communication non officielle, surtout dans les zones rurales et par les locuteurs moins cultivés (Bories 2014).

Comment peut-on donc mener une politique d’ukrainisation linguistique efficace lorsque le sourjyk, qui est déjà omniprésent et qui est vivement critiqué par les deux côtés, ne fait qu’augmenter en nombre de locuteurs qui sont souvent russophones à la base, et se voient obligés de passer à l’ukrainien pour les actes officiels? La réponse à cette question ne trouve pas de logique d’un point de vue linguistique, mais acquiert un sens depuis une perspective politique qui vise à dérussifier ; apparemment, même le sourjyk est perçu comme option de plus en plus préférable au russe (Seals 2010). Ainsi, cette pseudo langue n’est pas vraiment reconnue mais elle ne subit presque pas de critique non plus, le gouvernement ukrainien ayant peur de faire face à cet incident qui serait loin de contribuer à la construction nationale par la langue.

Argument politique

On vient de relever cet argument afin d’expliquer l’apparent contresens d’ukrainiser la société et notamment la communauté russophone pour renforcer l’union et le sentiment national au moyen d’une langue nationale. D’ailleurs, ce n’est pas la fusion nationale que l’on obtient comme résultat mais, au contraire, une croissante distanciation de la communauté russophone qui a par conséquence davantage de légitimité à croire dans l’idée d’un peuple opprimé même si cette idée est exagérée et pousée à l’extrême après. De cette manière, il est indubitable que la question linguistique et notamment l’ukrainisation linguistique passe au second plan. C’est ainsi l’ukrainisation politique qui prend le dessus car si on était vraiment concerné par la langue ukrainienne, on pourrait la renforcer et la normaliser, d’abord, tout en reconnaissant l’existence de sourjyk qui constitue une aberration linguistique et doit être abordée car elle empêche l’effervescence de l’ukrainien standard, qui devrait constituer le socle de tous les Ukrainiens (selon la rhétorique actuelle).

Par ailleurs, l’Ukraine a entrepris un chemin clair d’européanisation depuis l’indépendance, pas toujours au même rythme mais en suivant assidûment la même trajectoire. On a déjà remarqué comment cette voie de rapprochement avec l’UE et les EEUU s’était fortement accentué lors de la Révolution orange. En même temps, l’Ukraine cherchait à s’éloigner progressivement de la Russie et de la CEI en réduisant sa dépendance à ce bloc. Néanmoins, la Russie avait toujours représenté un fort partenaire économique et ce lien persiste même aujourd’hui malgré les nombreux désaccords et conflits entre les deux parties. Il paraît important dans telle situation de conserver de bons rapports entre les deux côtés et c’est là que la question linguistique sera encore une fois au cœur du débat politique. (Lefebvre 2007). D’une part, on a l’intérêt d’unifier l’Ukraine dans une entité forte et indépendante et la langue ukrainienne comme instrument de pouvoir national semble être un facteur très puissant pour cela d’autant plus qu’il permet de se distancier partiellement de la sphère d’influence russe. De l’autre, on adhère au Conseil de l’Europe en 1995, ce qui oblige à respecter certaines législations, notamment les lois de protections de minorités linguistiques et en même temps il faut aussi pacifier les russophones qui sont très nombreux et réactionnaires au processus d’ukrainisation forcée. Ce sont donc les considérations politiques avant tout qui vont mobiliser les négociations autour d’un nouvel projet de loi linguistique, un processus qui ne s’achèvera jusqu’à 2006 après plus de dix ans de conflits de coqs à la Verhovna Rada lorsque l’Ukraine va enfin ratifier la Charte européenne des langues régionales et minoritaires (Truchlewski 2007). Avec l’acceptation de cette Charte, l’Ukraine a décidé de reconnaître au total 13 autres groupes minoritaires chacun avec sa langue, mais ce qui nous intéresse ici, ce sont les conséquences sur la langue russe. L’effet immédiat chez les russophones concerne l’émergence d’une nouvelle cause qui consiste dans le renforcement de la langue russe en Ukraine, et qui est appuyée cette fois légalement par la Charte faisant référence notamment à la fonction culturelle de la langue (Stoumen 2014); c’est à dire, les russophones disposent pour la première fois depuis 1991 d’un argument légitime pour défendre et soutenir la langue russe comme un fait linguistique qui n’est pas forcément lié à une minorité ethnique, comme le prévoyait le gouvernement ukrainien auparavant. Il s’agit, sans aucun doute, d’un tournant avantageux pour la communauté russophone, d’autant plus que certaines administrations avaient aussi reconnu dès lors le russe comme « langue régionale ou seconde langue d’État à Kharkov, Louhansk ou Donetsk, entre autres » (Bories 2014).

