SOMMAIRE

I. Héritage soviétique et interdépendances

a- La Biélorussie au sortir de l’Union Soviétique jusqu’au traité de l’Union Biélorussie-Russie

b- La dépendance économique, énergétique et stratégique

II. Le repositionnement de la Biélorussie après l’annexion de la Crimée

a. En politique intérieure

b. En politique extérieure

III. Perspectives, marges de manœuvre et évolutions des relations bilatérales

a. La crise ukrainienne : piège ou aubaine pour la Biélorussie ?

b. Les marges de manoeuvre de Minsk limitées par une perception russe redéfinie ?

By CGP – Geneva

Du plus haut niveau de vie de l’URSS au « pays fantôme »

Indépendante depuis le 25 août 1991, à la suite de la sécession ukrainienne d’avec l’URSS, la Biélorussie connaît une crise économique sans précédent au début des années 1990 et semble « aussi dévastée qu’au sortir d’une guerre ».1 alors qu’à l’époque soviétique, le pays avait bénéficié, dans les années 1980, de l’un des plus hauts niveaux de vie en URSS2. Le « pays fantôme », ainsi dénommé par les observateurs internationaux, n’aurait eu d’autres choix, selon ces derniers, que la transition vers l’économie de marché, comme les autres pays d’ex-URSS ou le retour vers la Russie, dont les habitants partagent majoritairement la langue3. Dès l’indépendance, principalement adoptée « par mimétisme »4, la « Vendée de la perestroïka »5 se dit prête à soutenir une union rénovée des Etats socialistes souverains. La brève transition démocratique et économique, accompagnée d’une  biélorussisation 6 de la vie publique, sera de courte durée.

Alexandre Loukachenko accède au pouvoir en 19947 sur une plate forme populiste, en mettant l’accent sur les conséquences négatives du démembrement de l’URSS, dont la profonde crise économique et sociale que le pays traverse, et en laissant les discours de reconstruction de l’identité nationale détruite par le régime soviétique, à ses adversaires. La promesse au peuple de « pain et de saucisson » l’emporte sur les considérations culturelles et la réhabilitation de la langue. A. Loukachenko reprend le programme de son prédécesseur V. Kebitch pour une intégration économique de la Biélorussie à la Russie et instaure un pouvoir fort à la tête du pays. Fortement intégrée dans l’espace soviétique, l’économie biélorusse est restée dépendante des échanges avec les pays de la CEI et particulièrement de la Russie (importations de matières premières et exportations de produits finis). A partir de 1995, les accords bilatéraux économiques avec la Russie (instauration d’une union douanière), énergétiques (prix sur le gaz russe) et militaires se succèdent et seront traitées dans la première partie de cette analyse. Cette interdépendance, marquée par une série de crises entre les deux pays « frères » dans les années 2000, le piétinement biélorusse dans le processus d’intégration (traité signé en 1999 par les deux pays) apparaîtront comme les prémices d’une prise de distance avec la Russie, jusqu’à l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, élément accélérateur d’un repositionnement politique interne et externe de la Biélorussie. Ces facteurs profondément marquants pour la jeune république et les conséquences pour Minsk seront analysées dans la seconde partie.

Les perspectives offertes par ce repositionnement ouvrent assurément de nouvelles voies à un pouvoir longtemps laissé aux marges de l’Europe, ce qui ne semble pas échapper à son leader. Toutefois, les relations interdépendantes du couple Biélorussie/Russie ne sauraient évoluer sans bouger le cadre, au risque de froisser Moscou. Quelles seraient alors les limites à ne pas franchir dans un contexte international troublé ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire d’analyser la perception russe du repositionnement de Minsk et d’un éventuel changement ou adaptation du côté de Moscou, jusqu’aux dernières rencontres entres les deux leaders. Les nouvelles voies prises par Loukachenko pourraient-elles être perçues comme une menace touchant ainsi directement la sphère d’influence russe que Moscou souhaite regagner ? Une tentative d’analyse sera proposée dans la troisième partie du présent travail.

I. Héritage soviétique et interdépendances

a- La Biélorussie au sortir de l’Union Soviétique jusqu’au traité de l’Union Biélorussie-Russie

Ayant reçu l’indépendance pratiquement contre son gré, la Biélorussie, dont l’identité collective, sur la base de l’héritage kiévien, est fortement ancrée dans une « trinité de nations »8 (Russes, Ukrainiens, Biélorusses) élit comme premier Président Stanislas Chouchkevitch le 25 août 1991 . Nationaliste modéré, il poursuit une politique d’affirmation nationale tout en composant avec les communistes qui occupent encore les structures du pouvoir, opposés à un rapprochement avec la Russie alors en pleine réforme libérale radicale. En janvier 1994, Chouchkevitch est contraint de ratifier la Charte de la CEI et le traité de Sécurité Collective, traités auxquels il s’était opposé, sous la pression d’une Russie désireuse de réintégrer son « proche étranger ».9