Mais comment cette Charte fut-elle perçue par les nationalistes ukrainiens? S’il a fallu une dizaine d’années afin d’être partiellement acceptée au parlement, ce n’est pas que la décision n’ait pas provoqué de discordes ; cela montre en fait jusqu’à quel point les autorités ukrainiennes se sentaient peu unanimes sur la question mais aussi sa nature contradictoire avec l’esprit des droits qu’elle était censé défendre dans le cas de la langue russe.

Éclaircissons ce point afin que l’on puisse porter un jugement raisonné. La Constitution de 1996 était bien claire sur le statut de la langue ukrainienne que l’on n’oserait en aucun cas remettre en cause ici. Par ailleurs, le débat concernant les dispositions de la Charte porte sur le statut des langues minoritaires. C’est précisément sur le statut de la langue russe que l’on a peine à se mettre d’accord. Alors, après de nombreuses discussions et attentives évaluations de la Constitution, les experts se sont montrés favorables à une majeure représentation du russe en arrivant à la conclusion que la Charte n’était pas incompatible avec les lois linguistiques existantes et la Constitution en vigueur. En revanche, il y avait un détail crucial que cette Charte n’avait pas prévu pour le cas de la langue russe en Ukraine (Stoumen 2014). Le Conseil de l’Europe l’avait conçu pour protéger les langues minoritaires et on en trouve plusieurs en Ukraine, certes. Or, ce que l’on ne s’attendait surtout pas c’est qu’elle allait être utilisée un jour pour protéger une langue en théorie minoritaire mais de facto dominante sur la langue d’État qui, théoriquement, devrait être majoritaire (Truchlewski 2007). On a déjà évalué le nombre de locuteurs russophones ainsi que ceux qui sont russophones strictement Russes en termes ethniques, mais on n’a pas encore évoqué le nombre de personnes qui choisissent le russe comme langue d’usage préférentielle; ils sont toutefois très nombreux à le faire. Selon différentes statistiques conduites par organismes divers et dans les périodes variées, ce chiffre peut fluctuer mais n’est jamais inférieur à 50% dans l’ensemble du pays et peut atteindre des résultats facilement dépassant le 90% dans les régions où le russe est déjà majoritaire. Maintenant imaginons pour un instant ce même bilan si les deux langues étaient à l’égalité juridique ou au moins si le russe recevait vraiment la protection linguistique (culturelle, financière, etc.) qu’il mériterait en tant que « langue minoritaire ». Il ne faut pas être un prophète pour comprendre que la protection du russe en Ukraine, loin d’être une langue menacée même si elle est partiellement restreinte, entraînerait un affaiblissement progressif de la langue ukrainienne et ce serait tout un processus naturel qui finirait probablement par soumettre l’ukrainien encore une fois au russe. Se rajoute de plus le problème de l’édification nationale qui serait mise en péril puisque l’ukrainien est toujours considéré comme la pierre angulaire de la réussite de celle-ci, alors que la Charte a pour but de favoriser l’intégration des masses dans une société avec une large tradition étatique qui jouit déjà d’une fusion nationale, ce qui n’est pas du tout le cas dans l’Ukraine d’aujourd’hui. Par conséquent, les politiciens ont exploité cette amphibologie juridique jusqu’à un point de non-retour : les russophones ont commencé à exiger que l’on applique les mesures de protection prévu par la Charte et, bien évidemment, les nationalistes ukrainiens se sont rendus de plus en plus réactionnaires affirmant qu’il s’agissait d’une russification intolérable— des tensions politisées qui allaient se reproduire plus violement lors de l’entrée en vigueur de la loi de 2012.

Cette nouvelle loi sur les « principes fondamentaux de la politique linguistique de l’État » est entrée en vigueur le 10 août et avait été adopté par la Rada (avec une majorité pro-russe) un mois avant, d’après la proposition du Parti des régions sous la présidence de Viktor Ianoukovitch. Il est important de souligner qu’elle venait de substituer la loi sur les langues de 1989 et cherchait ainsi à transcrire en droit interne les principes de la Charte dont elle était conforme. Encore une fois, cette loi reconnaissait l’existence de langues de minorités et prônait vivement leur soutien. De surcroît, elle introduisait une nouveauté décisive qui pourrait théoriquement rendre possible l’élévation du russe au même statut que l’ukrainien dans les régions où résidaient au moins 10% de russophones. C’est ainsi que dans les mois qui ont suivi l’adoption de la loi, le russe a été déclaré « langue régionale » et de facto langue co-officielle dans les régions d’Odessa, Kharkov, Kherson, Louhansk, Donetsk, Sébastopol, entre autres (en plus des autres langues qui ont obtenu ce même statut dans les régions où elles étaient suffisamment représentées).6 La promulgation de cette loi renforçait notablement la position de la communauté russophone et énervait— sans aucun doute— « les nationaux-souverainistes » (terme utilisé par Mishlovska en 2007).

Ainsi, d’après Stoumen (2014),

« La mise en œuvre de ces dispositions est évidemment perçue par les nationaux-souverainistes comme un coup d’arrêt porté à la politique d’ukrainisation car elle priverait, selon eux, l’État des moyens juridiques d’imposer le fonctionnement de l’ukrainien dans les régions russophones ».

Il est raisonnable de supposer que malgré la bonne volonté de rendre justice à la situation de pluralité linguistique caractérisée par un vide légal ainsi qu’à l’étouffante pression de la population russophone, la précipitation avec laquelle le Parti de régions avait agi fut un acte peu concerté. Cela a déchaîné une polémique très forte car pour les Ukrainiens pro-européennes, accepter la langue russe dans une position de force rivalisant l’hégémonie de l’ukrainien dans la sphère publique équivalait à « avaliser et confirmer la russification de l’Ukraine entérinée par la domination russe puis soviétique » de la même façon que donner une suite juridique à la Charte de 2006 (Trichlewski 2007).

Enfin, comme c’est souvent le cas sur le plan politique en Ukraine, on a renversé radicalement la mesure linguistique instauré par la Verhovna Rada en 2012 pour la rendre invalide le 23 février 2014 par le même parlement mais cette-fois ci avec une majorité pro-ukrainienne et, de ce fait, explicitement antirusse. Le timing mérite une attention spéciale puisque l’abrogation de la loi de 2012 s’était effectuée immédiatement après la fin de l’Euromaïdan et le renversement du pouvoir (Gérard 2014). Telle décision spontanée et provocatrice n’a fait que jeter de l’huile sur le feu et fut ainsi la goutte d’eau qui a fait déborder le vase aux yeux de la communauté russophone. On connait déjà le résultat de cette action absolument inefficace et peu astucieuse : l’affaire de Crimée, mouvements séparatistes dans les régions de l’est déclenchant la guerre au Donbass qui n’a toujours pas connu sa fin— et il faudrait être très naïf pour croire que le statu quo basculera d’une manière positive bientôt si rien ne change dans la politique ukrainienne, notamment dans son approche actuelle envers la communauté russophone—. Autrement, les incessants bouleversements politiques entourant la question de la langue russe, continueront à favoriser cette polarisation obligeant les russophones à se mobiliser même s’ils n’ont aucun intérêt dans la politique— pour certains il s’agirait d’une question de principe.