L’effondrement économique et social général10 que traverse la Biélorussie au début de la décennie 1990 profite à Loukachenko, ancien responsable de sovkhoze11, élu en 1994, sur un discours de dénonciation de la corruption des anciennes élites communistes ainsi que sur la rhétorique populiste de la cause pan-slaviste12. Les premières années de la présidence de Loukachenko sont marquées par la réhabilitation de l’historiographie soviétique13, la critique du nationalisme extrémiste, et de l’anti-soviétisme qui avait dominé la période précedente14. Ainsi, le premier mandat de Loukachenko fut tourné vers le développement des relations avec la Russie. Entre 1990 et 1995, le pays, économiquement à genoux, voit alors son PNB chuter de 35% , sa production industrielle de 39%, les investissements de 61% et les revenus de la population de 39 %15. A cela s’ajoute une inflation galopante, plaçant ainsi le pays dans une situation socialement explosive. Mais bien qu’exsangue, l’économie biélorusse des années 1990, comparée à celle des autres pays de l’ex-URSS, ne fait pas partie des cas les plus dramatiques16. Toutefois, la priorité pour le nouveau président est de rétablir une sécurité économique, en mettant en place une politique sociale et économique garante de stabilité, dans la continuité soviétique et en restreignant parallèlement les libertés fondamentales et le pluralisme politique. République soviétique la plus dépendante des exportations (80 % de sa production industrielle) et des approvisionnements en matières premières (énergie), la Biélorussie est surnommée « l’usine d’assemblage » de l’Union Soviétique. De ce fait, le pays hérite d’une économie lourdement dépendante des pays de l’ex-URSS, principalement de la Russie et d’une élite économique incapable de s’adapter aux changements .17 En 1993, la Biélorussie intègre la nouvelle Union économique de la CEI sans qu’un changement notable ne s’opère sur l’état de son économie, qui paye cher le démantèlement du complexe industriel soviétique et l’alignement des prix des exportations énergétiques russes au niveau des cours internationaux, rendant ainsi les produits manufacturiers biélorusses de moins en moins compétitifs.18 Le modèle économique choisi, bien que n’étant plus celui de commandement de type soviétique est toutefois marqué par une capacité d’intervention de l’État, considérable. Le deuxième socle fut de maintenir des liens étroits avec la Russie, probablement moins pour des raisons idéologiques que pragmatiques. Dans ses relations avec la Russie, et en amont de la signature du traité de l’Union en 1999, deux objectifs complémentaires ont été poursuivis par la Biélorussie : continuer à obtenir des prix avantageux sur les approvisionnements énergétiques (calqués sur les prix internes russes) et garder le libre accès du marché russe pour les productions industrielles biélorusses, en privilégiant la coopération des industries de transformation des deux pays (matériels de transport et agriculture, chimie, etc.).19La situation géographique et stratégique de la Biélorussie, entre la Russie et l’Europe, explique aussi le tropisme russe dans l’économie biélorusse20. En 1995, en échange de l’utilisation gratuite pour la Russie de bases militaires biélorusses, pour une période de vingt cinq ans, Loukachenko négocie une série d’accords sur la formation d’une union douanière permettant l’importation de pétrole et de gaz russe en deçà des cours internationaux. Ces accords douaniers permettront la création de la Communauté économique eurasiatique en octobre 2000.

La sécurité de ces échanges, garantissant alors la stabilité économique et politique de la Biélorussie, au sortir de l’Union Soviétique, semble avoir été essentielle pour le président Loukachenko. Deux traités signés en avril 1996 et avril 1997 entre les deux pays, et portant sur une « communauté » puis sur une « union » ouvrent la voie sur un projet plus ambitieux « d’État unifié », signé en décembre 1999. Mais malgré la médiatisation autour de l’événement, le projet semble d’avantage avoir été une « mise en scène destinée essentiellement à marquer des points dans l’arène politique domestique » russe21. La création d’une « Communauté des républiques souveraines » avec une Biélorussie désireuse de reconstruire les relations avec une Russie ayant perdu son statut de grande puissance arrivait à point nommé pour le président russe, Boris Eltsine, politiquement affaibli. Les premiers traités garantissaient l’indépendance et les symboles nationaux des deux pays, prévoyaient la création de nouveaux organes22 composés de représentants des Etats membres, un programme d’alignement des politiques étrangères et des réformes économiques, l’unification des secteurs de l’énergie et des transports et une monnaie unique à la fin de 1997. Mais ni les modifications des traités, ni les changements à la présidence de la Russie, les périodes d’accélérations des pourparlers ou les piétinements successifs de ces vingt dernières années n’apporteront une réalisation concrète à ce projet. La conception et l’interprétation respective de la souveraineté de cette « fédération » reste une pierre d’achoppement et une source de tension pour les deux chefs d’État, encore aujourd’hui.

b- La dépendance économique, énergétique et stratégique

Au gré des multiples accords post-soviétiques négociés, non sans tensions23, ultimatum et pressions entre une Biélorussie souhaitant préserver sa souveraineté mais multi dépendante et une Russie affaiblie, craignant de voir s’éloigner son « proche étranger » vers l’Union Européenne, les relations devinrent tendues entre les deux pays. Aujourd’hui, les dépendances héritées de l’ère soviétique et post-soviétique perdurent dans de nombreux domaines, tout en suivant les évolutions politiques et économiques des deux pays et font de la Russie, le partenaire principal24 du régime de Loukachenko.

Politiquement liés par le traité de l’Union, avec ses propres institutions établissant, entre autres, des coordinations bilatérales en politique extérieure ou sécuritaire, les deux pays partagent des espaces économiques communs, commerciaux, douaniers, juridiques, humanitaires et culturels.25La dépendance d’avec la Russie s’accompagne également de subventions indirectes, telles que des crédits annuels de stabilisation. La Russie a par exemple accordé un crédit de 10 milliards de dollars en 2010 pour la construction de la première centrale nucléaire de Biélorussie, à Ostrovets. Des tarifs préférentiels pour les livraisons des hydrocarbures, pour un montant de plus de 80 milliards de dollars entre 2002 et 2015 et les ressources énergétiques russes bon marché assurent à la Biélorussie un soutien russe continu. L’intérêt pour la Russie de telles mesures, outre un moyen de pression qu’elle utilise régulièrement, peut être expliqué, comme Ioulia Shukan le souligne, par la crainte de Moscou de voir s’étendre à la Biélorussie, les révolutions de couleur pro-occidentales ainsi que l’expansion de l’OTAN. En contrepartie d’un tel soutien, la Russie obtient à partir de 2007, le réseau des gazoducs de Biélorussie.26

Les partenariats en terme de défense et de sécurité, outre l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) signée en 199227, se sont multipliés à partir des années 2000, suite à l’entrée de la Pologne dans l’OTAN puis des pays baltes en 2004 et sont de nouveaux d’actualité avec le déploiement de la défense antimissile américaine en Europe de l’Est (Roumanie en 2015 et Pologne reporté à 2020), perçue comme menaçant pour la capacité de dissuasion stratégique russe.