Malheureusement, comme si l’ambiance n’était déjà pas suffisamment survoltée, la politique d’ukrainisation s’est poursuivie avec encore plus de sévérité sous la présidence de Porochenko. L’argument d’ukrainisation pour renforcer la fragile identité nationale ukrainienne, toujours utilisé en Ukraine aujourd’hui, ne peut pas justifier lui-même la poursuite de telle politique dans un contexte de guerre contre les séparatistes anticentristes (en théorie contre la Russie mais cette formule n’est jamais officiellement présentée ainsi et la guerre n’est pas déclarée contre la Russie) qui ne reconnaissent pas le nouveau régime de Kiev. Il faut chercher l’explication à ce paradoxe plutôt dans l’enjeu politique, un enjeu de pouvoir. On est donc face à une arme à double tranchant : celle du renforcement de la « nation » qui plait à une grande partie de la population et celle du pouvoir politique qui se sert de la question linguistique et manipule l’opinion publique comme un cobaye afin d’attirer les votes et l’appui électoral. En effet, ni les politiciens dits pro-russes ni ceux dits nationalistes ou pro-européens n’ont jamais agi en Ukraine conformément à leures « strictes convictions » répondant aux préoccupations et considérations linguistiques du peuple ukrainien, mais plutôt en fonction de leurs propres intérêts, très souvent entremêlant dans les aspirations de nationalistes et les affaires économiques (qui ont beaucoup à voir avec les oligarques Russes ukrainiens). D’après l’article de Bories (2014),

La question linguistique devient un enjeu de pouvoir, qui est mobilisé aussi bien par les partisans du russe que de l’ukrainien, et indépendamment de leur langue maternelle ou de leur allégeance politique. Des membres de partis opposés politiquement ont pu se retrouver à défendre le russe car leurs intérêts locaux sont en jeu (…) et vice versa.

Cet article explique comment la question linguistique est politiquement exploitée et cite plusieurs noms comme Ioulia Timochenko et Vitali Klitschko qui étaient les anciens opposants de Viktor Ianoukovitch. Ils sont généralement présentés comme défenseurs de la démocratie ukrainienne et, par conséquent, de la langue ukrainienne, alors que les deux s’expriment plus naturellement en russe et jouissent d’une large histoire de corruption. En revanche, Viktor Ianoukovitch est normalement perçu comme quelqu’un de pro-russe et, par extension, défenseur de la communauté russophone alors que l’on sait aujourd’hui qu’il était tout d’abord allié de ses propres intérêts et jonglait facilement entre les deux côtés (pro-européen et pro-russe) à sa convenance. L’oligarchie est aussi un cas particulier et très puissant lorsqu’elle intervient dans la question linguistique quand cela l’intéresse, mais l’extension de cette dissertation ne permet pas l’approfondissement dont mérite cet acteur.

En fin de compte, il semble impératif de discuter sur la récente loi sur l’enseignement, adoptée par la Verhovna Rada le 5 septembre 2017 et promulguée par le président ukrainien le 26 septembre sans aucune considération pour les droits de minorités. Cette loi a provoqué une crise sans précédent parce qu’elle a touché toutes les minorités linguistiques habitant en Ukraine, même si le vrai but n’était à la base que de faire reculer les aspirations de la communauté russophone et la priver du droit à la scolarisation en langue maternelle, ce qui d’ailleurs entre en contradiction avec la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (Vitkine 2017).

Selon le texte de la loi qui devra entrer en vigueur en 2018 et s’appliquer à 100% dès 2020, l’enseignement aux écoles ukrainiennes, que celles-ci soient publiques ou privées, devrait être dispensé uniquement en ukrainien, sauf quelques matières comme la langue ou la littérature (Ibid.). D’après le rapport du 10 octobre 2017 de l’Assemblé parlementaire7, la loi permettra, toutefois, de suivre certaines matières dans des langues « natives ou de l’Union européenne », mais cela exclut définitivement le russe, d’abord à l’école primaire, et ensuite dans l’enseignement secondaire et supérieur en 2020. Les tensions autour de cette discrimination ont déjà éclaté, notamment en Roumanie et en Hongrie, en plus de la Russie. Ce faisant, les minorités linguistiques et les États qui se positionnent comme défenseurs des intérêts de ces minorités en Ukraine ainsi que le Conseil de l’Europe et l’OSCE sont directement concernées par le comportement du gouvernement ukrainien et un nouveau jeu politique vient de commencer. Quel que soit le résultat, la politique d’ukrainisation a été manifestement poussée trop loin et la communauté russophone rencontre des alliés stratégiques dans la lutte contre l’hégémonie de la langue ukrainienne. Par ailleurs, elle est soutenue par la Russie qui peut et souhaite jouer désormais plus que jamais la carte de la « mère protectrice » de ses enfants russophones (même s’ils ne sont pas tous Russes).