Enfin, les exercices militaires communs (Zapad) et le dispositif russo-biélorusse de défense aérienne, élaboré en 2009 puis signé en 2012, sous la pression de Minsk pour obtenir le contrôle de ses propres éléments du dispositif, et un groupement interarmées confèrent aux relations stratégiques bilatérales une interdépendance, qu’il serait possible de voir limitée sous une forme purement théorique : rien ne semble avoir apporté de nouveau à la coopération militaire précédente. Il semblerait que l’annonce d’une défense aérienne commune ait été dessinée pour affaiblir la résistance de Minsk face à l’installation d’une base aérienne militaire russe sur son territoire.28

I. Le repositionnement politique de la Biélorussie après l’annexion de la Crimée

La crise ukrainienne, qui a débuté avec le mouvement du Maïdan de 2013-2014, puis suivi par l’annexion de la Crimée quelques mois plus tard et le conflit armé dans le Donbass, a posé de nouveaux défis au régime de Loukachenko et ouvert de nouvelles perspectives, tant en politique intérieure qu’extérieure. L’effet de surprise du tournant pris par la politique extérieure russe29, a placé la Biélorussie, Etat plus fort et plus centralisé que l’Ukraine, dans une position délicate face à Kiev, son troisième partenaire commercial après la Russie, et Moscou. Des mesures de consolidations étatiques afin de raffermir le pouvoir en place ont été rapidement mises en place, accompagnées d’ un positionnement international de « neutralité ambiguë »30 envers les parties en conflit.

a. Politique intérieure

Bien qu’ayant condamné indirectement et de façon habile l’annexion de la Crimée en déclarant : « it is unacceptable that one country took part of the territory of another country, violated its territorial integrity »31, Loukachenko reconnaissait que « La Crimée était de facto un territoire russe, qu’on le veuille ou non » à la fin du mois de mars 2014.32Si à première vue, les événements du Maïdan pouvait inquiéter le pouvoir de Minsk, qui avait dû faire face à des protestations de masse en 2006 et 2010, après les élections présidentielles, il est fort possible que l’autre grande crainte du pouvoir fut de voir la même procédure d’annexion « pour la protection des russophones » et des techniques de conflit asymétrique33 appliquée à la Biélorussie comme cela avait été le cas pour la Crimée et le Donbass. Le mythe soviétique des « peuples frères » russe, biélorusse et ukrainien volait ainsi en éclat et la méfiance des dirigeants biélorusses vis à vis de Moscou34 leur fit prendre certaines mesures que l’on peut analyser comme une tentative pour limiter l’influence russe en Biélorussie, tout en ménageant les relations avec Moscou et sans remettre en cause ses intérêts en Biélorussie.

La nouvelle doctrine militaire, en vigueur depuis juillet 2016, met tout particulièrement l’accent sur les nouvelles menaces de guerres dites « non conventionnelles » ou « asymétriques », (voir note 32), en perfectionnant les tactiques contre insurrectionnelles des services de sécurité et de l’armée, les équipements et les effectifs.35 Un renforcement des frontières avec la Russie et l’Ukraine est également mentionné.36 Toutefois, malgré la part importante attribuée aux dangers asymétriques qui peuvent menacer le pays (sans que la Russie ne soit évoquée mais l’impression demeure qu’elle pourrait faire partie des puissances occidentales accusées de fomenter une révolution de couleur dans le pays37), « le renforcement du système de la défense collective avec la Fédération de Russie dans le cadre de l’État unifié Russie-Biélorussie » est fixé comme priorité de la doctrine. De même, la modernisation de l’armée face à la présence grandissante de l’OTAN aux frontières proche de la Biélorussie et notamment en Pologne est une menace présentée comme prioritaire par le ministre de la Défense38 (et analysée comme l’influence de Moscou par Anne Applebaum dans le Washington Post)39. Le refus du pouvoir de Minsk pour l’implantation d’une base militaire russe sur son sol peut aussi être considéré comme une tentative de réduire la dépendance militaire avec la Russie et l’affirmation de sa souveraineté, tout comme la baisse des élèves officiers biélorusses dans les académies militaires russes40 qui traduit la volonté biélorusse de former ses propres académies et établissements militaires (et comme annoncé par le ministre de la Défense biélorusse et repris par une source militaire : « as we gradually launch the specialties we never had before, the number of those who receive their military education abroad is decreasing every year”.41 L’aide militaire prodiguée à l’armée ukrainienne42 après l’annexion de la Crimée et le début du conflit dans le Donbass est également un signe de volonté d’indépendance biélorusse43, tout au moins, de son désir de s’affirmer sur la scène internationale et sa recherche d’autres partenaires que la Russie (la Chine est devenu un partenaire significatif pour la Biélorussie).

A partir de 2014, un changement dans le discours idéologique du président Loukachenko s’est opéré, dont les thématiques étaient jusqu’alors réservées à l’opposition, dans le pays ou en exil44. Il s’agit notamment de la promotion de la culture biélorusse (vyshyvanka, la broderie traditionnelle45) de la langue46 ou de l’historiographie s’appliquant à souligner la distinction d’avec la Russie47. En avril 2014, peu après l’occupation russe en Crimée, le président Loukachenko déclarait : « If we forget Russian, we will lose our mind, if we forget how to speak Belarussian, we will cease to be a nation.”48 Durant l’été 2014, une loi au Parlement régularise les relations et la coopération avec la diaspora biélorusse en mentionnant la nécessité de construire une « communauté supranationale fondée sur une culture nationale ».49. Les symboles nationaux biélorusses ont également pénétré les sphères sportives, avec l’apparition d’un nouveau design de broderies rouges et blanches arboré sur les maillots des joueurs de football50 de l’équipe nationale lors de la Coupe du Monde 2018.51Ces changements de « douce biélorussisation » sont accompagnés de l’apparition régulière d’articles dans les médias gouvernementaux se faisant la critique du Kremlin ou les discours officiels de représentants de l’État dans lesquels la rhétorique habituelle de « l’ennemi » incarné par l’Ouest, ne fait plus partie.52

Loukachenko s’est lui-même montré publiquement critique envers la politique du Kremlin en Crimée, dans une interview d’octobre 201453 car « selon la logique du Kremlin, l’on pourrait demander qu’une grande partie de la Russie soit rendue à la Mongoliefaisant référence à la période de Batu-Khan, ou que les régions de Pskov et Smolensk soient rendues au Bélarus, en référence à la période du Grand Duché lithuanien.54 Bien que ces éléments ne peuvent être attribués à un véritable changement du système, ils traduisent néanmoins de nouvelles voies adoptées par le régime dans sa relation avec la société civile et avec la Russie.

La dominance des médias russes en Biélorussie démontre que la culture russe reste plus populaire que la culture biélorusse55. La présentation du conflit Russie-Ukraine fut donc présenté dans les médias nationaux comme un conflit entre la Russie et l’Europe de l’Ouest, s’appuyant sur une exagération du chaos résultant du Maïdan et semant la peur de la révolte populaire56 parmi les citoyens (72,2 % de Biélorusses perçoivent le Maïdan ukrainien comme un coup d’État).57Néanmoins, l’influence des médias russes diminue depuis 2014, le nombre de biélorusses ne suivant pas les chaînes russes passant de 10,9 % en 2014 à 20,6 % en 2016. Ces résultats significatifs peuvent être connectés avec la perception négative du rôle de la Russie dans le conflit avec l’Ukraine et l’image de la Russie véhiculée dans les médias. Il semblerait que si l’annexion de la Crimée a été reconnue comme juste par la plupart des biélorusses (indépendamment de la source d’informations consultées, russes ou biélorusses) un tiers change d’avis après le début du conflit dans le Donbass58.

b. Politique extérieure

Si la crise ukrainienne et la diminution de la dépendance avec la Russie, a pu favoriser les relations de la Biélorussie avec l’Union européenne, sur la base d’un dialogue plus pragmatique en vue de l’assistance technique et financière européenne dans le cadre du Partenariat oriental, l’auteur choisira de ne traiter que de l’impact du rééquilibrage international de la Biélorussie sur ses relations avec la Russie, sujet de ce présent travail. La normalisation des relations de la Biélorussie avec l’Ouest, depuis 2013, ont fait pencher la balance des contacts diplomatiques en faveur de l’Union européenne, en même temps que la Chine occupait une place de plus en plus importante dans les relations extérieures de la Biélorussie. La politique extérieure menée par la Russie depuis 2013-2014 et son déclin économique ont sans nul doute été un facteur de rapprochement des pays occidentaux pour Minsk. Afin d’affirmer son poids sur la scène internationale, sortir le pays de son isolationnisme et de garder ses distances avec Moscou, Minsk tente de se positionner comme un pays neutre : Minsk se propose d’être le lieu pour les négociations du Protocole de Minsk signé en septembre 2014 suivi des Accords de Minsk II en 2015. Peu relatés dans la presse occidentale, le président Loukachenko s’est déplacé à maintes reprises en Ukraine dès 2014 et n’a eu de cesse d’appuyer la demande de l’Ukraine (depuis 2015) puis celle de la Russie (2017) pour l’envoi de casques bleus dans le Donbass.59 Minsk offre un rôle de médiateur entre la Turquie et la Russie, en novembre 2015, lorsque qu’un SU-24 russe est abattu par la Turquie.60Ce nouveau rôle de médiateur biélorusse s’applique également dans la sphère du religieux. Le 15 octobre 2018, le Président a ainsi reçu les leaders de l’Église orthodoxe russe afin de trouver une solution et un compromis au désir d’indépendance de l’Église ukrainienne61.

Si le régime de Minsk a réalisé que la stabilité du pays post Maïdan passait par une identité et un sentiment d’appartenance nationale plus fort, entretenir de bonnes relations avec ses voisins est aussi importante. Les minorités nationales polonaises sur le territoire biélorusse ont été particulièrement courtisées dans les discours présidentiels, celui-ci les reconnaissant comme partie intégrale de la société62. Un message que la Pologne n’a pas ignoré. L’année 2016 aura été celle de la reprise des relations entre les deux pays (le changement de gouvernement en Pologne n’y étant pas étranger) : visites diplomatiques au plus haut niveau, de lieux de mémoire partagée (Kurapaty), et le désir commun « to start talks to regulate all neighborhood affairs » se sont appliquées dans la mise en œuvre de consolidation des relations économiques et de coopération (la Pologne s’étant proposée de participer au processus de privatisation en Biélorussie) (Kuleszewicz, 2016).

III. Perspectives, marges de manœuvre et évolutions des relations bilatérales

a. La crise ukrainienne : piège ou aubaine pour la Biélorussie ?

Les bouleversements géopolitiques de 2014 ont donner les moyens au président Loukachenko de renforcer l’impression de neutralité insufflée dans sa politique extérieure avec l’UE et la Russie, dès les années 200063. Cette quête de neutralité, alors rendue difficile par le régime autoritaire mis en place, l’ostracisation européenne et les sanctions, trouve dans le conflit qui oppose Moscou aux pays occidentaux depuis l’annexion de la Crimée, une nouvelle « raison d’être ». La position pragmatique adoptée permet l’amélioration des relations avec l’UE, l’ouverture de nouveaux espaces de liberté à l’intérieur du pays et la levée des sanctions en février 2016. Ainsi, la politique extérieure russe actuelle contribue-t-elle indirectement à redonner à la Biélorussie une place importante dans la région et vis à vis des pays occidentaux.64 La « biélorussisation » et la prise d’indépendance vis à vis de Moscou, engagée dans la politique intérieure consolide le pouvoir en place et permet de rallier une partie de l’opposition aujourd’hui favorable à Loukachenko, «seul capable de défendre le pays contre la Russie »65et désormais engagée sur une stratégie de critique « polie et non radicale ».66

En matière économique, outre la réexportation de produits alimentaires des pays ouest européens sous sanctions russes, les niches dominées par l’Ukraine jusqu’en 2014 et destinées à l’exportation vers la Russie ont été reprises par la Biélorussie, telle que la construction de wagons de trains, entraînant la modernisation de plusieurs usines de production biélorusse.67

La quête de partenaires étrangers et de nouveaux partenariats permet au régime une redynamisation économique nécessaire au pays. Enfin, les 160 000 réfugiés ukrainiens de l’est depuis 201468 apportent une réponse au phénomène d’exode rural de la Biélorussie.

Néanmoins, les nouvelles perspectives pour Minsk après la crise ukrainienne ne sont pas sans oublier leurs corollaires négatifs dans les relations avec Moscou. Les risques de perception de défauts de loyauté envers le Kremlin, pouvant aller de la menace à la provocation pour le pouvoir russe, place Minsk sur un fil tendu. Selon Ioulia Shukan, il s’agirait pour Minsk de ne pas donner l’impression d’un changement d’attitude, alors que le changement d’attitude, s’il est perçu dans les pays occidentaux, l’est aussi du côté russe (voir la partie b. de ce présent travail).