Ayant évalué l’argument politique, peut-on toujours affirmer que l’ukrainisation vise à unifier tous les citoyens de l’Ukraine plutôt qu’alimenter le clivage déjà presque irrémédiable ?

Argument statistique

Les statistiques constituent en règle générale un moyen efficace pour illustrer une réalité donnée. Or, dans le cas de l’Ukraine et particulièrement dans le cas des données concernant la réalité linguistique, il faut porter une attention spécialement méticuleuse aux critères sur lesquels ces données se basent afin de ne pas se laisser induire en erreur. Ce n’est plus autant une méfiance vis-à-vis de la légitimité des statistiques récoltées dans le sens de manipulation ou falsification— si on est plus pessimiste— par les autorités et organismes compétents. C’est plutôt leur pertinence au gré de jugements des personnes interrogées qui est remise en question. Ainsi, peut-on considérer comme absolument fiables les réponses des répondants déclarant leur ethnie ou langue maternelle, que ce soit l’ukrainien ou le russe, sachant qu’un État ukrainien présuppose que ses citoyens se sentent à la base surtout Ukrainiens et qu’ils déclarent donc davantage l’ukrainien qui est la langue d’État comme leur langue maternelle ? Ce que l’on doit remettre en cause ici c’est l’allégeance à la « patrie » contre l’identification ethnique ou linguistique car parfois la première peut interférer avec la deuxième et cela peut se produire même d’une forme inconsciente. D’autre part, il paraît prudent de se méfier ou au moins de ne pas partir du fait que les réponses de sondés sont un miroir de la société puisque la conjoncture ukrainienne est véritablement complexe. En guise d’exemple, prenons l’enquête réalisée par l’Institut international de sociologie de Kiev en 2003 qui montre le suivant (Kmelko cité par Stoumen 2014):

« Lorsque le questionnaire laisse la possibilité de choisir plus d’une langue maternelle, 12,4 % des personnes interrogées optent pour cette solution (…) et lorsque la possibilité de se déclarer bi-ethnique est aménagée (…), la composition ethnique de l’Ukraine change singulièrement avec 63 % d’Ukrainiens (contre 78 % selon les données officielles), 10 % de Russes (contre 17 %) et 22,5 % de bi-ethniques ».

En raison de cela, il est sensé de rappeler que les statistiques officielles que l’on avait obtenues lors du recensement de 2001 (le seul de ce type à l’échelle nationale) étaient formulées sur la base d’une riposte à une question éminemment politique qui présumait une idiosyncrasie monolingue et monoethnique de la société ukrainienne. Or, on vient de corroborer le contraire : la société fait preuve « d’hybridation linguistique et culturelle ». De plus, elle est habituée à la cohabitation des deux langues qui se superposent. D’après l’étude du Research & Branding Group (ONG ukrainienne) conduite en 2011, « la langue utilisée dans la vie quotidienne était à 47 % l’ukrainien, à 37 % le russe et à 15 % les deux » (Bories 2014).

L’Institut international de sociologie de Kiev a publié ensuite de nouveaux résultats en 2006 sur la langue de préférence des sondés. Le nombre de répondants optant pour la langue russe avait dépassé toutes les expectatives. Ce furent 99% d’Ukrainiens dans l’oblast de Louhansk, 96,8% dans l’oblast de Donetsk, 95,6% dans la République autonome de Crimée, 87,4% dans l’oblast de Kharkov, 84,6% dans l’oblast d’Odessa et 79,7% dans l’oblast de Dnipropetrovsk (Polonsky 2016).