L’inquiétude de Minsk face aux médias russes, et l’incohérence de sa politique qui en découle est aussi « préjudiciable pour les relations bilatérales et pourrait même être considérée par Moscou comme une « provocation ». A cet égard, elle constitue bien une ligne rouge à ne pas franchir ». (SHUKAN. 2017)

Les condamnations pour propos anti patriotiques comme anti russe par le régime met en lumière toute la contradiction de la politique de Minsk. Le projet d’un espace d’information commun afin de faciliter les échanges de contenus entre les deux pays, signé en mai 2017, pose des limites aux capacités de manœuvre de la Biélorussie, et de manière générale, toutes les politiques conséquentes confortant la souveraineté du pays sont autant de risques de perception de défauts de loyauté envers Moscou.

Mais plus que la nouvelle « neutralité » adoptée par Minsk ou le rapprochement vers l’UE, la « biélorussisation » de la société et son éloignement du « monde russe » semble présenter le plus grand danger actuel pour Moscou, selon l’auteur de ce travail. Le risque de voir se développer de forts sentiments anti-russe parmi la population biélorusse, comme c’est aujourd’hui le cas en Ukraine, est une des lignes rouges que Loukachenko ne devra pas dépasser s’il souhaite préserver ses relations avec Moscou. Les autres lignes rouges à ne pas franchir concernent les partenariats militaires et les exercices communs, l’espace aérien commun que le président biélorusse n’a pas l’intention de remettre en cause, les tarifs préférentiels en gaz et pétrole le garantissant. Ainsi, la prise de distance et la volonté de Loukachenko d’être traité d’égal à égal avec Moscou ne doit pas être comprise comme une volonté de séparation.69

b. Les marges de manoeuvre de Minsk limitées par une perception russe redéfinie ?

La prise d’autonomie de la Biélorussie, la neutralité adoptée dans le conflit avec l’Ukraine, la non reconnaissance officielle de la Crimée russe, l’exportation de produits polonais (sous les sanctions russes) vers la Russie en passant par la Biélorussie ne sont guère pour plaire à Moscou, qui souhaite garder son « proche étranger » dans son giron et s’attend à une certaine loyauté face au « grand frère ». Le danger de l’affaiblissement de l’influence russe en Biélorussie et son repositionnement politique fait même craindre à certains analystes occidentaux l’émergence d’un conflit militaire aux frontières avec la Russie70, sans que cela ne puisse se justifier dans un changement de rhétorique russe ou dans les relations diplomatiques entre les deux pays, poursuivant leur agenda comme à l’accoutumée. Toutefois, la nomination d’un nouvel ambassadeur russe , «  a potential pro-consul” selon l’expert Vladislav Inozemtsev71, doté de pouvoirs supplémentaires, notamment en matière de négociation commerciale72 serait le signe, selon Inozemtsev, d’une « prise de contrôle russe ». Dans la sphère civile, les sentiments négatifs de l’élite russe envers Loukachenko semble s’être intensifiés depuis le début de la guerre en Ukraine, bien que les relations entre les leaders aient toujours été relativement froides.73La multiplication des analyses russes ou de déclarations de spécialistes critiques envers le régime de Minsk n’ont jamais été aussi nombreuses depuis les vingt cinq ans de relations que la Russie entretient avec la Biélorussie indépendante. Les accusations portent notamment sur « la guerre que Loukachenko mène contre le « monde russe », le nationalisme biélorusse anti-russe venu remplacer « l’intégration fraternelle », la désinformation des médias biélorusses ayant trait au conflit à l’est de l’Ukraine, le soutien de Loukachenko au président ukrainien ou la tolérance de Minsk pour la présence de groupes « radicaux anti-russe »74, le tout pouvant mener la Biélorussie vers un scénario ukrainien, selon Alexandre Fadeyev, chef du département Belarus du think tank russe, Institute for CIS Countries Studies, affilié au Kremlin.75Il ressort de certaines études la perception russe que la crise ukrainienne aurait renforcé le nationalisme biélorusse (entretenu par les actions occidentales selon leurs auteurs) prouvé par la présence de jeunes biélorusses dans le Donbass et leurs opérations punitives à l’encontre des habitants de l’historique Novorossia. »76Le nationalisme biélorusse77 « pourrait alors faire tomber le pays dans la « folie russophobe » comme c’est le cas en Ukraine ». Aussi, la Biélorussie y est souvent décrite comme un « Etat rentier » vivant des subsides de la Russie aux frais des contribuables78. Les attaques persistantes de certains médias russes79 contre la Biélorussie portent également sur le laxisme de Loukachenko, accusé de fermer les yeux et de laisser se développer un nationalisme opposé au « monde russe ».80C’est dans ce climat médiatique « nerveux » marqué par un changement significatif de la perception russe de la Biélorussie depuis 2014 dans la sphère publique, que les rencontres diplomatiques au sommet de l’État continuent de se dérouler. Le processus d’intégration reste un sujet dans l’agenda des deux pays, analysé côté occidental, comme la seule possibilité pour Moscou, de renverser la tendance de prise d’autonomie et d’indépendance, et de pallier à la baisse de l’influence du « monde russe » que la Biélorussie a montré ces dernières années.81Ainsi, les derniers pourparlers entre les deux leaders durant le mois de décembre, ont été présentés comme la volonté russe d’accélération dans le processus d’intégration, un moyen pour le président russe de « s’emparer » du Belarus et de prendre la tête de la fédération ainsi formée, à l’horizon 2024.82 Le moyen de pression exercé par Moscou pour une plus complète intégration est la hausse des taxes sur ses exportations de pétrole en Biélorussie, représentant un coût pour le pays de près de 24 milliards de dollars d’ici 202483, ce que l’opinion publique biélorusse percevrait comme « l’ultimatum de Medvedev ». 84Les pressions russes, les déclarations de Loukachenko, connu pour son franc-parler, ne sont pas nouvelles dans les relations bilatérales russo-biélorusses. Le jeu politique auquel les deux leaders se livrent depuis des années confortent leur régime aux yeux de leurs populations respectives et sème la confusion occidentale et les spéculations de fin de règne pour le « dernier dictateur en Europe », lequel perçoit des aides financières européennes depuis 1997.85Le message du régime de Minsk est ainsi de démontrer que la stabilité politique et économique de la Biélorussie, tant pour la Russie que pour les pays ouest européens, est aujourd’hui essentielle au vu des rapides changements qui s’opèrent sur le continent européen.

Conclusion

Bien que desserant les liens de dépendance qui la lie à la Russie, la Biélorussie ne semble pas souhaiter de séparation significative. Financièrement sur-dépendante de la Russie, y compris les tarifs préférentiels sur le gaz et le pétrole, la Biélorussie a accès à un marché commun. La Russie est le seul acteur géopolitique influent qui garantit la stabilité du régime de Minsk, en validant les résultats aux élections présidentielles biélorusses. Pour la Russie, la Biélorussie reste « probablement le pays stratégique le plus important en Europe », un dernier pays allié en Europe (ce que Loukachenko utilise aussi comme moyen de pression avec Moscou) et ne permettra pas une désintégration totale des relations bilatérales. (ASTAPENIA, 2016). Le « balcon stratégique » que représente la Biélorussie pour la Russie contrôle la route de transit pour Kaliningrad et c’est sur son territoire que transite une part importante des ressources énergétiques vers les pays européens. Mais la tentative d’émancipation entreprise par Loukachenko depuis 2014, dans la politique intérieure en renforçant la souveraineté et la sécurité nationale et dans la politique extérieure, en reprenant les coopérations bilatérales avec l’UE a tendu le dialogue entre Moscou et Minsk. Les points de discorde reste le déploiement d’une base aérienne russe sur le sol biélorusse, la livraison d’hydrocarbures et les nouvelles taxes que Moscou voudraient imposer. La résistance aux pressions russes s’emploie à persister sur la neutralité de la Biélorussie à l’égard de la crise ukrainienne et plus généralement à la confrontation de la Russie et des pays de l’OTAN. Ce faisant, le président biélorusse continue de respecter la Russie en tant que partenaire privilégié en veillant à ne pas dépasser certaines lignes rouges : les alliances bilatérales et multilatérales sont maintenues, le contrôle partagé des bases militaires biélorusses ou le programme de défense aérienne commune. Enfin, la composante émotionnelle dans les relations qui lie les deux pays ne saurait être totalement occultée dans les analyses, ni les concepts occidentaux strictement appliqués au cas de la Biélorussie.

Bibliographie

Ouvrages

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Jean-Charles Lallemand, Virgnie Symaniec, Biélorussie – Mécanique d’une dictature, Les Petits Matins, 2007

Analyses et publications

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Ryhor Astapenia, Dzmitry Balkunets, « Belarus-Russia Relations after the Ukraine Conflict », Ostrogorski Centre, Minsk-London 2016, Analytical Paper 5, August 2016, belarusdigest.com

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Articles

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Belarus and Russia : “On the evolution of a “hybrid union”

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«Белорусский национализм против русского мира»

http://www.publicdiplomacy.su/wp-content/uploads/2015/03/Belorussia_obrez_123_200.pdf

Interview radio

Interview de Ioulia Shukan, RTS, Histoire vivante, 16 mars 2018

www.rts.ch/play/radio/histoire-vivante/audio/la-bielorussie

1Jean-Charles Lallemand, Virgnie Symaniec, Biélorussie – Mécanique d’une dictature, Les Petits Matins, 2007, p.38

2Yann Breault, Pierre Jolicoeur, Jacques Lévesque, La Russie et son ex-empire – Reconfiguration géopolitique de l’ancien espace soviétique, Presses de Sciences Po, 2003

3Jean-Charles Lallemand, Virgnie Symaniec, Biélorussie – Mécanique d’une dictature, Les Petits Matins, 2007, p.40

4Yann Breault, Pierre Jolicoeur, Jacques Lévesque, La Russie et son ex-empire – Reconfiguration géopolitique de l’ancien espace soviétique, Presses de Sciences Po, 2003 p.85

5Hans-Georg Heinrich, Ludmila Lobova, Belarus : External Pressure, Internal Change, Peterlang, 2009, p.143

6En janvier 1990, une loi est adoptée faisant du biélorussien la langue officielle de l’État.

7Alexandre Loukachenka obtient 81,1 % des voix au second tour des élections présidentielles

8Dans l’Empire russe comme en URSS, la cohéxistence des trois nations citées formaient une sorte de trinité, due à leur héritage commun kiévien (La Russie et son ex-empire p. 83)

9Yann Breault, Pierre Jolicoeur, Jacques Lévesque, La Russie et son ex-empire – Reconfiguration géopolitique de l’ancien espace soviétique, Presses de Sciences Po, 2003, p. 86

10Aggravé par les conséquences de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, qui grève à hauteur de 25 % le budget annuel de l’État (Jean-Charles Lallemand, Virgnie Symaniec, Biélorussie – Mécanique d’une dictature, Les Petits Matins, 2007, p.38)

11Le « localisme » est la particularité de la composition de l’élite biélorusse, essentiellement rurale, en partie due à l’élimination de l’élite dans les années 1930 durant les purges staliniennes. Les élites possédant des ressources intellectuelles, sociales ou économiques nécessaires aux postes clés de la société disparurent dans les années 30 pour être remplacées par une nouvelle élite soviétique recrutée dans les strates sociales plus basses et issue des milieux ruraux.

12Selon Loukachenko, la Biélorussie devait jouer « le rôle d’un unificateur des territoires slaves » (Yann Breault, Pierre Jolicoeur, Jacques Lévesque, La Russie et son ex-empire – Reconfiguration géopolitique de l’ancien espace soviétique, Presses de Sciences Po, 2003, p. 87

13« le référendum de 1995 entérina également le changement des emblèmes nationaux : le drapeau et les armoiries de la Biélorussie soviétique, auxquels ont été retirés les symboles communistes (faucille et marteau) sont réhabilités. Des dates de fêtes sont rétablies comme le 7 novembre (Jour de la Révolution d’Octobre) ou instaurées comme le 3 juillet (Jour de la libération de Minsk occupée par l’armée allemande). » (RADVANYI, 2004)

14Jean Radvanyi, Les Etats Postsoviétiques, Armand Colin, 2004, p. 95

15Hans-Georg Heinrich, Ludmila Lobova, Belarus : External Pressure, Internal Change, Peterlang, 2009, p. 11

16Jean Radvanyi, Les Etats Postsoviétiques, Armand Colin, 2004, p. 98

17Ibid.

18Yann Breault, Pierre Jolicoeur, Jacques Lévesque, La Russie et son ex-empire – Reconfiguration géopolitique de l’ancien espace soviétique, Presses de Sciences Po, 2003, p. 93

19Ibid. p. 99

20L’axe principal des réseaux routiers et ferroviaires reliant la Russie aux pays occidentaux et à Kaliningrad, passe par Minsk, ainsi que le gazoduc Yamal-Europe,

21Yann Breault, Pierre Jolicoeur, Jacques Lévesque, La Russie et son ex-empire – Reconfiguration géopolitique de l’ancien espace soviétique, Presses de Sciences Po, 2003, p. 87

22Un conseil suprême formé par les deux chefs d’État, un comité exécutif formé des deux Premiers ministres, une assemblée composée de députés issus de chacun des Parlements.