Encore un témoignage de l’ambigüité des données recueillies émane des résultats du sondage Gallup Poll de Gallup Organization8, conduit en 2008, où on s’aperçoit que 83% des Ukrainiens préfèrent répondre à l’enquête en russe. Il est bien clair que la nature des questions posées n’ayant rien à voir avec la langue ni la politique est un facteur à prendre en compte ; autrement, un grand nombre de personnes interrogées auraient choisi sûrement de répondre dans la langue nationale.

À ce titre, il serait abruti de négliger la réalité factuelle du bilinguisme ou encore le phénomène de code-switching où on passe d’une langue à l’autre— des fois sans s’en rendre compte— sans que cela entraîne des difficultés notables. Oui, le clivage ethnolinguistique et géographique ouest-centre versus sud-est existe mais ce dont les statistiques démographiques ne rendent pas compte c’est du fait que la plupart des Ukrainiens « jonglent entre les deux langues en fonction des circonstances » (Le Parisien: 2016).

Conclusion

Après une analyse exhaustive de la situation linguistique, notamment de la communauté russophone en Ukraine, il convient de réitérer que le projet sur lequel l’État ukrainien essaye d’édifier une nation est inefficace. L’idéologie linguistique « patriotique » qui définit la langue nationale comme « l’âme de la nation et de la mentalité nationale » jugeant le bilinguisme de fait comme nuisible et menaçant pour l’édification nationale (Lefebvre 2007) conduit à la « politique décolonisatrice d’action affirmative » (Bonnard 2007, cité par Lefebvre). Cette politique simultanée de dé-russification radicale et d’ukrainisation forcée a eu pour effet le clivage de la population ukrainienne et a aggravé les tensions sociopolitiques internes et, plus récemment, externes avec les pays voisins, notamment avec la Russie.

On arrive donc à une situation paradoxale puisque le jeune État ukrainien tente de s’imposer comme une nation distincte et considère l’ukrainien comme un élément clef pour la réussite de cet objectif. En même temps, il prétend rattacher toutes ses ethnies et communautés linguistiques à la cause commune tout en suivant les directrices de l’UE vers laquelle il cherche à se rapprocher se considérant un État démocratique de droit. À cet égard, on est face au double dilemme : aspiration nationaliste homogénéiste (également appelée par certains auteurs comme « moniste »), d’un côté, et assimilation pluraliste englobant les intérêts de tous les citoyens ukrainiens, d’un autre. Ainsi, la grande question est comment construire l’identité ukrainienne sans, toutefois, discriminer la communauté russophone et, inversement, comment veiller au respect de la langue russe sans défavoriser en même temps la langue ukrainienne ?

Résoudre une telle dialectique n’est pas du tout simple car la bonne foi d’un point de vue linguistique est absolument insuffisante. Afin de réconcilier les pôles opposés, il faudrait surtout de la volonté politique qui s’inspirerait de la vraie bienveillance pour les droits linguistiques faisant preuve de respect au plurilinguisme et bilinguisme de fait et, à la fois, d’un intérêt réel pour la promotion de la langue ukrainienne qui implique forcément le dévoilement des stéréotypes négatifs concernant l’image d’une langue rurale utilisée par les paysans (beaucoup de citadins le pensent encore, surtout dans la partie russophone) ainsi que par les nationalistes radicaux. Il n’est pas donc étrange qu’aucune politique menée jusqu’à présent n’ait réussi à accomplir ni l’un ni l’autre de ces objectifs, qui semblent à première vue contradictoires, mais sont en fait cruciaux pour la survie de l’État ukrainien à long terme. Le paradigme pluraliste peut favoriser ainsi la construction nationale sans détruire la langue ukrainienne si elle est suffisamment encouragée culturellement.

Or, comme fait remarquer Kulyk (2010 : 4, cité par Stoumen 2014),

« La prise en compte des aspirations minoritaires, leur modulation, repose avant tout sur la pertinence de l’évaluation. Les catégories usuellement employées par les démographes, désignations ethnoculturelles ou indice de langue maternelle, voient leur caractère conventionnel révélé par le contexte postsoviétique »

On insiste donc sur l’importance de se tenir à une vue d’ensemble et de ne pas juxtaposer la communauté russophone à la communauté de Russes ethniques qui habitent en Ukraine ni renoncer à ceux qui utilisent cette langue comme moyen de communication préféré (même s’ils ne considèrent pas le russe comme leur langue maternelle) parce que cela rende une image fallacieuse qui illustre la portée de la langue russe comme étant très limitée, ce qui n’est pas le cas en l’occurrence. En tenant compte de ceci, on arrive à une autre conclusion corroborant la thèse initiale : les russophones— entendu comme un groupe qui utilise la langue russe quotidiennement sans que cela entraîne des difficultés particulières, semblable à celles que l’on exprime lorsque l’on parle une langue étrangère— ne sont pas minoritaires en Ukraine. De plus, ils font partie intégrale de la population fonctionnelle tout comme les ukrainophones, et ont parfois même plus de poids que ces derniers dans certains domaines comme celui de la presse et, jusqu’à récemment, celui de la télévision et de la radio— qui depuis juin 2017 sont censés diffuser le 75% du contenu en ukrainien (Vitkine 2017).

Pourtant, si les deux langues ne cessent toujours pas de rivaliser mais aussi de cohabiter et continuent ainsi à dominer dans la sphère linguistique en Ukraine, ne serait-il pas plus prudent d’appliquer une approche politique équilibrée de la question linguistique? Si on admet que la société est davantage bilingue et souvent sourjykophone plutôt que strictement ukrainophone ou russophone, comment peut-on « privilégier l’une des langues au détriment de l’autre (…) si, ce faisant, on introduirait un déséquilibre qui effriterait le fragile statu quo sur lequel se sont construits l’État et la nation ukrainienne depuis la chute de l’URSS » (Truchlewski 2007) ? Il paraît que la manière la plus juste et diplomatique consisterait dans la quête d’une solution qui ne rendrait ni le russe ni l’ukrainien exclusif l’un de l’autre, sinon le renforcement du bilinguisme et de la cohabitation des deux langues. Les nationalistes ukrainiens seront certainement très réactionnaires à cette proposition car ils considèrent que seule une politique d’ukrainisation est à même de résoudre le problème d’intégration nationale. Or, on peut supposer que ce seront les acteurs externes, notamment le Conseil de l’Europe, qui veille à la protection des langues minoritaires et régionales, les pays de l’UE partageant les langues parlées en Ukraine (Roumanie, Hongrie, Moldavie, Pologne, etc.), et la pression de la Russie, qui ne lâchera point sur l’aspect de la discrimination de la communauté russophone, qui obligeront d’une manière ou l’autre à corriger la politique linguistique de l’État ukrainien. Il est ainsi dans l’intérêt de l’Ukraine de ne provoquer inutilement ni Bruxelles ni Moscou et redéfinir la stratégie pour son épreuve décisive toujours échouée : l’édification nationale.

Une nouvelle approche, tenant compte de la diversité culturelle et linguistique, doit être conçue pour que l’Ukraine puisse être fondée sur la base d’une nation civique de citoyens qui se rattachent par un consensus politique à l’État ukrainien. Dans le cas de la communauté russophone, il serait désirable d’arriver à un compromis entre les principales parties de la société ukrainienne: les Ukrainiens ukrainophones, les Ukrainiens russophones, les Russes russophones et les bilingues. Une possibilité serait restituer le russe comme (au moins) langue régionale et permettre aux russophones d’accéder aux écoles russes s’ils le souhaitent tout en même temps rendant l’ukrainien plus attractif et normalisant définitivement la grammaire sans oublier sa promotion culturelle (mais pas un endoctrinement forcé) ainsi que la lutte contre le sourjyk.