23Les “guerres des hydrocarbures » : en 2004 autour des tarifs de livraison et de transit du gaz russe puis en 2006 et 2007. En 2012 la Russie lance la construction d’une dérivation sur l’oléoduc Droujba, contournant la Biélorussie, avec un deuxième tronçon prévu en 2019.

24Sur les 60% du volume total des échanges de la Biélorussie au sein de la CEI entre 2011 et 2015, 80 % le sont avec la Russie et 60% du total des importations biélorusses représentent les hydrocarbures russes.

25Ioulia Shukan, La Biélorussie après la crise ukrainienne : une prudente neutralité entre la Russie et l’Union européenne ? », Études de l’IRSEM, 50, mars 2017, p.19

26En 2007, Gazprom possédait 50 % des actifs de la société biélorusse de transport de gaz, Beltransgaz. Puis en 2011, Gazprom obtient les 50 % restant en échange de tarifs préférentiels sur le gaz.

27Depuis 1995, la Russie exploite deux anciennes bases militaires soviétiques, dans le cadre d’un bail de location de vingt cinq ans : le Centre des communications de la Marine militaire russe près de Minsk (350 militaires russes) et la station des radars de radiolocalisation et d’alerte de la défense aérienne et aérospatiale, près de Brest, intégrée au système russe d’alerte (2000 militaires russes).

28Avant le conflit russo-ukrainien, en avril 2013, Loukachenko refusait l’installation de la base aérienne russe sur son territoire, selon lui, contraire à la souveraineté nationale. Ryhor Astapenia, Dzmitry Balkunets, « Belarus-Russia Relations after the Ukraine Conflict », Ostrogorski Centre, Minsk-London 2016, Analytical Paper 5, August 2016, belarusdigest.com

29Minsk semble avoir été prise de court par l’opération militaire russe en Crimée au sujet de laquelle elle n’a pas été informée en amont par son partenaire russe » Ioulia Shukan, La Biélorussie après la crise ukrainienne : une prudente neutralité entre la Russie et l’Union européenne ? », Études de l’IRSEM, 50, mars 2017, p.11

30Ibid.

31Kuleszewicz Anna, “External and Internal Policies of Belarus After Crimea Annexation”, Polish Political Science Review, 2016, p. 35

32Ioulia Shukan, La Biélorussie après la crise ukrainienne : une prudente neutralité entre la Russie et l’Union européenne ? », Études de l’IRSEM, 50, mars 2017, p.11

33Les techniques de conflit asymétrique telles que la rébellion populaire, la prise d’assauts de bâtiments publics, l’instrumentalisation des angoisses identitaires, l’action de commandos armés, la guerre de l’information enfin l’effet de surprise.

34Ioulia Shukan, La Biélorussie après la crise ukrainienne : une prudente neutralité entre la Russie et l’Union européenne ? », Études de l’IRSEM, 50, mars 2017, p. 39

35Dans un récent article du ministre de la Défense de Biélorussie paru dans la presse nationale, il est mentionné une significative augmentation d’effectifs militaires qualifiés dans les techniques de l’information et de l’informatique. Беларусая Думка «Белорусская армия: современное состояние и перспективы развития»

https://beldumka.belta.by/ru/issues?art_id=2180

36Ioulia Shukan, La Biélorussie après la crise ukrainienne : une prudente neutralité entre la Russie et l’Union européenne ? », Études de l’IRSEM, 50, mars 2017, p. 40

37Ibid.

38Беларусая Думка «Белорусская армия: современное состояние и перспективы развития»

https://beldumka.belta.by/ru/issues?art_id=2180

40Ryhor Astapenia, Dzmitry Balkunets, « Belarus-Russia Relations after the Ukraine Conflict », Ostrogorski Centre, Minsk-London 2016, Analytical Paper 5, August 2016, p.8 belarusdigest.com

41Ibid.

42Ibid. p. 9

43La Biélorussie développe son propre armement avec des spécialistes ukrainiens.

44Le gouvernement de la République populaire biélorusse, premier Etat indépendant biélorusse en 1918, en exil depuis l’arrivée des soviétiques au pouvoir en 1919. Il s’agit du plus ancien gouvernement en exil.

45L’un des éléments les plus importants de la culture nationale non soviétique

46Rappelons que le régime s’était employé, depuis 2003, à combattre une version de l’idée nationale sur les fondements de la langue biélorussienne, instituant à la place, comme élément central de la construction nationale, l’État biélorusse moderne, issu du pouvoir bolchévique.

47Les manuels d’histoire ne mentionnent plus l’idée « d’unité russe » comme précédemment. Les idéologues officiels forment plutôt dans l’espace public, l’idée d’une identité biélorusse étroitement liée à la civilisation orthodoxe russe.

48Piotr Rudkousk, “Soft Belarusianisation. The ideology of Belarus in the era of the Russian-Ukrainian conflict”, Center for Eastern Studies, Number 253, November 2017, osw.waw.pl

49Ibid.

50Selon les analystes russes, quelques milliers de supporters biélorusses feraient partie de la branche dure du nationalisme biélorusse au sein de cercles radicaux anti-russes, certains d’entre eux rejoignant les manifestations ukrainiennes et soutenant ouvertement une ligne dure « pro-Bandera ». OSW, 2016

51Kuleszewicz Anna, “External and Internal Policies of Belarus After Crimea Annexation”, Polish Political Science Review, 2016, p. 37

52Ibid.

53Ibid.

54Mais cette « critique » publique de Loukachenko est selon l’auteur de ce travail à tempérer en raison du franc parler notoire du président biélorusse.