Par ailleurs, il semble pour le moins intéressant de faire allusion aux États déjà définis et dont on ne remet pas en cause une intégration étatique réussie— dans une plus ou moins large mesure— nationale, malgré le fait que plusieurs langues s’y trouvent en concurrence ou en cohabitation. C’est le cas de l’Afrique du Sud, la Belgique, le Luxembourg, le Canada, la Suisse, la Finlande et même les États Unis qui n’ont jamais ressenti le besoin d’avoir une langue officielle ni nationale (alors que l’anglais exécute cette fonction de facto). Pour ne pas aller si loin et rester dans l’espace qui concerne le bloc soviétique avec l’exemple de la langue russe, plusieurs républiques ont d’ailleurs octroyé au russe le statut de langue officielle, comme la Biélorussie, le Kazakhstan ou le Kirghizistan sans que cela entraîne des conflits interethniques ni cause une désintégration et polarisation de la société. Certes, dans le cas de certains pays comme la Belgique ou les États-Unis on trouve aussi de mouvements sécessionnistes et d’autres conflits internes, mais on n’oserait pas dire que c’est la question linguistique qui y joue un rôle crucial; en tout cas, on ne se pose pas la question d’interdire le français en Belgique étant donné sa proximité avec la France. Pourtant, les nationalistes ukrainiens évoquent parfois cet argument pour valider la discrimination de la communauté russophone à l’est de l’Ukraine du fait de sa dangereuse proximité avec la Russie. En ce qui concerne les trois républiques ex-soviétiques où le russe est à égalité juridique avec les langues nationales, on y trouve aussi un grand nombre de problèmes, notamment la difficile quête d’une identité nationale, surtout dans le cas de la Biélorussie. Or, la langue n’est de loin un facteur décisif qui empêche de constituer un État fort et consolider la souveraineté nationale ; les raisons sociales, économiques et politiques constituent, par exemple, un enjeu beaucoup plus puissant qui se traduit par un véritable défi. Dans le cas de l’Ukraine, ce sont plus ou moins les mêmes enjeux qui devraient être à l’ordre du jour car ils forment le prérequis d’un État sain et fort. Jusqu’à là, il semble pour le moins hypocrite d’insister autant sur la question linguistique comme étant à l’origine de l’échec de l’édification nationale, alors que les personnes ordinaires ont du mal à arriver à la fin du mois. En effet, exprimer d’avoir faim en russe ou ukrainien ou dans une autre langue n’améliore pas la situation des Ukrainiens et le sentiment d’intégration nationale n’est renforcé que par la souffrance collective. On peut affirmer ainsi que la plupart des Ukrainiens ukrainophones, russophones ou bilingues ont d’autres chats à fouetter que de se bagarrer entre eux par des raisons linguistiques.

Enfin, dû à la complexité de la conjoncture actuelle défavorable à la construction identitaire ukrainienne où la communauté russophone joue une place centrale, il vaut la peine de rappeler que l’hétérogénéité linguistique n’empêche pas de se sentir Ukrainien ; la méfiance vis-à-vis de la politique centraliste d’ukrainisation, oui. Pour l’Ukraine démocratique, la voie de sortie de l’enfer où elle se trouve en ce moment doit se pencher, entre autres, sur la fondation d’une société civique de droit où la diversité linguistique (mais aussi religieuse, culturelle et ethnique) serait sa force unificatrice (et pas à l’envers) dont le locomoteur pourrait être formé par une coalition des communautés ukrainophone et russophone. Or, avec chaque jour qui passe, la guerre se prolonge et l’espoir d’un tel élan s’estompe.

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2 Ibid.

3 Leclerc, Jacques. « Constitution du 28 juin 1996» dans L’aménagement
linguistique dans le monde
 2015. http://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/ukraine-constitution-1996.htm.

4 Recensement de 2001.

5 Sondage de l’Institut International de Sociologie de Kiev (КМІС en Ukrainien).

6 Leclerc, Jacques. « Loi ukrainienne sur la politique linguistique de l’État, n° 5029-VI » dans L’aménagement linguistique dans le monde 2015. http://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/ukraine-loi-lng-2012.htm.

7 Rapport de la Commission de la culture, de la science, de l’éducation et des médias.

8 Entreprise de sondages états-unienne connu en Europe grâce aux sondages Flash Eurobaromètres de la Commission européenne.