55Ryhor Astapenia, Dzmitry Balkunets, « Belarus-Russia Relations after the Ukraine Conflict », Ostrogorski Centre, Minsk-London 2016, Analytical Paper 5, August 2016, belarusdigest.com, p.18

56Kuleszewicz Anna, “External and Internal Policies of Belarus After Crimea Annexation”, Polish Political Science Review, 2016, p. 36

57Ioulia Shukan, La Biélorussie après la crise ukrainienne : une prudente neutralité entre la Russie et l’Union européenne ? », Études de l’IRSEM, 50, mars 2017, p. 42

58Ryhor Astapenia, Dzmitry Balkunets, « Belarus-Russia Relations after the Ukraine Conflict », Ostrogorski Centre, Minsk-London 2016, Analytical Paper 5, August 2016, belarusdigest.com, p.19

59Projet russe déposé au Conseil de Sécurité des Nations Unies pour l’envoi d’une mission de sécurisation dans le Donbass. Le point de désaccord consiste en la reconnaissance implicite des autorités séparatistes comme suggéré dans le texte. www.la-croix.com/Journal/piste-casques-bleus-Ukraine-seloigne-2017-10-20-1100885713

60Ryhor Astapenia, Dzmitry Balkunets, « Belarus-Russia Relations after the Ukraine Conflict », Ostrogorski Centre, Minsk-London 2016, Analytical Paper 5, August 2016, belarusdigest.com, p.15

61Paradoxalement, le président a entrepris une biélorussisation de l’Église en 2013 en limitant l’usage du russe dans la liturgie et autres pratiques spirituelles. OSW, 2016

62« Everyone should remember that Polish people in Grodno are our Polish people, and it’s their land.” Kuleszewicz, 2016

63Interview de Ioulia Shukan du 16 mars 2018 pour la RTS www.rts.ch/play/radio/histoire-vivante/audio/la-bielorussie

64Ryhor Astapenia, Dzmitry Balkunets, « Belarus-Russia Relations after the Ukraine Conflict », Ostrogorski Centre, Minsk-London 2016, Analytical Paper 5, August 2016, belarusdigest.com, p. 20

65Propos de Edouard Lobov, ancien prisonnier politique du régime Loukachenko – Ioulia Shukan, La Biélorussie après la crise ukrainienne : une prudente neutralité entre la Russie et l’Union européenne ? », Études de l’IRSEM, 50, mars 2017, p. 44

66Propos de Tatiana Karatkévitch, seule candidate de l’opposition au scrutin présidentiel d’octobre 2015 Ibid.p.44

67Ryhor Astapenia, Dzmitry Balkunets, « Belarus-Russia Relations after the Ukraine Conflict », Ostrogorski Centre, Minsk-London 2016, Analytical Paper 5, August 2016, belarusdigest.com, p. 13

68« Lukashenko says 160000 ukrainian refugees arrived in Belarus after Donbass conflict » www.kyivpost.com

69Interview de Ioulia Shukan, RTS, Histoire vivante, 16 mars 2018

70Kamil Klysinski, Piotr Zochowski, « The end of the myth of a brotherly Belarus ? Russian soft power in Belarus after 2014 : The background and its manifestations », Center for Eastern Studies, Number 58, November 2016, p. 13 osw.waw.pl

71« Belarus Not Baltics Most Likely to Be Putin’s Next Target, Inozemtsev Says” windowoneurasia2.blogspot.com/2018/10/belarus-not-baltics-most-likely-to-be.html

72Nikita Taranko Dakosta « Nouvel ambassadeur russe au Bélarus » creergeneva.org/2018/09/14/nouvel-ambassadeur-russe-au-belarus/

73Ryhor Astapenia, Dzmitry Balkunets, « Belarus-Russia Relations after the Ukraine Conflict », Ostrogorski Centre, Minsk-London 2016, Analytical Paper 5, August 2016, belarusdigest.com, p.14

74The Belarusian opposition structures which are especially active in this field include: the Belarusian People’s Front, the Conservative Christian Party – BPF and the Young Front. These circles are the main organisers of mass events which mobilise, bring together and consolidate those citizens of Belarus who have nationalist (and thus anti-Russian) views. OSW, 2016

75ssKamil Klysinski, Piotr Zochowski, « The end of the myth of a brotherly Belarus ? Russian soft power in Belarus after 2014 : The background and its manifestations », Center for Eastern Studies, Number 58, November 2016, p. 13 osw.waw.pl p.15

76БЕЛОРУССКИЙ НАЦИОНАЛИЗМ ПРОТИВ РУССКОГО МИРА http://www.publicdiplomacy.su/wp-content/uploads/2015/03/Belorussia_obrez_123_200.pdf

77Les inscriptions en biélorusse présentes au musée de la Grande Guerre patriotique à Minsk sont considérées comme choquantes pour les Russes.

78L’economie biélorusse boostée par la Russie : 8 milliards de dollars par an ( Heinrich 2009)

79Лукашенко: «Если сюда придёт Путин, то неизвестно, на чьей стороне будут воевать русские» // ИА Регнум. URL: http://www.regnum.ru/news/polit/1794155.html См.: Андрушкевич А. Лукашенко балуется литвинством // Сегодня.ру. URL: http://www.segodnia.ru/content/154653 ; Национализм возвращается в Белоруссию // Газета.ru. URL: http://www. gazeta.ru/politics/2014/11/26_a_6315753.shtml ; Россия может потерять Белоруссию // Свободная пресса. URL: http://svpressa.ru/politic/ article/105392/ ; Аверьянов-Минский К. Националист Лукашенко // Спутник и погром. URL: http://sputnikipogrom.com/politics/25331/ nationalist-lukashenko/

80БЕЛОРУССКИЙ НАЦИОНАЛИЗМ ПРОТИВ РУССКОГО МИРА http://www.publicdiplomacy.su/wp-content/uploads/2015/03/Belorussia_obrez_123_200.pdf

81Kamil Klysinski, Piotr Zochowski, « The end of the myth of a brotherly Belarus ? Russian soft power in Belarus after 2014 : The background and its manifestations », Center for Eastern Studies, Number 58, November 2016, osw.waw.pl, p. 17

82Démenti par le Kremlin et Minsk “Belarus dismisses speculation of uifification with Russia » Financial times, 10/01/2019, www.ft.com

83Belarus dismisses speculation of uifification with Russia » Financial times, 10/01/2019, www.ft.com

84https://belprauda.org/lukashenko-i-soyuznoe-gosudarstvo-referendum-mozhet-sostoyatsya-uzhe-v-2019-godu/

85La Biélorussie a ainsi reçu de l’UE 16 millions d’euros entre 2001 et 2003 (TACIS), 8 millions en 2005-2006 (PEV) (SHUKAN, 2017)